
Selon l'instance de l'Union européenne, «la réussite de l’élargissement dépend fortement de l’implication des autorités locales et régionales». Élu de Bourgogne-Franche-Comté, Patrick Molinoz était à Bruxelles, ces 2 et 3 juin, en tant que rapporteur du «Paquet élargissement 2025» pour l’Ukraine, la Moldavie et la Géorgie.
Communiqué du Comité des Régions de l'Union européenne du 3 juin 2026 :
Le maire de Kyiv, Vitali Klitschko, a déclaré que la volonté de l’Ukraine d’adhérer à l’Union européenne constituait la principale raison pour laquelle le président russe Vladimir Poutine a lancé son invasion à grande échelle en 2022. Il a également souligné que la diffusion d’une « information objective et véridique » avait été essentielle aux efforts de la capitale ukrainienne pour protéger ses habitants et contrer la désinformation russe.
M. Klitschko s’exprimait le 3 juin lors des Journées de l’élargissement, événement annuel phare organisé par le Comité européen des régions (CdR), consacré cette année à la manipulation de l’information et à l’ingérence étrangères (FIMI). Maire de Kyiv et président de l’Association des villes ukrainiennes, il est devenu en 2022 le premier membre d’honneur du CdR, quelques jours après l’invasion russe, et a reçu en 2025 le Prix du maire Paweł Adamowicz pour son leadership au service de sa communauté.
Son insistance sur l’importance d’une information fiable, objective et diffusée en temps utile a été largement partagée par les autres intervenants de la conférence. Celle-ci se tient quelques jours avant une conférence intergouvernementale prévue le 15 juin, qui pourrait marquer l’ouverture officielle des négociations avec l’Ukraine et la Moldavie concernant les réformes liées à leur adhésion à l’UE. Plusieurs pays des Balkans occidentaux poursuivent également leur rapprochement avec l’Union. La plupart signalent une augmentation de la désinformation, des cyberattaques et des tentatives d’ingérence étrangère.
Le Comité européen des régions, le rapporteur du Parlement européen sur l’élargissement, Petras Auštrevičius (LT/Renew Europe), et la présidence chypriote de l’Union européenne ont tous insisté sur la nécessité d’une coopération étroite avec les autorités locales et régionales afin de contrer la désinformation visant à affaiblir les institutions démocratiques, influencer les élections et réduire le soutien à l’intégration européenne.
Magali Altounian (FR/Renew Europe), membre du Conseil régional Provence-Alpes-Côte d’Azur et présidente de la commission CIVEX du CdR, a déclaré : « Nous devons mieux communiquer sur les bénéfices de l’élargissement de l’Union européenne, en particulier dans un environnement de plus en plus hostile. Aucun niveau de gouvernance ne peut, à lui seul, relever les défis posés par la manipulation de l’information et l’ingérence étrangères. Nous avons besoin d’une coopération renforcée entre les institutions européennes, les États membres, les régions et les villes. Nous devons également doter les autorités locales et régionales des outils, des connaissances et des capacités nécessaires pour répondre efficacement à ces menaces. »
Les expériences et les idées présentées lors de la conférence, qui comprenait également un atelier, contribueront aux recommandations actuellement élaborées par le CdR dans le cadre du Bouclier européen pour la démocratie, un ensemble de mesures visant à renforcer, protéger et consolider la démocratie au sein de l’Union européenne. La lutte contre la manipulation de l’information et l’ingérence étrangères constitue l’un des quatre piliers de cette initiative.
Les discussions ont notamment porté sur la participation citoyenne, les initiatives en matière d’éducation aux médias, le soutien aux médias et aux organisations de la société civile, les canaux efficaces d’information publique ainsi que les formes possibles de soutien européen aux autorités locales et régionales.
La manipulation de l’information et l’ingérence étrangères seront également au cœur de la conférence EuroPCom, qui se tiendra les 9 et 10 juin et réunira des spécialistes de la communication issus d’institutions publiques, y compris des pays candidats à l’élargissement.
