
L’État, VNF, la Région Bourgogne-Franche-Comté et le Département de la Côte-d'Or financent des travaux permettant d'augmenter le stockage de plus d'un million de mètres cubes d'eau. Une cérémonie de pose de la première pierre a été organisée, ce jeudi 21 mai, à Vandenesse-en-Auxois.

«Véritable joyau» de l'Auxois, le barrage-réservoir de Panthier s'étend sur les communes de Créancey, Commarin et Vandenesse-en-Auxois. Il a été réalisé en 1836 pour assurer 80 % de l’alimentation en eau du versant Saône du canal de Bourgogne.
Une cérémonie de pose de «première pierre» s'est déroulée, ce jeudi 21 mai 2026, à Vandenesse-en-Auxois pour marquer le début des travaux de réfection de la digue dont le coût s'élève à 15 millions d'euros.
Des usages modifiés durant les travaux
Un camping de 1.200 places jouxte le plan d'eau qui permet la pêche, la navigation à voile, la promenade et la baignade. Des activités qui seront suspendues jusqu'au printemps 2027, le niveau d'eau étant abaissé à 4,75 m.
De la même façon, à partir du 25 mai prochain, la navigation sera fermée sur la partie du canal de Bourgogne allant de Saint-Jean-de-Losne à Vandenesse-en-Auxois, le port de cette dernière commune restant en eau (
lire le communiqué).
Trois financeurs pour atteindre 15 millions d'euros
En 2022, l'état de fragilité de la digue a conduit l'autorité préfectorale à abaisser la cote maximale de 14 mètres à 13 mètres. Un tel niveau a induit une quasi vacuité du réservoir en pleine période estivale, ce qui a rendu impossible les activités habituelles.
La réfection de la digue a été inscrite au contrat de plan État-Région 2021-2027. Voies navigables de France apporte 9 millions d'euros, la Région Bourgogne-Franche-Comté 3 millions d'euros et le Département de la Côte-d'Or – qui s'est associé au tour de table – 3 millions d'euros également. Le financement mobilisé atteint donc 15 millions d'euros.
Une augmentation de 15 % du volume d'eau stocké
VNF conduit ce chantier dans le cadre de son programme de modernisation et de régénération des ouvrages hydrauliques : «il s’inscrit dans une stratégie plus large de sécurisation des infrastructures, d’optimisation de la gestion de l’eau et d’adaptation du réseau fluvial aux effets du changement climatique».
L'opérateur s'est donné trois objectifs : «sécuriser, restaurer, mieux gérer la ressource en eau». À l'issue de ces travaux, en retrouvant la cote de 14 mètres, la capacité totale du barrage augmentera de 15 %, passant de 8 à 9,2 millions de mètres cubes d'eau.
Au passage, l'évacuateur de crue sera complètement refait, avec une capacité augmentée, pour assurer que la cote maximale ne sera pas dépassée. Par ailleurs, la réhabilitation des rigoles est prévue (
lire le communiqué).
Avant le début du chantier, 10 tonnes de poissons ont été prélevées pour être réintroduits dans d'autres cours d'eau.
Des travaux qui constituent «une chance» pour l'Auxois
«Le lac de Panthier est un véritable joyau de notre territoire», a lancé Michel Poillot (sans étiquette), maire de Vandenesse-en-Auxois. En dehors des activités participant à l'économie locale, «le lac abrite une faune et une flore riche». «À l'impact du changement climatique, à l'avenir, (...) ce barrage devra également devenir un ouvrage pour stocker de l'eau.»
Face aux remarques sur les effets économiques d'une «année blanche» pendant les travaux, le maire a répondu que ces travaux constituaient «une chance», comparant le chantier à la construction de l'A38 en son temps : «ils vont dynamiser les activités sur le lac pendant une période beaucoup plus étendue au cours de l'année et cela, pendant des années» pour «un rayonnement bénéfique sur l'Auxois et bien au-delà».
«Un ouvrage complexe qu'il faut entretenir dans la durée»
«C'est un ouvrage très ingénieux pour l'époque», a constaté Cécile Avezard, directrice générale de Voies navigables de France, «c'est un ouvrage complexe qu'il faut entretenir dans la durée».
«L'ouvrage s'inscrit dans un système d'alimentation en eau du canal de Bourgogne qui est extrêmement complexe», a précisé la directrice de VNF, «c'est une série de vases communicants entre plusieurs grands ouvrages puisqu'il y a aussi le barrage de Grosbois».
«Régénérer [ces ouvrages] pour pouvoir les exploiter correctement dans la durée, c'est absolument fondamental pour les usages d'aujourd'hui et les usages de demain, en prenant en compte le contexte du changement climatique», a-t-elle souligné. «Avec des sécheresses plus fortes, il y a un intérêt à stocker un maximum d'eau pour tous les usages et des crues plus fortes qui nous obligent à avoir des ouvrages de plus en plus sûrs.»
