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30/05/2020 15:14

SANTÉ : «Il y a une urgence sociale à répondre à la demande légitime des soignants de voir leur travail mieux rémunéré» selon Olivier Véran

Après le lancement national du Ségur de la Santé, le ministre a choisi la Bourgogne-Franche-Comté pour la première séance de concertation territoriale ce vendredi 29 mai. Élus, représentants des soignants et des usagers se sont retrouvés au CHU Dijon Bourgogne pour réfléchir à la pérennisation des innovations qui ont surgi durant la crise sanitaire.
Le 25 mars dernier, le président de la République se rendait à Mulhouse où la crise sanitaire était si grave qu'un hôpital militaire de campagne avait été établi sur le parking du centre hospitalier. Là, Emmanuel Macron prenait l'engagement qu'«un plan massif d’investissement et de revalorisation de l’ensemble des carrières sera construit pour notre hôpital» à l'issue de la crise.

Deux mois après, une concertation avec 300 acteurs du monde de la santé est lancée par Édouard Philippe et Olivier Véran, c'est le Ségur de la Santé. Selon le ministère des Solidarités et de la Santé, l’ambition est de «tirer collectivement les leçons de l’épreuve traversée et faire le lien avec les orientations de Ma Santé 2022, pour bâtir les fondations d’un système de santé encore plus moderne, plus résilient, plus innovant, plus souple et plus à l’écoute de ses professionnels, des usagers et des territoires, avec des solutions fortes et concrètes».

Ce Ségur de la Santé durera tout le mois de juin avec des conclusions attendues mi-juillet. Un comité national travaillera spécifiquement sur la question des carrières et des rémunérations. Des retours d'expériences à partir des régions seront aussi pris en compte et une consultation en ligne complétera le dispositif.

L'ensemble des concertations repose sur quatre piliers : «transformer les métiers et revaloriser ceux qui soignent, définir une nouvelle politique d’investissement et de financement au service des soins, simplifier radicalement les organisations et le quotidien des équipes, fédérer les acteurs de la santé dans les territoires au service des usagers».

Lancement de la concertation territoriale du Ségur de la Santé


Le premier retour d'expérience territorial s'est fait en Bourgogne-Franche-Comté ce vendredi 29 mai 2020. Après une visite du centre régulation 15 et du service des réanimation chirurgicale polyvalente du CHU Dijon Bourgogne où il a échangé avec les soignants, le ministre de la Santé Olivier Véran a rencontré les acteurs régionaux du monde de la santé.

Environ 70 personnes s'étaient installées dans l'amphithéâtre du CHU auxquelles s'ajoutaient 20 personnes en visioconférence. À la tribune, Olivier Véran ainsi que Pierre Pribile, directeur général de l'Agence Régionale de Santé de Bourgogne-Franche-Comté, et le docteur Isabelle Millot, vice-présidente de la Conférence Régionale de la Santé et de l'Autonomie (CRSA). La CRSA est analogue à un «parlement de la santé» où siègent des soignants, des usagers et des élus.

Dans la salle, tous les députés de la Côte-d'Or étaient au premier rang. Les Marcheurs Didier Martin, Fadila Khattabi, Yolaine de Courson et Didier Paris. Le Républicain Rémi Delatte. À leurs côtés, le sénateur LREM de la Côte-d'Or François Patriat. Françoise Tenebaum représentait le conseil régional, la Métropole et la Ville de Dijon (François Rebsamen, maire de Dijon et président du conseil de surveillance du CHU Dijon Bourgogne étant absent). Emmanuelle Coint représentait le conseil départemental de la Côte-d'Or. Ayant accueilli le ministre à Dijon, le préfet de région Bernard Schmeltz suivait lui aussi la conférence. Président de la commission médicale du CHU, Yves Cottin était, lui aussi, au premier rang. Ayant guidé la délégation dans les services du CHU, la directrice générale Nadiège Baille était, elle, plus en retrait pour cette conférence.

Tirer les leçons de la crise


Président de la CRSA Bourgogne-Franche-Comté, Bruno Herry a pris la parole en premier depuis la visioconférence pour saluer «l'engagement sans faille et le travail de l'ensemble des personnels soignants des établissements de santé publics et privés, à but lucratif ou non-lucratif, qui ont su coopérer avec efficacité pendant cette période d'urgence médicale pour une prise en charge de qualité des patients gravement atteints ainsi que les aidants, les services sanitaires et médico-sociaux à domicile ainsi que les bénévoles». Par ailleurs, il a regretté que la démocratie sanitaire ait été «mise en sommeil» durant le confinement même si la CRSA a continué de travailler afin de produire des préconisations à partir des «leçons à tirer de la crise».

Concernant la perspective de la mise au point d'un vaccin, Bruno Herry appelle à ce qu'il soit «un bien commun». Au regard des piliers «techniques» retenus, le président de la CRSA attire l'attention sur «la place des usagers» à préserver.

