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25/05/2020 03:23

TRAVAUX PUBLICS : «Plus on aura d'activité, plus on arrivera à amortir les surcoûts» envisage Vincent Martin

Le président de la Fédération Régionale des Travaux Public de Bourgogne-Franche-Comté «voit rouge» concernant l'absence de prolongation des délais alors que l'état d'urgence sanitaire a été prorogé jusqu'au 10 juillet. Vincent Martin renouvelle l'engagement du secteur d'embaucher plus de 2.000 personnes en deux ans si la commande publique repart rapidement.
La Fédération des Travaux Publics a été très active dans les négociations avec le gouvernement autour de l'arrêt puis la reprises des activités de ce secteur économique. En Bourgogne-Franche-Comté, la FRTP a régulièrement relayé les revendications, assumant de «faire du syndicalisme». Pour Infos Dijon, le président Vincent Martin aborde les enjeux post-confinement.

Tout d'abord, le calendrier de la crise. À partir du 16 mars, se souvient Vincent Martin, «la profession s'est arrêtée totalement, d'une manière brutale» pour respecter le confinement. D'emblée, la FRTP a travaillé avec la fédération nationale sur les conditions d'une reprise de l'activité en lien avec l'Organisme professionnel de prévention du bâtiment et des travaux publics (OPPBTP), le ministère du Travail et le ministère de la Santé. Cela a abouti au guide sectoriel de préconisation.

L’État a mis en place un «outil efficace»


Activité partielle, report de cotisation, prêt garanti par l’État (PGE)... le gouvernement a instauré de nombreuses mesures de soutien économique. «Beaucoup d'entreprises ont appuyé sur le bouton du PGE et sur l'activité partielle» constate Vincent Martin qui tient aussi à souligner que les entreprises ont fait leur part en «soldant des congés jusqu'à fin avril» afin de pondérer le recours à l'activité partielle.

«On peut dire que les services de l’État ont réagit très vite avec un outil efficace» indique avec satisfaction le président de la FRTP. Idem pour les mesures de soutien du conseil régional à destination des petites entreprises : «ça fonctionne aussi». Vincent Martin ne cache pas sa colère concernant le ministère du Travail : «parce qu'on a été traités comme des chiffonniers» alors qu'il fallait que «la profession faisait bloc en disant : 'il faut que l'on protège nos salariés, c'est la priorité'».

Les discussions avec le gouvernement ont donc laissé des cicatrices. Certaines interventions de la ministre Muriel Pénicaud parlant de «manque de civisme» ou de «défaitisme» n'ont pas été bien perçues. «On a prouvé le contraire en sortant le guide et en donnant un mot d'ordre à la profession» répond Vincent Martin en soulignant que l'activité a repris progressivement à partir du 20 avril dernier.

À ce jour, quasiment tous les chantiers ont redémarré. Le guide de préconisation sert de référence pour mettre en place les gestes barrières : «ça fonctionne, les salariés sont contents de retravailler».

Les mesures sanitaires pourraient conduire jusqu'à 20% de baisse de productivité


Masques chirurgicaux, gel hydroalcoolique, gants... la FRTP a centralisé des commandes pour doter rapidement quelques entreprises ayant repris l'activité avec des masques en tissu. La baisse de productivité due aux mesures sanitaires variera en fonction des spécificités des métiers des travaux publics. Elle sera faible concernant les travaux de terrassement et de route, qui sont très mécanisés. Dans les réseaux humides où le travail se fait dans des tranchées, Vincent Martin estime que cette baisse de productivité pourra atteindre jusqu'à -20%.

À cela s'ajoute l'achat des équipements de protection individuelle, l'augmentation du recours aux véhicules contenant moins de passagers qu'auparavant ou encore la multiplication des bungalows de chantier. L'ensemble des coûts des mesures sanitaires et de la perte en productivité est supporté par les entreprises qui n'envisagent pas d'emblée de les répercuter aux clients. Une enveloppe dont le surcoût est encore difficile à estimer aujourd'hui : le surcoût pourrait osciller entre 2 à 10% du budget d'un chantier.

Relancer rapidement les appels d'offres


Contrairement au secteur du bâtiment, l'enjeu pour les travaux publics n'est pas tant du côté des surcoûts que de l'activité liée à la commande publique. La FRTP sensibilise les donneurs d'ordre publics comme quoi les entreprises supportent à ce jour les surcoûts en envisageant de les répercuter de façon différée et ponctuelle sur des marchés présentant des marges de manœuvre. «Plus on aura d'activité, plus on arrivera à amortir ces surcoûts» insiste Vincent Martin.

