
L'opérateur de la ligne d'écoute 3919 revendique auprès du législateur d'inscrire «dans l'acte même du mariage l’interdiction de toute violence au sein des couples».
Communiqué de Solidarité femmes du 20 novembre 2025 :A l’occasion de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, la Fédération Nationale Solidarité Femmes (FNSF) lance une campagne, autour des violences conjugales en ruralité, invitant le législateur et élus locaux à s’engager davantage en faveur de cette cause, en réaffirmant dans l'acte même du mariage l’interdiction de toute violence au sein des couples.
Inscription d’une formulation en ce sens dans l’acte 212 du Code civil
L’article 212 du Code civil est au cœur de l’acte de célébration du mariage, il est le ciment du lien conjugal et la formulation la plus évocatrice de l’union de deux personnes. S’il évoque déjà le respect, le secours et l’assistance, il n’inclut pas de mention explicite de l’interdiction de la violence, ce qui passe indirectement sous silence des situations graves rencontrées malheureusement fréquemment au sein des couples. En 2024, 100 448 appels à la ligne d’écoute 3919 ont ainsi été pris en charge. 69% des personnes ayant été en contact appelaient le 3919 pour la première fois.
La FNSF appelle donc à sa modification en ajoutant les mots suivants :
« Les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours, assistance, et s’engagent à vivre leur union sans aucune forme de violence. »
La FNSF invite les maires dès à présent, à prendre l’initiative de dire ces mots lorsqu’ils et elles célèbrent un mariage, marquant ainsi leur engagement contre les violences conjugales actant symboliquement que celles-ci ne relèvent pas de la sphère privée : elles concernent la société tout entière et ne sont ni tolérables, ni tolérées dans leur commune.
Des difficultés et obstacles supérieurs rencontrés par les victimes dans les zones rurales
Parmi les 36 000 communes françaises, 30 000 sont rurales. Les chiffres sont éloquents : 50% des victimes de féminicides viennent de zones rurales alors que seule 30% de la population y vit. Les violences conjugales ne sont pas plus fréquentes en ruralité mais les victimes disposent généralement de moyens plus limités pour les fuir, ce qui explique les conséquences plus dramatiques de ces violences dans ces territoires. 52% des personnes vivant en ruralité estiment que l’action des pouvoirs publics ne bénéficie pas à leur commune.
« En ruralité, où l’isolement territorial et les difficultés d’accès à des services sont accrus, l’élu(e) local(e) est souvent la première personne à laquelle une victime de violences peut s’adresser. Il est crucial, dans une telle situation, de savoir accueillir la parole des victimes et agir en conséquence en réorientant vers une association. L’écoute, la réactivité et le financement des dispositifs d’aide peuvent sauver des vies, qu’il s’agisse de fournir un hébergement, d’aider au relogement, ou encore de faciliter le dépôt de plainte. Pour toutes ces raisons, nous travaillons main dans la main avec l’Association des Maires Ruraux de France (AMRF) afin de sensibiliser les élu(es) à ces problématiques et situations », explique Mine Günbay, Directrice générale de la FNSF.
Une lettre ouverte est notamment en cours de diffusion auprès des élus locaux en ruralité, qui permet à la Fédération de constituer un réseau de soutiens et d’accroître le maillage territorial de ses leviers d’action.
Les associations et structures permettant la prise en charge de victimes sont en difficulté face aux baisses de subventions
« Alors que l'égalité entre les femmes et les hommes a été déclarée grande cause nationale, la réalité constatée sur le terrain est plus qu’inquiétante et les évolutions souhaitées peinent à se concrétiser. Il est urgent de renforcer le soutien aux associations locales, alors que celles-ci font au contraire face à des financements insuffisants et ne disposent pas des moyens nécessaires pour venir en aide à toutes les femmes qui en ont besoin », alarme Mine Günbay.
Selon une étude sur les baisses de financement des associations féministes menée notamment auprès des trois têtes de réseaux (Fédération nationale Solidarité Femmes, Planning familial et FNCIDFF) par la Fondation des Femmes, 72 % des associations rurales sont contraintes de fermer ou réduire des permanences. Le manque de moyens accordés à la lutte contre les violences conjugales engendre des obstacles supplémentaires qui entravent la capacité de fuir ces situations très dangereuses pour les femmes, notamment avec le rallongement des délais de prise en charge.
Par cette campagne de sensibilisation et d’action, la FNSF appelle à un sursaut sociétal et citoyen, qui passe par une réinvention de l’engagement municipal et départemental pour soutenir toutes les structures jouant un rôle déterminant dans la protection des vies des victimes.