Citations
Magali Altounian (FR/Renew Europe), membre du Conseil régional Provence-Alpes-Côte d’Azur et présidente de la commission CIVEX) : « L’Ukraine est en première ligne d’une guerre de l’information, où la désinformation est utilisée comme une arme stratégique dans une lutte existentielle. La Moldavie a également été visée à de nombreuses reprises. Des dynamiques similaires sont visibles dans les Balkans occidentaux ainsi qu’au sein même de l’Union européenne, y compris dans mon propre pays. La désinformation exploite les divisions sociales, cherche à miner la confiance dans nos institutions et à affaiblir le soutien du public à l’adhésion à l’UE et aux réformes. Nous devons reconnaître clairement le rôle des autorités locales et régionales dans la lutte contre la désinformation. Pour de nombreux citoyens, une question essentielle demeure : que signifie concrètement l’élargissement pour moi et pour ma communauté ? En nous appuyant sur des faits et des résultats tangibles, nous pouvons démontrer que l’élargissement n’est pas une politique abstraite mais une opportunité de croissance, de stabilité et de paix. »
Vitaliy Klitschko, maire de Kiev, président de l'Association des villes ukrainiennes et lauréat du Prix du maire Paweł Adamowicz 2025 : « Tout le monde doit comprendre la raison de cette guerre insensée. Nous, Ukrainiens, voulons faire partie de l’Europe et rester indépendants. M. Poutine n’est pas d’accord avec cela. Nous voulons construire un pays démocratique. Nous dépendons de chacun d’entre vous. Cette guerre comporte quatre fronts, dont l’un est la désinformation. Un exemple simple : Poutine affirme que les principales cibles russes sont les forces militaires. Pourtant, hier encore, Kyiv a été frappée par des missiles. Sept personnes ont été tuées et 90 blessées. Cinq hôpitaux et trois établissements préscolaires ont été détruits. Depuis le début de la guerre, plus de 2 000 appartements ont été détruits à Kyiv et près de 1 000 personnes y ont perdu la vie. Une information objective et véridique est une priorité dans notre communication avec la population. Pour protéger les citoyens, nous les informons des actualités, des besoins et des principaux défis auxquels nous faisons face. »
Plus d'information
- Participants aux Journées de l’élargissement : outre des responsables politiques locaux et régionaux, les participants comprenaient notamment Marilena Raouna, vice-ministre chargée des Affaires européennes de la République de Chypre ; Petras Auštrevičius (LT/Renew Europe), rapporteur du Parlement européen sur l’élargissement ; des représentants de la Commission européenne et du Service européen pour l’action extérieure (SEAE) ; ainsi que des professionnels des médias, des experts et des représentants de la société civile issus des pays candidats à l’adhésion. Le Comité européen des régions (CdR) avait également invité de jeunes élus de ces pays participant à son programme YEP (Young Elected Politicians).
- L’élargissement - perspective locale et régionale : la dernière évaluation du CdR concernant les progrès réalisés par les pays candidats dans la mise en œuvre des réformes liées à l’Union européenne, vue sous l’angle local et régional, figure dans ses avis relatifs au « Paquet Élargissement 2025 » pour les Balkans occidentaux et la Turquie (rapporteure : Gillian Coughlan, membre du Conseil du comté de Cork, Irlande) ainsi que pour l’Ukraine, la Moldavie et la Géorgie (rapporteur : Patrick Molinoz, vice-président de la région Bourgogne-Franche-Comté). Ces avis soulignent que la réussite de l’élargissement dépend fortement de l’implication des autorités locales et régionales, puisque près des deux tiers de la législation européenne nécessitent une mise en œuvre au niveau infranational. Ils reflètent les trois priorités politiques du CdR : la cohésion, la résilience et la proximité. Le Comité estime qu’aucune autre institution européenne n’a fait preuve d’un soutien aussi constant à l’élargissement.
- L’élargissement - opinion publique : les attitudes des citoyens européens à l’égard de l’élargissement sont détaillées dans une enquête spéciale Eurobaromètre publiée en 2025. L’opinion publique concernant l’adhésion à l’Union est également évaluée chaque année dans les pays partenaires, y compris en 2025.
- Bouclier européen pour la démocratie : Le CdR adoptera sa position sur le Bouclier européen pour la démocratie lors de sa session plénière d’octobre 2026. Les mesures prévues dans cette initiative s’articulent autour de quatre axes : (1) renforcer la résilience des sociétés et la participation citoyenne en favorisant l’engagement civique ; (2) garantir des élections libres et équitables, le pluralisme des médias, une société civile forte et des mécanismes efficaces de contrôle démocratique ; (3) lutter contre la désinformation et les manipulations de l’information ainsi que les ingérences étrangères (FIMI) ; (4) limiter les risques liés aux nouvelles technologies, notamment l’intelligence artificielle, tout en tirant parti de leurs avantages.
Le CdR demandera que le rôle des autorités locales et régionales dans la lutte contre la désinformation soit explicitement reconnu, notamment à travers leur participation au Centre européen pour la résilience démocratique. Un projet d’avis du CdR sur le Bouclier européen pour la démocratie est actuellement en préparation.
- Lectures de référence : parmi les documents de fond figurent une étude commandée par le CdR intitulée « La dimension locale et régionale de la Facilité pour les réformes et la croissance dans les Balkans occidentaux » (2026), ainsi qu’une note d’information du Service de recherche du Parlement européen consacrée à « La manipulation de l’information et les ingérences étrangères dans les pays candidats à l’adhésion à l’Union européenne » (mars 2026).

Groupe de travail sur les relations avec l'Ukraine, 2 juin 2026 à Bruxelles (photographie Emile Windal / Union européenne)