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22/06/2020 03:21

TRANSPORT ROUTIER : La moitié des camions de Bourgogne-Franche-Comté ont été à l'arrêt pendant le confinement

L'activité reprend dans le secteur du transport routier. L'entreprise dijonnaise Régis Martelet a témoigné de la situation durant le confinement et de la reprise auprès du préfet de Bourgogne-Franche-Comté, de la DREAL et de la DIRECCTE.
L'entreprise dijonnaise de transport routier Régis Martelet existe depuis 1860. Depuis octobre 2019, elle fait maintenant partie du groupe Blondel (2.300 salariés). Le transporteur routier a dû faire face aux conséquences de l'épidémie de Covid-19 tant économiques que sociales.

Directeur de l'entreprise Régis Martelet, Alexandre Hirtzmann a reçu Bernard Schmeltz (préfet de Bourgogne-Franche-Comté), Olivier Thirion (chef du service transports de la DREAL Bourgogne-Franche-Comté) et Georges Martins-Baltar (directeur régional adjoint en charge de la politique travail à la DIRECCTE Bourgogne-Franche-Comté) pour une visite d'entreprise le 15 juin 2020.

La résilience des transporteurs régionaux


La reprise d'activité se poursuit alors que «le plus dur de la crise épidémique est désormais derrière nous» selon le préfet de Bourgogne-Franche-Comté qui a souligné la «belle résilience» des transporteurs de Bourgogne-Franche-Comté. En effet, certains se sont retrouvés à l'arrêt faute de chargeurs tandis que d'autres ont connu une forte activité dans le convoyage de produits alimentaires. Entre les deux, l'optimisation du chargement des camions a été moindre avec plus de transports à vide.

Dans ce contexte, «la concurrence déloyale de la part d'entreprises qui ne respectaient pas la réglementation européenne sur le cabotage» a été d'autant plus mal vécue par les entrepreneurs, d'où des contrôles routiers menés ces temps-ci dans les différents départements de la Bourgogne-Franche-Comté (lire notre article sur l'opération de l'A31).

Bernard Schmeltz a appelé à «la solidarité des entreprises entre elles», c'est à dire qu'il y a «une responsabilité des chargeurs de travailler avec des entreprises [de Bourgogne-Franche-Comté] dont ils peuvent être certains qu'elles respectent scrupuleusement la loi et la réglementation».

La moitié des camions à l'arrêt en avril


Si, à ce jour, il n'y a pas de phénomène de défaillance d'entreprise notable, les risques sont non négligeables à l'horizon de la fin 2020, «d'où l'importance d'être très solidaires pour relancer la consommation et se faire travailler les uns et les autres pour permettre à l'emploi et à l'activité de se maintenir».

Le secteur a été fortement touché par l'état d'urgence sanitaire. Selon la Fédération Nationale de de Transport Routier, en Bourgogne-Franche-Comté, mi-avril, 86% des entreprises étaient concernées par les mesures d'activité partielle dont 24% en arrêt total. Concernant les camions, 51% étaient à l'arrêt. Corrélativement, le chiffre d'affaire a été divisé quasiment par deux (moins 45%).

Mi-mai, 60% des entreprises étaient encore en arrêt partiel. 21% des camions étaient toujours à l'arrêt. Effectuer plus de trajets à vide a entraîné un surcoût de 15% (achats de produits sanitaire, baisse de la productivité...).

Une réglementation européenne durcie pour limiter la concurrence déloyale


Sur la même période, le cabotage a augmenté. Le cabotage est l'opération de trajets à l'intérieur de la France autorisée sous certaines conditions par un transporteur étranger traversant le pays (dont trois opérations en sept jours). La Pologne et la Roumanie sont les pays champions du cabotage en France.