L'installation des maires élus au premier tour – se faisant entre le 23 et le 28 mai – était donc «primordiale» pour le secteur, de même que la tenue rapide du second tour des élections municipales qui, sauf contrordre du conseil scientifique, se fera le 28 juin prochain (lire la réaction du président de l'AMF 21). Le risque était de «casser la machine de l'investissement public».

L'année 2020 avait bien démarré. «Le carnet de commandes était bon à mi-mars, il ne s'est pas envolé» rappelle Vincent Martin, ce qui donnera de l'élan à la reprise. La FRTP travaille maintenant à l'horizon 2021 et demande la relance rapide des appels d'offre. Le syndicat patronal regrette le confinement des services en question dans les collectivités locales : «les entreprises doivent se remettre au boulot, les maîtres d'ouvrage et les services des maîtres d'ouvrage aussi !»

«On embauchera les gens que l'on avait prévu d'embaucher»


Si l'investissement des entreprises sera certainement ralenti, il n'y a pas encore d'alerte sur les embauches par les entreprises du secteur même si «le risque demeure». Le secteur représentant 11.000 salariés en Bourgogne-Franche-Comté. Avant la crise, les perspectives indiquaient entre 2.000 et 3.000 embauches d'ici 2022.

«Si la commande publique continue, si tout le monde joue le jeu, on embauchera les gens que l'on avait prévu d'embaucher, on formera les jeunes que l'on avait prévu de former» revendique Vincent Martin. Et de saluer «un outil très fort» concernant la formation professionnelle en Bourgogne-Franche-Comté.

Une «double peine» sur les pénalités de retard


En revanche, la FRTP hausse le ton sur la prolongation des délais liés à la prorogation de l'état d'urgence sanitaire et dit carrément «voir rouge». Une démarche assumée : «on fait du syndicalisme». Fixée initialement au 23 mai, la fin de l'état d'urgence sanitaire a été repoussée au 10 juillet 2020. «Les délais dans les marchés publics et privés ne sont pas concernés» par une ordonnance du 13 mai prise «sans concertation» constate Vincent Martin qui voit là «une double peine» : «la mise en en place des gestes barrières peut ralentir la productivité donc ralentir les délais, il ne faudrait pas que ce soit aux entreprises ensuite, parce qu'elles ont dût mettre en place des gestes barrières, parce qu'elles ont dû mettre en place certaines précautions sur les chantiers, parce qu'aussi les services des maîtres d'ouvrage ne sont pas présent au redémarrage, de subir des pénalités de retard».

Au-delà du 23 mai, les entreprise ne se retrouvent plus couvertes par l'état d'urgence sanitaire et deviennent responsables des retards induits. Vincent Martin analyse que l'exécutif n'a pas souhaité faire porter le coût de ces retards aux collectivités et l'a reporté sur les entreprises. «On ne peut pas être moteur dans la reprise d'activité, remettre en route nos gens, embaucher, maintenir les investissement et subir une collectivité qui ne redémarre pas» déplore Vincent Martin qui rappelle que «la crise Covid, malheureusement, on n'y peut rien !».

Des espoirs avec le plan de relance


Les aides de l’État faites de report de cotisations et de prêts auront à être endossées par les entreprises en 2021. «Ça va être la catastrophe pour certaines» anticipe Vincent Martin qui attend de voir le plan de relance annoncé pour septembre afin de voir s'il sera possible de «minimiser la casse».

La FRTP espère que les engagements prévus début 2020 seront maintenus au travers des contrats de Plan État-Région (avec une accélération car du retard a été pris) et que le plan de relance dynamise de la commande publique en injectant de l'argent dans les collectivités (notamment avec le système des Dotations d'équipement des territoires ruraux ou DETR) et augmente le fonds de compensation TVA pour les collectivités... Les travaux publics étant tributaires à 70% de la commande publique dont en très grande partie les collectivités locales.

Moderniser les réseaux


En termes d'aménagements du territoire, la situation peut être une opportunité de modernisation. Du côté des routes en «assurant la sécurité des usagers». Du côté des réseaux, en «renouvelant les réseaux d'eau qui ont un taux de renouvellement trop faible» car il atteint 130 ans ce qui génère 20% de pertes d'eau. Du côté du numérique, en continuant de déployer la fibre optique qui facilite le télétravail. Du côté des ouvrages d'art, en maintenant les dépenses d'entretien ce qui «a été laisse de côté». Des spécificités métiers qui ont «des débouchés économiques» bénéficiant ainsi au développement des territoires.

Jean-Christophe Tardivon


Vincent Martin préside la Fédération Régionale des Travaux Publics de Bourgogne-Franche-Comté depuis 2015