Pérenniser les innovations apparues durant la crise sanitaire


D'emblée, Olivier Véran a rappelé l'objectif de la concertation : transformer le Ségur de la Santé en «Accords de la Santé». Durant la crise «énormément d'innovations ont été mises en place» pour répondre à la charge de soins. «Tout le monde s'est transformée en donneur d'ordre» afin de s'adapter rapidement à l'épidémie. Le ministre a cité tout autant la gestion des évacuations sanitaires par l'ARS, les portes en bois fabriquées ad hoc par des menuisiers du fait de commande de la direction du CHU, la développement rapide de services informatiques ou encore les changements de services des soignants.

Le ministre de la Santé entendait ainsi insister sur la coopération et la solidarité qui se sont instaurées pour faire face à l'épidémie. Une coopération qui ne s'est pas limitée à l'intérieur des établissements de santé mais qui a impliqué conjointement l'hôpital et la médecine de ville, les établissements de santé et les établissements médico-sociaux ainsi que les soignants et l'administration. L'enjeu pour le ministère est à présent de «tirer l'expérience de ce qui s'est passé pendant cette crise sanitaire» ce qui passe par une évaluation des innovations et une recherche de financements les pérenniser.

Si les quatre piliers constitue l'architecture du Ségur de la Santé, le ministre a ouvert la porte à des retours des expérience allant au-delà de ces thématiques. Si les inégalités de santé, la prévention, la santé publique ne sont pas formellement mentionnées c'est parce qu'elles vont «irriguer tous [les] travaux» de la concertation.

Agir vite avant le retour de la bureaucratie


Alors que Bruno Herry regrettait un temps de concertation de moins d'un mois, Olivier Véran a rappelé qu'«il y a une urgence sociale à répondre à la demande légitime des soignants de voir leur travail mieux rémunérer», ce qui ne peut «attendre des mois et des mois». Le ministre veut agir vite «avant que l'on reprenne un certain nombre d'habitudes, avant que la bureaucratie dans tout ce qu'elle a de prédateur par endroits, nécessaire à d'autres, ne reprenne le devant de la scène».

Les différents plans s'étant succédés ces dernières années, le ministre ne souhaite pas «tout réécrire». Certains plans n'ont même pas été appliqués. Olivier Véran a pointé le «conservatisme et le corporatisme de la technostructure administrative» pouvant parfois expliquer le phénomène.

Les élus revendiquent d'être codécideurs


Les participants à la conférence ont ensuite lancé concrètement cette concertation territoriale en interpellant ou en interrogeant le ministre. Les difficultés concernant la démographie médicale de la Bourgogne-Franche-Comté datant d'avant la crise ont été rappelées. Une direction médicale au sein des groupements hospitaliers de territoire (GHT) a été demandée.

La place qui doit être accordée aux personnes âgées à l'avenir a été soulignée, surtout si de nouvelles épidémies de ce type sont amenées à se produire. Les ambulanciers ont indiqué qu'ils cherchaient leur place dans la nouvelle organisation. Le rôle des auxiliaires de vie devrait être mieux pris en compte. Le manque d'attractivité des métiers de soignants en santé mentale a été regretté.

En tant que représentante de collectivités territoriales, François Tenenbaum a revendiqué «une position de codécideur dans la gouvernance de la santé» ce qui à quoi le ministre a répondu que cela impliquerait une inclusion dans «les mécanismes de responsabilité». La conseillère régionale a aussi demandé un «déblocage du numerus clausus» encore contraint par «la limitation des budgets des universités» et «le nombre de salles disponibles».

Donner «un coup de booster» aux réformes du secteur de la santé


En guise de premières réponses, Olivier Véran est revenu sur la question de l'investissement à l'hôpital en l'abordant sous l'angle de la gestion de la dette. Cela avait été entamé par Agnès Buzyn qui l'a précédé en tant que ministre de la Santé : l’État reprendra à son compte un tiers de la dette des hôpitaux afin de libérer des marges d'investissements pour se moderniser. Des investissements permettant de «dépenser ce qu'il faut au bon moment pour éviter de dépenser ce qu'il ne faut pas au mauvais moment».

Le ministre a tenu à rassurer des professions libérales comme les pharmaciens, les podologues ou encore les prothésistes qui ne sont pas représentés dans les instances de la concertation : auront lieu des «réunions bilatérales directes».

En conclusion, Olivier Véran a déclaré vouloir apporter «un coup de booster» aux réformes du secteur de la santé. La réponse à la demande de revalorisation des rémunérations de soignants est aussi vu comme une solution afin de «remplir les écoles qui forment les soignants de demain, pour que l'on puisse développer de nouvelles compétences en santé, pour que l'on puisse développer des passerelles et que l'on puisse permettre à chacune et à chacun de s'épanouir dans leur exercice professionnel».

Du point de vue du gouvernement, «l'idée est que l'on veut continuer la transformation de notre système de santé pour que chacun puisse retrouver et conserver le sens de son métier». Médecin qui se considère accaparé par les tâches administratives, infirmière qui reprennent des études pour de la recherche clinique, ambulancier qui souhaite évoluer dans le système de santé sont autant d'exemple cités par le ministre pour envisager une évolution des vies professionnelles des soignants.

Jean-Christophe Tardivon