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29/04/2020 03:27

ARTISANAT : Éros et Thanatos veillent sur l'activité des fleuristes

Malgré la crise sanitaire, la population continue d'exprimer avec des fleurs l'amour, la sympathie ou le deuil. Les fleuristes vivent difficilement l'obligation de fermeture. Président de la chambre syndicale de la Côte-d'Or, Gilles Sonnet témoigne.
«On a appris ça le samedi soir comme tout le monde» se souvient Gilles Sonnet. À la veille du confinement, la boutique de Fontaine-lès-Dijon contenait encore l'équivalent de 5.000 euros de fleurs périssables qui ont été en partie soldées et données le dimanche. «Je n'étais pas trop inquiet parce que j'ai un magasin solide» explique l'artisan qui tâche de rester serein pour faire face à la crise.

Adapter l'activité à la protection des employés


«J'ai une clientèle vaste, variée et fidèle donc j'ai continué à travailler par téléphone» indique le fleuriste qui avait déjà l'habitude de procéder à des livraisons même si c'est plus complexe que le travail au magasin (avec un forfait unique de 10 euros la livraison durant le confinement).

Les premiers temps du confinement ont été consacrés à la recherche d'une solution pour protéger les salariés comme les clients à un moment où les masques étaient encore une marchandise précieuse et que le gel hydroalcoolique était frappé de pénurie. De ce fait, l'artisan a continué l'activité en solo avant de faire revenir progressivement des employés.

«Le fleuriste est là pour transmettre des émotions»


La chape de plomb du confinement n'a pas empêché des habitants de Dijon, Daix, Talant et Fontaine-lès-Dijon de s'exprimer avec des fleurs. «On a des activités de deuil, cela fait également partie de notre métier» reconnaît le fleuriste. «Il y a toujours des amoureux, toujours des anniversaires, toujours des gens qui ont envie d'avoir des fleurs parce que ça embellit la vie» explique le passionné par son métier.

Plusieurs livraisons ont concerné des «gestes pour offrir, un clin d’œil», une façon de signifier lque l'on pense à la personne destinataire. Il n'y a pas que les visioconférences pour manifester son attention. «Le fleuriste est là pour transmettre des émotions, de sympathie, d'amour, de partage... aussi pour les obsèques» explique Gilles Sonnet. En quelque sorte, Éros et Thanatos veillent sur l'activité des fleuristes.

«L'activité partielle, une mesure formidable»


La Chambre de Métiers et de l'Artisanat de la Côte-d'Or l'a contacté comme d'autres entrepreneurs dans le cadre de son plan de 1.000 appels téléphoniques par semaine (lire notre article). Tous les employés ont bénéficié du régime de l'activité partielle, en lien avec la DIRECCTE, «une mesure formidable, on a la chance en France d'être accompagné pour maintenir le niveau de vie» signale Gilles Sonnet en pensant à ses dix personnes.

Ayant pris soin d'avoir une gestion saine, l'entrepreneur avait constitué une trésorerie conséquente. C'est ce qui lui permet aujourd'hui de faire face sans avoir recours à d'autre dispositif de soutien alors que la baisse d'activité est estimée à 80%. Il sait que tout ce qui est reporté aura à être réglé. Frais de la société, cotisations sociales et fiscales... le chef d'entreprise arrive à assumer.

En revanche, Gilles Sonnet attend de voir la tournure de la reprise avant d'avoir éventuellement recours à un crédit garantit par BPI France. Si la reprise est rapide, il faudra l'accompagner avec réactivité en investissant : matériel et renouvellement du stock de végétaux et d'accessoires. L'entrepreneur n'entend pas demander de délai de paiement à ses fournisseurs.

«Le petit artisan a une vraie valeur relationnelle»


La reprise dépendra en partie de la mobilisation des clients. Gilles Sonnet qui est président de la chambre syndicale des fleuristes de la Côte-d'Or incite les consommateurs à aller chez les fleuristes dans leur ensemble : «on est des petits artisans, je pense que les gens y sont sensibles». «Le petit artisan ou le petit commerçant a une vraie valeur relationnelle avec un service, une sympathie, un visage dans un quartier» ajoute-t-il.

«Les grands gagnants du confinement, ce sont quand même les grandes structures, nos amis des grandes surfaces. Je n'ai rien contre eux, ils sont très bien leur boulot mais il y a un petit problème de partage de travail». Un problème qui se manifeste spécifiquement sur le marché du muguet (lire notre article).

«Pourquoi ne pas ouvrir le fleuriste ?» lance Gilles Sonnet. L'artisan se veut aussi responsable qu'un épicier ou un boulanger : «le fleuriste n'est pas plus idiot pour porter un masque, pour fournir du gel hydroalcoolique, pour désinfecter son appareil à carte bleue, pour avoir des gestes barrières qui soient efficaces. Pourquoi ne pas laisser un à deux clients rentrer dans le magasin, selon la surface, sans qu'ils se croisent ?»

De facto, le marché qui est retiré aux artisans fleuristes est en partie repris par la grande distribution (lire notre article sur les jardineries). Aujourd'hui, la profession attend impatiemment l'édition du guide sectoriel par le ministère du Travail pour reprendre l'activité et accompagner la sortie du confinement.

Jean-Christophe Tardivon