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11/08/2020 16:53

ARCHÉOLOGIE : Les chercheurs voient grand à Vix

Des chercheurs allemands, autrichiens et danois s'intéressent de près au site princier de Vix tandis que les recherches des archéologues de l'Université de Bourgogne entrent dans une nouvelle phase avec la publication des résultats de ces dernières années. Bruno Chaume, directeur des fouilles dans le Châtillonnais, fait le point pour Infos Dijon.
Dans ce qui est la Haute Côte-d'Or aujourd'hui, Vix a été le plus grand site européen habité par des Celtes anciens, il y a quelques 500 ans avant notre ère. C'était la civilisation du Halstatt. Les fouilles  du mont Lassois laissent entendre que plusieurs palais étaient élevés sur la colline.

Des palais, un tumulus, mais aussi des fortifications, peut-être un port voire un péage sur la Seine. Année après année, le site de Vix révèle l'étendue d'un lieu de pouvoir contrôlant toute la haute vallée de la Seine. Il était animé par des peuples protohistoriques de l'âge de fer qui n'ont pas laissé de trace écrite.

La figure emblématique en est la défunte retrouvée dans un tumulus qualifié de tombe princière. Une femme de l'élite sociale de l'époque rapidement appelée Dame de Vix. Les éléments retrouvés dans sa tombe dont un fabuleux cratère d'origine grecque ont amené à parler de Trésor de Vix.

L'heure des publications de résultats


Bruno Chaume est chercheur au CNRS, auprès du laboratoire Artéhis de l'Université de Bourgogne (archéologie, terre, histoire et sociétés). Il est aussi président de la Société archéologique et historique du Châtillonnais, créée en 1880. Bruno Chaume a commencé à fouiller le site en 1991. Depuis 2002, il dirige le programme collectif de recherche «Vix et son environnement». L'archéologue a à cœur de tenir informé le public, dont la population du Châtillonnais, des avancées des fouilles autour du mont Lassois.

Pour l'heure, les fouilles sont en suspens puisqu'est venu de le temps de rendre compte des recherches. «Ça mobilise les énergies, ça mobilise les moyens financiers, c'est un travail de très très longue haleine» explique Bruno Chaume. L'ensemble des personnes impliquées sur le site de Vix et dans la tenue d'un colloque en 2016 concernant le phénomène princier européen sont invitées à produire des articles qui seront réunies dans deux publications prévues pour 2021 et qui sera donc l'état des connaissances le plus actuel sur la civilisation du Hallstatt.

Trente ans de financements allemands


Le site protohistorique de Vix attire des chercheurs du monde entier. Depuis 2001, des archéologues et des étudiants de l'Université de Vienne (Autriche) étudient le système de fortifications du mont Lassois. Depuis 2003, des chercheurs allemands du Deutsches Archäologisches Institut de Berlin (DAI ou Institut allemand d'archéologie) sont présents afin de mener des sondages géomagnétiques scannant le sous-sol à la recherche de fortifications.

Les remparts peuvent révéler l'importance du site en termes de contrôle territorial. Certains remparts sont «colossaux» selon Bruno Chaume avec une base de 35 mètres de large, une hauteur supposée de 8 mètres et des fossés de 10 mètres de profondeur. Soit près de 20 mètres de dénivelé par endroit.

En 2018, les chercheurs du DAI ont trouvé des indices laissant supposer la présence d'un rempart sur la rive droite de la Seine (le mont Lassois étant situé rive gauche). «Il semble enfermer un nouveau grand bâtiment abside, une découverte sensationnelle, qui est lui-même implanté au sein d'un enclos palissadé» précise Bruno Chaume.

Pour cet été 2020, les archéologues allemands expérimentent un nouvel appareil devant permettre d'obtenir des vues en trois dimensions. Un prototype qui n'a jamais été utilisé ailleurs. «Cela montre tout l'intérêt qu'il y a à mener des recherches sur un site comme Vix, vous trouvez toujours des collaborations internationales qui sont prêtes à mettre au service de la recherche leurs moyens humains mais aussi matériels avec des outils de pointe» indique Bruno Chaume. Signe de l'intérêt international, depuis trente ans, des laboratoires allemands participent au financement de recherches à Vix.

De futures études de paléoenvironnement


Pour l'avenir, après la phase de publication, Bruno Chaume compte sur la DRAC Bourgogne-Franche-Comté et sur le Service régional d'archéologie de Bourgogne-Franche-Comté pour financer à partir de 2021 un programme international autour de points majeurs pouvant apporter un éclairage nouveau sur la vie de ces populations.

Qu'est-ce que pouvait être la vallée de la Seine au temps de la Dame de Vix ? Le site étant lié à la rivière, la compréhension de l'évolution de la Seine est cruciale. Une piste d'exploration se situe du côté du paléoenvironnement en étudiant le climat du territoire sur une longue durée. Seront notamment mobilisés les géoarchéologues du laboratoire Artehis de l'Université de Bourgogne, Jean-Pierre Garcia et Amélie Quiquerez.

Des chercheurs danois du GeoGenetics Center de Copenhague, spécialistes de l'ADN environnemental, seront également mis à contribution. Ce laboratoire est déjà impliqué dans l'étude de l'ADN humain prélevé dans les ossements trouvés dans le tumulus princier de Vix qui a déjà confirmé qu'il s'agissait bien d'une femme. Les autres aspects sont encore en cours de recherche. À noter que ce laboratoire bénéficie du mécénat de la fondation liée à la compagnie brassicole danoise Carlsberg.

L'étude du système de fortifications sera elle aussi reprise. «C'est un système colossal et très sophistiqué» insiste Bruno Chaume. Les remparts enferment un espace de 50 hectares : «il n'y a guère d'équivalent, à part la Heuneburg», à 400 km de Vix, dans le land allemand du Bade-Wurtemberg. Les réponses vont donc rejaillir sur la compréhension de l'ensemble de la civilisation hallstattienne.

Une équipe française extérieure à l'Université de Bourgogne pourrait travailler sur les indices indiquant une extension des fortifications sur la rive droite de la Seine. «Une question majeure» souligne le directeur des fouilles archéologiques.

Une prochaine médiation in situ


La médiation autour des découvertes successives se fait évidemment avec le Musée du Pays Châtillonnais - Trésor de Vix dont l'espace d'actualité tend à lui donner une vocation de centre d'interprétation. Piloté par la communauté de communes du Pays Châtillonnais et financé par le conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, un projet existe pour développer une valorisation in situ avec des panneaux dotés de flashcodes.

Ainsi, seraient accessibles des modélisations numériques réalisées par un chercheur allemand, Jochen Sturhann. Les panneaux jalonneraient un circuit pédestre commençant dans le bourg de Vix et menant jusqu'au sommet du mont Lassois.

Jean-Christophe Tardivon

«Le Trésor de Vix est un incontournable» selon la directrice du Musée du Pays Châtillonnais



Le mont Lassois dans le Châtillonnais


La haute vallée de la Seine vue depuis le mont Lassois


Pont sur la Seine à Vix


Depuis 2002, Bruno Chaume dirige le programme collectif de recherche sur Vix et son environnement


Le 3 août 2018, la Société archéologique et historique du Châtillonnais organisait une journée portes ouvertes sur des fouilles en bord de Seine à Vix