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01/12/2022 15:32

SANTÉ : Jean-Jacques Coiplet revendique une ARS «humaine et de proximité»

Ce jeudi 1er décembre, le nouveau directeur de l'ARS Bourgogne-Franche-Comté a effectué un point de situation sur les sujets d'actualité sanitaires : neuvième vague de la Covid-19, régulation des urgences du CHU de Dijon, réquisition de médecins libéraux en Saône-et-Loire, «flying doctors» vers Nevers, Centre 15 de l'Yonne, équipe paramédicale d'urgence à Champagnole...
Après la Corse et les Pays de la Loire, Jean-Jacques Coiplet a pris ses fonctions de directeur général de l'agence régionale de santé Bourgogne-Franche-Comté le 21 novembre dernier, succédant à Pierre Pribile qui a rejoint la direction générale de la santé (lire le communiqué).

Ce jeudi 1er décembre 2022, le nouveau responsable de l'ARS, établissement public de l'État à caractère administratif placé sous la tutelle du ministère de la Santé, a passé en revue les sujets d'actualité.

«Respecter les équités territoriales»


Après avoir salué l'action de son prédecesseur, Jean-Jacques Coiplet indique avoir relevé en Bourgogne-Franche-Comté «trois marqueurs dans le domaine de la santé» : «le travail et l'intelligence collective», «l'innovation» et «l'engagement des soignants».

Le nouveau directeur indique vouloir faire en sorte que «l'ARS soit humaine et de proximité», cela par une action «au niveau territorial» pour «arbitrer et respecter les équités territoriales».

En cas de projet particulier ou de difficulté, Jean-Jacques Coiplet annonce que sa méthode sera de «mettre systématiquement autour de la table les personnes concernés» qu'il s'agisse des parlementaires, des représentants de collectivités locales, des institutions ou des citoyens afin de «trouver des solutions concrètes au plus près de besoin des gens».

En ce qui concerne la relation avec les soignants, le nouveau directeur entend «soutenir l'innovation» et «redonner du temps aux soignants» au travers d'un «plan de mobilisation pluriannuel». Le bed management ou ordonnancement des lits continuera d'être au centre des préocupation.

Pour limiter les tensions sur les établissements de santé, l'amont et aval des prises en charge seront développés : prévention, «aller vers», dépistage d'un côté et accompagnement, maintien à domicile, ou encore hospitalisation à domicile (HAD) de l'autre.

«La neuvième vague de la Covid-19 touche toutes les classes d'âges»


«Notre système de santé est en souffrance mais il 'y a pas de fatalité», estime Jean-Jacques Coiplet. En cette fin d'automne, les risques sont liés aux pathologies infectieuses : la neuvième vague de la Covid-19, le début de l'épidémie saisonnière de grippe et une épidémie de bronchiolite particulièrement longue.

Pour Alain Morin, directeur de la santé publique, l’épidémie de bronchiolite qui touche notamment les nourrissons provoque une forte de tension des établissements de santé privés et publiques de la région. À noter que des enfants d’Île-de-France sont accueillis dans les hôpitaux de Sens et d'Auxerre.

Alain Morin salue la mobilisation des infirmières libérales pour effectuer des plages complémentaires dans les hôpitaux. La réserve sanitaire a été également mobilisée avec une personne à Sens et deux personnes à Dijon.

En ce qui concerne la grippe, l'épidémie arrive progressivement de l'ouest de la France. À ce jour, le taux de couverture vaccinale est inférieur de 13% à l'année précédente., la campagne vaccinale étant lancée depuis le 18 octobre dernier (lire notre article).

«La neuvième vague [de la Covid-19] touche toutes les classes d'âges», signale Jean-Jacques Coiplet qui note que le taux de couverture vaccinale des plus de 60 ans reste relativement faible avec 37%.

«Le vaccin est le seul outil efficace en prévention des formes graves», insiste
Mohamed Si Abdallah, directeur général adjoint, que Jean-Jacques Coiplet remercie pour son intérim avait sa propre prise de fonctions.

«Même s'il pleut, on est loin de remplir les nappes phréatiques»


L'ARS a particulièrement surveillé les effets des canicules et sécheresses durant l'été dernier. En Bourgogne-Franche-Comté, 111.140 habitants de 585 collectivités ont connu des situations de tension.

3.000 habitants de 16 collectivités ont été ravitaillés en eau par des camions-citernes. Les mobilisations exceptionnelles de forages ont concerné 22.000 habitants parmi 12 collectivités. Les interconnexions pour réduire les tensions ont approvisionnés 460 collectivités.

«Même s'il pleut, on est loin de remplir les nappes phréatiques», alerte Alain Morin.

Préanalyse du projet régional de santé avec les élus régionaux


Dans sa dimension «santé», le Conseil national de la refondation (CNR) s'est déployé avec une «dynamique extrêmement forte». 1.100 personnes se sont inscrites à 21 réunions, contribuant à 50 propositions.

