
Dans un contexte également tendu politiquement, Arnaud Lemoine, directeur du CENECA, a mis en garde, ce mardi 13 janvier, contre une éventuelle mobilisation des agriculteurs au sein même du Salon, comme en 2024.
Le Salon international de l’Agriculture 2026 se tiendra dans un contexte inédit. Pour la première fois depuis sa création, aucun bovin ne sera présent porte de Versailles. Une absence lourde de symboles, annoncée ce mardi par Jérôme Despey, président du Salon, lors d’un point presse marqué par la gravité et l’émotion.
En cause : la dermatose nodulaire contagieuse, une maladie animale qui touche actuellement les élevages bovins et suscite une vive inquiétude au sein de la filière. « Cette maladie constitue une épreuve particulièrement difficile pour les filières d’élevage et pour les femmes et les hommes qui nous nourrissent au quotidien », a rappelé Jérôme Despey, lui-même agriculteur. « Il y a beaucoup d’inquiétudes, beaucoup d’émotions, et nous les comprenons. Le Salon de l’Agriculture apporte son soutien indéfectible aux éleveurs français. »
Une décision prise par les éleveurs, respectée par le Salon
Si le Salon a toujours souhaité la présence des bovins, la décision finale est revenue aux organismes de sélection des races bovines, qui ont choisi de ne pas engager leurs animaux au Concours général agricole. Une décision actée à la date limite, lundi soir, et annoncée officiellement ce mardi.
« Nous avons tout mis en oeuvre pour permettre la présence, même symbolique, de quelques bovins, dans le strict respect des règles sanitaires », a insisté Jérôme Despey. « Mais j’ai toujours dit que je respecterais le choix des éleveurs et des races. C’est l’ADN du Salon. »
Le président du Salon International de l'agriculture l’a confirmé avec solennité : « Il n’y aura aucun bovin au Salon international de l’Agriculture en 2026. C’est une décision historique, que nous respectons, mais qui nous laisse profondément attristés. »
Des protocoles sanitaires renforcés, mais insuffisants pour rassurerOlivier Alleman, commissaire général du Concours général agricole, a détaillé les dispositifs sanitaires proposés pour permettre l’accueil des bovins. Selon lui, 85 % des animaux sélectionnés se situaient en zones indemnes. Des protocoles stricts avaient été élaborés en lien avec le ministère de l’Agriculture, des vétérinaires et des experts en bien-être animal : traçabilité sanitaire dès l’embarquement à la ferme, désinfection des moyens de transport, contrôles renforcés durant les dix jours du Salon, puis jusqu’au retour des animaux dans les exploitations.
Malgré ces garanties, les organismes de sélection ont préféré renoncer. « Les éleveurs eux-mêmes ont une peur réelle sur le transport de ces bêtes de concours qu'ils élèvent depuis des années» explique Jérôme Despey. «Par souci de précaution et par solidarité, ils ont pris une décision forte », a souligné Olivier Allemand. « On la regrette, mais on la respecte profondément. »
Mobilisations agricoles : l’appel au calme des organisateursDans ce contexte tendu, Arnaud Lemoine, directeur du CENECA, a mis en garde contre une éventuelle mobilisation des agriculteurs au sein même du Salon, comme en 2024.
« La colère des agriculteurs, le Salon l’a toujours comprise. Mais ici, c’est une zone de débats, pas de combats. Le Salon est un lieu de convivialité et de sécurité, fréquenté par des familles. Si on met trop de pression sur le Salon, Mercosur ou pas, l’alchimie avec les visiteurs risque de se perdre », a-t-il prévenu.
« Venir, c’est soutenir » : l’appel au publicMalgré l’absence des bovins, les organisateurs entendent faire de cette édition un Salon de la solidarité. Valérie Le Roy, directrice du Salon international de l’Agriculture, a insisté sur le rôle clé du public et sur le message choisi pour 2026 :
«Venir, c’est soutenir ».
« Environ 80 % de nos visiteurs disent que leur venue est pour eux un geste de soutien à l’agriculture », a-t-elle rappelé. « Cette année plus que jamais, nous allons les appeler à confirmer ce soutien : soutenir les agriculteurs, mais aussi soutenir le Salon, qui est l’un des événements préférés des Français et qui a besoin de son public chaque année. »
Elle a également souligné que, même sans bovins, le Salon proposera une vision complète de l’agriculture française : ovins, porcins, caprins, équins, asins, chiens et chats, ainsi que les animaux du monde issus d’élevages français. Le Concours général agricole sera maintenu pour les autres espèces.
Un Salon toujours riche et fédérateurRéparti sur 16 hectares et 4 univers, le Salon 2026 mettra aussi à l’honneur les cultures végétales, les produits des régions françaises et d’outre-mer, l’ouverture internationale avec la Côte d’Ivoire comme pays à l’honneur, ainsi que les services, métiers et formations agricoles. La thématique « Génération Solutions » viendra notamment mettre en lumière la transmission des exploitations et l’avenir des métiers agricoles.
« Le Salon restera un lieu de pédagogie, de dialogue et de rencontre dans la sérénité », a conclu Valérie Le Roy. « Pendant neuf jours, du 21 février au 1er mars, le public pourra venir à la source de l’information et rencontrer directement celles et ceux qui les nourrissent. »
Un fait sans précédent, mais un rendez-vous maintenu
L’absence des bovins marque une rupture historique. Pour la première fois depuis 132 éditions, le Concours général agricole ne comptera aucune épreuve animale bovine, et pour la première fois depuis plus de 60 ans, le Salon se tiendra sans vaches, symboles de son identité.
« Ce sera le Salon de la solidarité », a résumé Jérôme Despey. « Solidarité avec nos éleveurs, nos agriculteurs, le monde rural. Nous avons besoin de nos concitoyens pour faire vivre et rayonner ce Salon, à la hauteur de ce que mérite l’agriculture française. »
Manon Bollery