
À l’occasion du salon international, la Région Bourgogne-Franche-Comté affirme son engagement aux côtés de la filière viticole. Présente en force sur le salon, elle défend ses vins sur les marchés internationaux tout en affichant une confiance retrouvée, portée par une nouvelle génération déjà prête à reprendre le flambeau.

Présente à Wine Paris, devenu « le premier rendez-vous mondial des professionnels du vin », la Région Bourgogne-Franche-Comté affiche une mobilisation forte pour accompagner sa filière viticole à l’international. Ce lundi 9 février 2026, sur le pavillon régional, Nicolas Soret, vice-président de la Région en charge des finances et du développement économique, a rappelé l’importance stratégique de ce salon pour les producteurs et négociants.

« Nous sommes ici sur le stand de la région Bourgogne-Franche-Comté, qui promeut les vins de Bourgogne, les vins du Jura, sans oublier les vins de la Nièvre », explique-t-il. Une présence qui s’inscrit dans la politique régionale d’internationalisation des entreprises, « mise en place par la région et opérée avec notre partenaire, la Chambre de Commerce et d’Industrie Régionale ».
Historiquement ancrée à Wine Paris, la région confirme son engagement sur un salon devenu incontournable :
« Où que vous alliez vous promener, les viticulteurs comme les négociants vous le diront : c’est ici qu’ils rencontrent leurs clients pour l’année ».
Faire bloc face à la concurrence internationale
Cette année, près de 250 représentants de la filière viticole régionale sont présents sur le salon, dont environ 210 réunis sur le pavillon Bourgogne-Franche-Comté. « Certaines grandes maisons ont leur propre stand, mais vous le voyez, on fait masse, on fait bloc », souligne Nicolas Soret. Une stratégie assumée pour « faire front avec les autres régions, qui sont des amies, mais aussi des concurrentes sur ce secteur du vin ».
États-Unis, Mercosur, Inde : des marchés sous surveillance et en conquête
Les enjeux internationaux ont largement occupé les échanges avec les professionnels. Concernant les États-Unis, après une année marquée par les tensions commerciales, le vice-président se veut prudent mais confiant :
« Il faut rester attentif, mais les retours qui nous sont faits montrent que la filière continue à bien s’exporter aux États-Unis », malgré des droits de douane fixés à 15 %.
Autre dossier majeur : le Mercosur. « Très mal négocié sur l’aspect purement agricole », estime-t-il à titre personnel, mais porteur de perspectives pour la viticulture. « Pour la filière viticole, c’est un marché en conquête », notamment grâce à la suppression de droits de douane autrefois « rédhibitoires, de l’ordre de 150 % ».
Même dynamique du côté de l’Inde, longtemps restée plus discrète :
« Les droits de douane étaient à 250 %, ils passent à 75 % et seront à zéro dans cinq ans. L’Inde, deuxième pays le plus peuplé au monde, est clairement un marché d’intérêt pour nos viticulteurs ».
Des freins persistants en Europe
À l’inverse, certains obstacles demeurent au sein même de l’Union européenne. « Des viticulteurs nous disent qu’il est parfois plus facile d’exporter aux États-Unis qu’en Belgique », pointe Nicolas Soret, en raison de contraintes fiscales et administratives. Un paradoxe, alors même que l’Europe reste « le premier marché mondial avec 750 millions d’habitants».
Une filière plus confiante après une année noire
Après une année 2024 « excessivement difficile », la tendance s’améliore en 2025. « Les quantités sont meilleures qu’en 2024, la qualité est au rendez-vous », même si la situation reste contrastée selon les territoires. « Globalement, la filière a le moral, et il est meilleur que l’an dernier », souligne-t-il, tout en rappelant que la filière demeure fragile face aux aléas internationaux.
Un optimisme mesuré mais essentiel pour une filière clé de l’économie régionale. « La Bourgogne-Franche-Comté fait partie des trois régions françaises qui affichent un excédent commercial régional », rappelle Nicolas Soret, un résultat dû en grande partie « à l’agroalimentaire et en particulier à nos vins ».
La relève déjà à l’œuvre
Dernier signal fort observé sur le salon : la transmission. « Depuis ce matin, les viticulteurs passent leur temps à nous présenter la génération future », confie-t-il. « On voit des vingtenaires, des enfants, des cousins, toute une nouvelle génération qui s’apprête à reprendre les domaines ».
Dans une région où la transmission des entreprises est un enjeu majeur, ce constat est rassurant :
« Voir que les successions sont là, que les savoir-faire, le geste et la tradition se transmettent, c’est extrêmement positif pour la suite ».
À Wine Paris, la Bourgogne-Franche-Comté affirme ainsi une ambition claire : défendre ses vins sur les marchés mondiaux tout en préparant l’avenir d’une filière emblématique, portée par une nouvelle génération déjà prête à prendre le relais
Une forte mobilisation des viticulteurs de l’Yonne
Présent lui aussi à Wine Paris, Thierry Cadeville, président de la Chambre de commerce et d’industrie de l’Yonne, est venu à la rencontre des viticulteurs de son département. « Cette année, 57 viticulteurs de l’Yonne sont présents, soit près de 28 % des exposants sous la bannière Bourgogne-Franche-Comté », souligne-t-il. Un engagement rendu possible par un partenariat noué depuis plusieurs années avec la Région.
Pour le président de la CCI de l’Yonne, l’intérêt du salon est évident : « C’est la possibilité, en quelques jours, de rencontrer pratiquement tous les acheteurs du monde entier ». Une opportunité décisive pour les domaines, qu’ils soient installés à Chablis ou ailleurs. « Il n’y a pas que du Chablis, il y a aussi de l’Irancy, du Côte de Joigny, toute la région nord de la Bourgogne est représentée », précise-t-il. Avec six nouveaux exposants, soit près de 10 %, le salon confirme son attractivité et sa dynamique de croissance.
Transmission des entreprises et aléas climatiques : des enjeux majeurs
Thierry Cadeville insiste également sur un sujet transversal à toutes les filières : la transmission. « Dans les années à venir, 70 000 entreprises seront à céder chaque année en France pendant dix ans, dont 1 500 en Bourgogne-Franche-Comté, et environ 200 dans l’Yonne », rappelle-t-il. Un enjeu crucial pour la sauvegarde de l’emploi : « Une entreprise qui ferme avec son dirigeant, ce sont des emplois qui disparaissent ».
Dans ce contexte, le rôle des CCI est central : « Nous allons chercher des repreneurs, nous les accompagnons, nous les formons et nous les aidons dans leurs projets de reprise ». À cela s’ajoute une autre préoccupation grandissante pour la filière viticole : le changement climatique. « C’est une profession soumise de plus en plus aux aléas climatiques. Pour les petites exploitations, c’est parfois du quitte ou double », alerte-t-il, évoquant notamment les gels tardifs après des redémarrages précoces de la vigne. « C’est une préoccupation qui, à mon avis, ne fait que commencer. »

