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17/06/2020 03:22

VIOLENCES URBAINES : Marine Le Pen profite d'un passage à Dijon pour se relancer en vue de la présidentielle

En trente minutes, Marine Le Pen est venue ce mardi 16 juin livrer sa vision de la situation dans la ville même où des affrontements prenant un caractère communautariste ont ému la population. Posant ainsi un jalon pour l'élection présidentielle, elle a ciblé les médias, le gouvernement et le maire de Dijon.
La présidente du Rassemblement National est venue expressément ce mardi 16 juin 2020 donner une conférence de presse dans un hôtel près de la gare de Dijon afin de s'exprimer à la suite des violences urbaines qui ont touché le centre-ville de Dijon et le quartier des Grésilles du 12 au 14 juin derniers.

Alors qu'environ deux cents manifestants protestaient contre sa venue (lire notre article), les policiers ont sécurisé l'arrivée d'une élue de la République. Une fois dans le bâtiment, la députée du Pas-de-Calais s'est rapidement attablée derrière de nombreux micros et devant un écran rappelant la thématique : «violences à Dijon».

«Les images effarantes d'ensauvagement de la capitale des ducs de Bourgogne»


D'emblée, Marine Le Pen relie sa venue à un autre phénomène post-confinement, «les vociférations de haine indigéniste, cette haine raciale sous couvert d'antiracisme et cette haine communautariste anti-française, le tout s'accompagnant de violences urbaines». Le ton était donné, le lien était instigué. Un ton ferme et revendicatif, voulu pour apporter une réponse aux inquiétudes suscitées par la découverte des affrontements entre des «Tchétchènes» et de jeunes Dijonnais puis des heurts entre ces derniers et les forces de l'ordre.

Marine Le Pen a beau jeu d'évoquer «les images effarantes d'ensauvagement de la capitale des ducs de Bourgogne à l'occasion de rixes inter-communautaires surréalistes entre Tchétchènes et Maghrébins». Des images véhiculées par les réseaux sociaux, souvent filmées par les protagonistes eux-mêmes. Mais ce n'est pas ce que retient la présidente du Rassemblement National qui préfère cibler «les médias». Des médias suspects de ne pas parler de la situation à Nice. Des médias suspects de ne pas avoir diffusés de sujets avant la situation révélée par ceux qui la constituaient.

Des vidéos amateur aux références cinéphiles, il n'y qu'un pas pour Marine Le Pen : «on ne sait plus si on est au Far-West ou à Bagdad, dans Orange mécanique ou dans Mad Max». Face à «l'ultra-violence» tirée du film de Stanley Kubrick, Marine Le Pen considère qu'il y a «un gouvernement somnambule qui sombre dans le mutisme et l'inertie».

«Dijon vient, par le contre-exemple, de nous indiquer la voie à suivre»


Premier à être convoqué individuellement, «le maire de Dijon habituellement si prolixe quand il s'agit de vanter les mérites du multiculturalisme dont il a fait de certains quartiers un coûteux laboratoire - 135 millions viennent d'être investis dans le quartier des Grésilles [NDLR : pour des opérations de rénovation urbaine au titre de la politique de la ville portée par l’État] - est apparu bredouillant et groggy». Et de lancer : «Dijon vient, par le contre-exemple de nous indiquer la voie à suivre» dans l'après-Covid.

Tandis que François Rebsamen a déclaré plus tôt dans la journée de mardi que Marine Le Pen «n'était pas la bienvenue», celle-ci lui a répondu indirectement : «en l’occurrence, il fait vraiment partie des responsables politiques qui ont organisé, installé tous les ingrédients explosifs de la situation actuelle : laxisme judiciaire, rénovation extrêmement coûteuse de quartiers en pensant que la rénovation allait régler le problème de l'insécurité, c'est vraiment le symbole du déni de la réalité en politique, de la faiblesse de nos dirigeants qui se sont succédé».

Le projet présidentiel de 2017 reste «vital»


Après l'ultra-violence d'Orange Mécanique, le déclin post-apocalyptique de Mad Max : «chaque jour l'actualité voit le pays des Lumières descendre une marche supplémentaire vers une société décivilisée, ultraviolente et à l'opposé du conte de fées du vivre-ensemble qui a nourri jusqu'à l’écœurement les sermons publics durant des décennies».

Marine Le Pen voit là un «avertissement» et appelle «les Français à regarder la vérité en face : il ne s'agit pas seulement, comme le veut le gouvernement, de s'interposer entre des communautés mais de mettre fin, sans faiblesse à cette sinistre séquence».

Après la séquence cinématographique de Stanley Kubrick, arrive un clin d’œil sarcastique au philosophe Jacques Derrida : «un autre candidat qui prétendait incarner la modernité des sociétés post-nationale laisse aujourd'hui le pays en voie de déconstruction dériver vers une déstabilisation intérieure et peut-être pire».