Depuis l'ouverture aux pays de l'est de l'Union européenne, la part des camions français faisant du transport international a été divisée par deux. Le coût employeur d'un conducteur français est de 46.000 euros, il est de 20.000 euros pour un conducteur polonais. Il est donc important pour la DREAL de vérifier la légalité des opérations de cabotage des transporteurs étrangers pour éviter toute concurrence déloyale (lire notre article).

La réglementation européenne va être durcie d'ici fin 2020 pour obliger les entreprises étrangères à faire revenir leurs conducteurs au moins une fois tous les mois et leurs camions au moins une fois tous les deux mois. La lutte, menée par la DIRECCTE, sera aussi renforcée contre les entreprises françaises qui créent des coquilles vides à l'étranger.

La DREAL compte aussi mettre l'accent sur l'obligation réglementaire des chargeurs de s'enquérir du respect des règles par les transporteurs qu'ils commanditent. Une disposition introduite par la loi Macron de 2016. Une communication particulière a lieu en direction des CCI et des entreprises pour expliquer les risques pris à faire appel à des entreprises qui ne respectent pas les règles (retrouver le guide des bonnes pratiques de la DREAL).

Depuis mi-mai, la DREAL a mené une quarantaine de contrôles pour un taux d'infraction de 25%, un taux «un peu plus élevé» que d'habitude.

La logistique et le e-commerce résistent à la crise


L'entreprise Régis Martelet revendique une forte implantation régionale. Elle réalise un chiffre d'affaires annuel de 38 millions d'euros auprès de 1.300 clients, utilise 70.000 m² d'entrepôts et 150 camions. Elle emploie 260 salariés et a recours à 1.500 sous-traitants.

Les métiers concernent la livraison, la location de véhicule avec conducteur, le fait d'être commissionnaire en douanes, l'entreposage, la messagerie express et transports de lot, l'organisation de transports.

Durant le confinement, par rapport à la moyenne annuelle, la part de chiffre d'affaires a chuté de 24% en mars, de 32% en avril et de 17% en mai. Les activités les plus résistantes à la baisse d'activité ont été la logistique et le e-commerce (moins 8% en mars et retour à l'équilibre en mai) ainsi que la location de véhicule avec conducteur (moins 17% en mars, moins 10% en mai).

«Des relations plus saines entre chargeurs et transporteurs»


L'entreprise a connu des facteurs déstructurants : baisse des cours du pétrole (malgré la période difficile, l'entreprise se retrouve à rendre de l'argent à ses clients), augmentation des vols dans les véhicules et sur sites, augmentation des frais généraux et décalage des règlements de la part des clients.

Des mesures de télétravail ont été prises dès le début du confinement et ont concerné 37 personnes. Les salariés ont été incités à prendre des jours de congés. Des salariés en activité partielle ont été volontaires pour changer de service. 113 personnes étaient en activité partielle en mars et 140 en avril. Cinq personnes vulnérables ont été placées en arrêt de travail ainsi que treize personnes pour garder des enfants.

L'entreprise a mis en place des mesures collectives et des mesures individuelles de protection des personnels : renfort du nettoyage des locaux, aménagement des espaces collectifs, mise en disposition de gel hydroalcoolique, protections en plexiglass, mise à disposition de masques de protection...

Ces mesures ont été complétées par l'affiche de consignes dans les différents secteurs et par la rédaction de documents de référence concernant le télétravail ou encore les «bonnes pratiques de déconfinement». Sur chaque site, un «référent Covid» a été désigné auprès duquel les personnels peuvent se renseigner. L'équipe de management a été sensibilisée sur les risques psychosociaux liés à cette période. Les salariés ont été informés de leur possibilité de contacter la Médecine du travail.

L'ensemble fait dire à Alexandre Hirtzmann qu'il s'agit à présent d'aller vers «des relations plus saines entre chargeurs et transporteurs tout en privilégiant la main d’œuvre locale». Ce à quoi abonde la DREAL : «chaque acteur dispose d'un rôle capital dans le fonctionnement du pays et de son économie».

Jean-Christophe Tardivon