Comme l'explique Didier Jacotot, directeur du cabinet, du pilotage et des territoires, le CNR Santé se donne quatre objectifs : «donner l'accès à un médecin traitant ou une équipe traitante», «garantir la continuité des soins», «mobiliser les leviers locaux d'attractivité» et «faire entrer la prévention dans le quotidien des Français».

Cédric Duboudin, directeur de l'innovation et de la stratégie, explique que la phase de concertation de la révision du projet régional de santé est en cours. Elle sera finalisée en octobre 2023 pour un arrêté au 1er novembre suivant.

L'ARS a déjà rencontré un groupe contact d'élus du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté et une préanalyse du PRS sera proposée à l'assemblée régionale avant la finalisation.

En avril 2018, la collectivité avait exprimé un vote consultatif défavorable au PRS 2018-2022 afin d'interpeller le ministère de la Santé sur le manque de médecins urgentistes dans la région.

«Financer des frais de transport n'est pas dans la mission de l'ARS»


La proposition de Denis Thuriot (RE) de créer des «flying doctors» venant du CHU Dijon Bourgogne et ralliant le centre hospitalier de Nevers agglomération (CHAN) par voie aérienne pour effectuer des consultation reçoit un commentaire prudent de Jean-Jacques Coiplet (lire notre article).

«Ce genre de proposition doit s'inscrire dans un projet médical partagé», indique-t-il en soulignant que «financer des frais de transport n'est pas dans la mission de l'ARS». Le directeur général préfère mettre en avant les assistants partagés, les consultations avancées et la télé-assistance pour pallier la baisse de démographie médicale dans la Nièvre.

L'avenir du Centre 15 de l'Yonne en question


Tandis que l'éventuel transfert du Centre 15 de l'Yonne vers Dijon – comme cela a été le cas avec celui de la Nièvre – voit se manifester l'opposition d'élus et de professionnels de santé icaunais.

Prudence encore du directeur général qui renvoie à «la concertation» – «la coopération entre les SAMU et entre les établissements est le préalable» – tout en évoquant la mutualisation possible grâce aux systèmes d'information.

«Une équipe paramédicale d'urgence n'est pas un SMUR low cost»


Dans le Jura, les consultations non programmées et la ligne SMUR suspendues à l'hôpital de Champagnole. Pour autant, «la sécurité de la population est assurée», déclare Jean-Jacques Coiplet qui évoque le Centre 15, les hélicoptères et les lignes SMUR limitrophes.

La fermeture de la ligne SMUR ne serait pas à l'ordre du jour, les problèmes venant d'une «situation conjoncturelle» liée aux ressources humaines. L'objectif est de de «rouvrir dans les meilleurs délais les soins non programmés» ainsi que la ligne SMUR en fonction de la disponibilité de soignants.

En attendant, l'ARS envisage de mettre en place une équipe paramédicale d'urgence (EPMU) composée d'une infirmière expérimentée à l'urgence ou à l'anesthésie et d'un ambulancier encadrés par un protocole.

«Ce n'est pas un SMUR low cost», assure Jean-Jacques Coiplet qui a suivi un tel dispositif instauré depuis un an dans la Sarthe. Un dispositif similaire a été mis en place dans la Nièvre, en lien avec le service départemental d'incendie et de secours.

Réquisition de médecins libéraux durant la grève


Alors que des médecins libéraux sont en grève ces 1er et 2 décembre pour contester les dispositions de la convention nationale en cours de renégociation, le directeur général de l'ARS annonce que des réquisitions de médecins ont été effectués pour «assurer la continuité de la régulation et des gardes» en lien avec les conseils de l'Ordre et des Centre 15.

Cette réquisition concerne un médecin régulateur dans le Doubs et un autre en Saône-et-Loire ainsi que des médecins effectueurs : un dans la Nièvre, un en Haute-Saône, un en Saône-et-Loire et sept dans le Doubs.

Si l'offre de soins non programmés est «diminuée», Aline Guibelin,
directrice de la délégation départementale de Côte-d'Or, signale que la prise en charge des patients est assurée avec une réponse téléphonique via le Centre 15.

Réguler systématiquement les urgences, «une mesure de bon sens»


Le 28 novembre dernier, le CHU Dijon Bourgogne et l'Hôpital privé Dijon Bourgogne ont instauré la régulation systématique de l'accès aux urgences de 17 heures à 7 heures du matin, toutes les nuits (lire le communiqué).

Le directeur général de l'ARS met ses pas dans ceux de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) qui qualifie la régulation de «mesure de bon sens». Cette mesure permettrait de «recentrer les urgences sur celles qui sont le plus importantes».

Anne-Laure Moser, directrice de l'organisation des soins, signale un dispositif en cours de réflexion impliquant des médecins libéraux proposant des plages en journée afin de recevoir des patients qui se seraient a priori rendu aux urgences.

À présent installé dans ses fonctions au siège régional de l'ARS situé dans le quartier des Grésilles, à Dijon, Jean-Jacques Coiplet compte mener des visites départementales, en commençant par la Saône-et-Loire et le Jura.

Jean-Christophe Tardivon