Pour éviter cette prophétie, la présidente du Rassemblement National convoque les souvenirs de la campagne présidentielle de 2017 où elle appelait «à remettre la France en ordre». Le projet de 2017 reste «vital» pour la femme politique, c'est donc bien dans ce jalon de l'élection présidentielle que Marine Le Pen se trouve et qui explique qu'elle soit venue chercher dans une salle de réunion de Dijon un contexte propice à surligner les combats du Rassemblement National.

Le sujet des étrangers impliqués dans des troubles à l'ordre public


Après l'emphase, une thématique régalienne plus fédératrice : «la mise hors-jeu des mafias s'impose, comme la neutralisation des féodalités et de leurs soutiens, y compris politiques et administratifs qui croient pouvoir composer avec elles». «La grande politique de restauration républicaine» proposée par Marine Le Pen a pour cadre «l'état de droit, c'est à dire l'application partout et à tous de la loi, de toute la loi».

Dans cette thématique, Marine Le Pen tient néanmoins à souligner les fondamentaux du Rassemblement National en demandant «un moratoire sur l'immigration qui indiquera à chacun que la France n'entend plus importer chez elle des pratiques, des contre-valeurs ou des porteurs de querelles qui lui sont totalement étrangères».

Pour lutter contre les mafias, la députée recommande l'implantation des services de renseignement «au cœur de ces quartiers avec des agents vivant sur place, les caméras, à l'évidence ne suffisent pas» ainsi que des «enquêtes fiscales» pour «confronter les distorsions entre les revenus affichés, souvent sociaux, et certains trains de vie proprement hallucinants», des saisies «automatiques» de bien mal acquis. Marine Le Pen propose une loi sur «les repentis» pour démanteler les réseaux mafieux.

La parlementaire demande d'étendre aux familles les retombées de poursuites contre des délinquants : expulsion des logements sociaux, retrait des avantages sociaux. Elle en appelle à un principe de «casseur-payeur», y compris pour les délinquants mineurs en engageant la responsabilité civile des parents.

«Tous les étrangers impliqués dans ces affaires doivent être expulsés de France avec une interdiction absolue d'y revenir» lance Marine Le Pen. Le ministre de l'Intérieur n'a pas tardé à réagir sur ce point par une déclaration dans la soirée de ce mardi : «si des étrangers sont impliqués dans des troubles à l’ordre public, nous examinerons systématiquement, dans le respect des procédures administratives et le cas échéant judiciaires, la possibilité de les expulser».

La suggestion d'une enquête parlementaire sur les violences urbaines


Au bout d'un propos d'environ dix minutes, Marine Le Pen conclut que «l'heure est, pour ceux des Français qui ont le sens des priorités, à se rejoindre sur celle-ci : la paix à l'intérieur de notre pays, la pays pour nous, la paix pour nos enfants. L'heure est au retour de l'ordre, de la justice et du bon sens, l'heure est à la mobilisation citoyenne».

En réponse à ceux qui parlent de «récupération politique» concernant sa venue à Dijon, Marine Le Pen indique simplement qu'elle fait «de la politique». Et de mettre en avant le travail de ces derniers mois : cahier d'actions sur la justice, cahier d'actions sur l'asile et l'immigration, livre blanc sur la sécurité, plan Le Pen pour les banlieues ou encore plan de confiance républicaine pour la police.

Alors que la stratégie choisie pour le maintien de l'ordre durant ce week-end de violences fait débat, Marine Le Pen considère que «ça mériterait presque une enquête parlementaire pour savoir comment ces choses-là se sont déroulées alors que nous avons pourtant des services de renseignement qui sont pourtant très performants».

Et la députée d'avancer des chiffres : deux escadrons de gendarmerie mobile et une compagnie républicaine de sécurité basés à Dijon, sept unités de forces mobiles dans un rayon de cent kilomètres autour de la capitale régionale. «Aucune n'a été mobilisée sous le régime de l'urgence» avance la parlementaire qui dénonce une «stratégie de la non-intervention».

Pas de rencontre aux Grésilles


Après son intervention, la présidente du parti prend quelques instants pour échanger avec Julien Odoul, président du groupe d'opposition du Rassemblement National au sein du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté. Sont présents plusieurs conseils régionaux dont la déléguée départementale de la Côte-d'Or, Sylvie Beaulieu, le candidat pour les élections municipales à Dijon, Damien Cantin . René Lioret, candidat pour les élections municipales à Beaune, est là aussi. Néanmoins, la présidente du parti quitte rapidement la salle pour s'installer dans un minibus aux vitres opaques et reprendre la route.

La députée de la République ne sera pas allée à la rencontre des habitants du quartier des Grésilles, avançant deux explications à cela. Tout d'abord que, régulièrement, les Français viennent à elle. Ensuite, du fait du «temps perdu» lié aux manifestations de «miliciens d'extrême-gauche» à l'extérieur du bâtiment. Tout en prenant soin d'ajouter : «je rencontre aussi beaucoup de policiers qui viennent m'exprimer leur souffrance».

Jean-Christophe Tardivon