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03/05/2020 07:12

RENTREE SCOLAIRE : Les précisions rassurantes d’une pédiatre dijonnaise

Faut-il ou ne faut-il pas envoyer son enfant à l'école ? Comment gérer les angoisses familiales ? Ou en sont les études sur le Covid-19 menées auprès des enfants ?   

Pour Infos-Dijon, le docteur Brigitte Virey , pédiatre à Dijon et Présidente du Syndicat National des Pédiatres Français, répond à ces questions et  fait le point sur les dotations de l’Etat concernant les masques pour la profession. 
La pré-rentrée des enseignants aura lieu les 11 et 12 mai. Les élèves des écoles maternelles et élémentaires ne rentreront donc pas avant le 14 mai. Les rectorats auront donc du 7 au 14 mai pour s'organiser. La rentrée des collégiens de 6ème et de 5ème est prévue à partir du 18 mai. Néanmoins, les collégiens de département en rouge reprendront plus tard. (Lire ICI notre article)

Depuis quelques jours la rentrée scolaire fait débat. Faut-il ou ne faut-il pas remettre son enfant à l’école ? Vont-ils ramener le virus, le soir à la maison ? Pour Infos-Dijon, le docteur Brigitte Virey, Pédiatre à Dijon et Présidente du Syndicat National des Pédiatres Français, répond à ces questions et fait tout d’abord le point sur les dotations de l’Etat concernant les masques pour la profession, en manque au début de l’épidémie du Coronavirus  (Lire ICI notre article)

Docteur Brigitte Virey : Au début nous avons travaillé avec les masques de Roselyne Bachelot, qui étaient, certes périmés, mais c’était mieux que rien. Nous avons eu aussi des dons de certains parents qui étaient dans le monde hospitalier et puis nous avons eu des visières offertes par certaines entreprises. Depuis, nous avons une dotation de l’Etat qui nous permet, chaque semaine d’aller chez notre pharmacien pour récupérer six masques FFP2 et douze masques chirurgicaux. Ce qui veut dire que si l’on travaille tous les jours, nous n’avons pas la possibilité d’en donner à nos patients, ce qui nous oblige à bien calculer. Quant aux sur-blousses, c’est simple, nous n’en avons pas. Donc globalement, nous sommes sous-équipés et c’est notamment pour cette raison que nous avons autant de médecins ou d’infirmières libéraux touchés par le Covid-19 ou même décédés, beaucoup plus qu’à l’hôpital». 

Une baisse des consultations


«Nous avons constaté une très forte baisse. Au début, le mot d’ordre était d’annuler toutes les consultations, sauf les vaccinations jusqu’à 2 ans. Et puis rapidement la Direction Générale de la Santé s’est aperçue qu’il y avait un abandon des soins et nous a autorisé à pratiquer tous les examens obligatoires pour les deux premières années de l’enfant et à recontacter nos patients pour des téléconsultations. Mais 58 % des pédiatres que j’ai interrogé m’ont dit qu’ils faisaient moins de 30% de leur activité habituelle»

Pour ou contre le retour progressif à l’école dès le 11 mai ?


«Avant tout je rappelle que les enfants sont très peu touchés. On avait fermé les écoles parce qu’on pensait que, comme pour les autres maladies virales comme la grippe, les enfants étaient des vecteurs. Or, les différentes études menées en France, en Chine, en Italie ou encore en Australie montrent que finalement les enfants ne sont pas vecteurs. Et quand ils sont atteints, le virus a été transmis par un adulte. Donc ça, c’est rassurant pour la reprise de l’école. Par ailleurs il parait fort probable que le virus circule encore en septembre. Donc, si on attend la fin des vacances d’été, on va se retrouver dans la même situation que maintenant. D’autant que le vaccin ce n’est pas pour cette année. On ne va donc pas confiner les enfants jusqu’à l’année prochaine. Et puis vous savez, je pense qu’il y a plus de risques dans l’attroupement des parents devant les écoles, qu’à l’intérieur de l’école elle-même ou tout sera mis en place pour limiter au maximum les risques»  

De nouvelles études auprès des enfants


«Au niveau des pédiatres nous avons lancé une nouvelle études en Ile de France qui englobe 600 enfants. Nous voulons faire un nouveau point sur le fait que les enfants ne sont pas vecteurs. Au niveau national, avec une centaine de pédiatres dont je fais partie, nous allons faire des tests sérologiques afin de savoir si l’enfant a été, ou pas, en contact avec un coronavirus. Les résultats sont attendus courant mai»

Comment rassurer encore plus les parents ?


«J’ai beaucoup de questions dans ce sens dans mon cabinet. Je leur donne un exemple très concret de cet enfant des Contamines-Monjoie en Haute-Savoie au tout début de l’épidémie, au moment où l’on testait tout l’entourage dès qu’il y avait un cas positif. Et bien cet élève, scolarisé à Lyon, aurait été en contact avec 150 enfants et tous ont été négatifs. Et puis je rassure les parents en leur disant que leurs enfants, quel que soit l’âge, sont capables de comprendre les gestes barrières. Des gestes qui entreront dans leur quotidien, beaucoup plus facilement que pour un adulte»

Comment gérer l’angoisse des enfants ?


«Il faut parler à ses enfants. Il faut leur expliquer, calmement, la situation. Ne pas dramatiser. Ne pas transmettre sa peur. Vous savez les enfants sont des éponges et ressentent l’angoisse ou la sérénité des parents. Et puis dans la majorité des cas, les enfants ont envie de retourner à l’école. Ils veulent revoir les copains»

Un bisou pour mamy et papy ?


«Si on part du principe que les enfants ne peuvent pas transmettre le virus, on ne voit pas pourquoi ils ne pourraient pas embrasser leur grands-parents. Mais d’un autre côté il y a aussi l’état de santé des Papy et Mamy à prendre en compte. Moi je conseille d’attendre les résultats des études en cours dont je vous parlais. Si elles confirment que les enfants ne sont pas vecteurs, alors oui ils pourront faire des bisous. Mais pour l'instant on reste encore un peu patient jusqu’à mi-mai»   

                                                                                                                                                                                    Norbert Banchet  
                                                                                                                                                                                    Photo archives : NB