Une organisation collective portée par la CCI régionale
Du côté régional, Thierry Buatois, président de la CCI Bourgogne-Franche-Comté, se félicite de la montée en puissance du pavillon. « L’an dernier, nous étions 180 exposants, cette année nous sommes 205. Cela prouve que les vignerons ont envie d’exposer », observe-t-il. Pour lui, Wine Paris est un point d’entrée stratégique : « Je dis toujours que l’international commence ici. En trois jours, on rencontre énormément d’acheteurs étrangers. »
La CCI régionale pilote l’ensemble de l’organisation du pavillon : « Nous proposons aux vignerons des stands clés en main, toute l’opération est gérée en interne par la Chambre de commerce », explique-t-il. Au-delà de Wine Paris, l’accompagnement se poursuit avec d’autres salons internationaux, notamment à Düsseldorf, ainsi que des missions collectives à l’étranger. « Nous emmenons parfois des vignerons découvrir un pays, rencontrer un marché », précise-t-il.
Sur la question des transmissions, là encore, l’objectif est clair : « Faire en sorte que les domaines restent chez nous et que les emplois ne disparaissent pas ». Un travail de fond mené avec les notaires, les experts-comptables et les tribunaux, pour identifier les entreprises à céder et accompagner les reprises.
Manon Bollery
Photos ©Manon Bollery