«C'est un investissement pour l'avenir», a conclu Cécile Avezard, «VNF s'inscrit dans ce partenariat territorial qui lui donne tout son sens». «Nous avons trouvé là un terrain d'exercice de cette vision d'un établissement public qui gère le patrimoine national fluvial en intelligence territoriale extrêmement forte.»
«Créer de la réserve d'eau partout où on peut»
«Le sujet de l'eau nécessite des investissements extrêmement lourds», a rappelé François Sauvadet (UDI), président du conseil départemental de la Côte-d'Or, «nous avons la chance d'avoir un patrimoine exceptionnel de canaux, de ressources en eau existantes, qu'il nous faut non seulement protéger mais sécuriser aussi pour l'avenir». «Nous avons des milieux qui sont très exposés au changement climatique.»
Le centriste a ainsi appelé à «créer de la réserve d'eau partout où on peut» comme «restaurer des milieux naturels» ou «rouvrir des étangs là où ils existaient». «Malgré les efforts d'économie d'eau, nous aurons besoin de plus d'eau.»
Plus précisément, le président du Département voit dans le lac de Panthier «un lieu de vie, de promenade, de camping, de pêche». Il a proposé que les rigoles qui alimentent le plan d'eau deviennent un «espace naturel sensible».
«Un patrimoine important et un outil d'attractivité»
Pour sa part, Jérôme Durain (PS), président du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, a rappelé que la Bourgogne-Franche-Comté constitue «le premier bassin français pour la navigation fluviale» avec 1.300 km répartis sur 10 voies navigables. «C'est un élément extrêmement structurant pour le territoire.»
«Il y a là quelque chose d'important pour nos paysages, notre développement , pour le tourisme, pour les pratiques locales», a souligné le socialiste, «la Région Bourgogne-Franche-Comté n'a jamais lésiné sur les travaux qu'il fallait opérer et le soutien au développement du tourisme fluvial». «C'est un patrimoine important et un outil d'attractivité.»
«Un million de mètres cubes d'eau, ça vaut cher»
«Baisser d'un mètre, c'est plus d'un million de mètres cubes [d'eau] et ça vaut cher», a rappelé Violaine Démaret, préfète de la région Bourgogne-Franche-Comté au regard du changement de cote effectué en 2022 et qu'il s'agit de compenser.
«Au terme ses travaux, on va remettre [le lac de Panthier] à disposition des populations qui viennent ici», a-t-elle assuré, «c'est la bonne cause qui nécessitent ces inconvénients». «C'est un projet d'avenir : (…) on va pouvoir gérer aussi bien la sécheresse que les inondations.»
L'enjeu de l'animation du canal de Bourgogne
De son côté, François Patriat (REN), sénateur de la Côte-d'Or, a souligné l'ampleur de l'investissement porté par Voies navigables de France et a salué l'engagement «volontaire» du Département et de la Région pour s'associer à ces travaux.
«On va pouvoir sécuriser l'approvisionnement en eau avec un prélèvement mesuré», s'est félicité François Sauvadet qui a plaidé pour le développement du canal de Bourgogne, en particulier des maisons éclusières.
Jérôme Durain a fait de même en proposant d'instaurer «des conventions de partenariat» pour «travailler sur l'ensemble du linéaire» afin d'«animer» le canal de Bourgogne et d'attirer des usagers.
Le président de la Région Bourgogne-Franche-Comté a donc tendu la main au président du Département de la Côte-d'Or – en ayant une pensée également pour l'Yonne – car «il va falloir qu'on s'engage pour la suite». Une réflexion qui s'est prolongée en marge de la cérémonie avec les équipes de VNF.
Les travaux à Panthier ont des effets à Grosbois
Les travaux auront des effets en cascade. L'augmentation du volume d'eau à Panthier va permettre de réduire les prélèvements à Grobois pour alimenter le canal de Bourgogne, ce qui rendra l'eau de ce dernier disponible pour un approvisionnement en eau potable à hauteur de 600.000 mètres cubes annuellement.
«Quand il faut prioriser, l'eau potable est clairement en haut de la pile», a considéré Violaine Démaret. «On sécurise l'eau potable [à Panthier] et à Grobois.»
Il s'agit là d'une application directe de la loi portée en 2025 par Anne-Catherine Loisier (divers centre), sénatrice de la Côte-d'Or, visant à élargir les compétences des Départements.
«Le Département a pris l'initiative, avec les syndicats [d'eau], de faire de l'interconnexion, à partir de Grosbois, pour sécuriser la ressource en eau d'une bonne partie [de la Côte-d'Or] : l'Auxois, Saulieu, le Morvan», a insisté François Sauvadet.
Vers un report des usages touristiques
La baignade n'étant plus possible durant la saison touristique à venir. Les différentes autorités incitent les usagers du lac de Panthier à s'orienter vers d'autres sites pour, en particulier, éviter de saturer le réservoir de Grosbois où la baignade n'est pas surveillée.
Chaque année, Voies navigable de France déplore «des accidents graves, dont les victimes sont généralement très jeunes» (
lire le communiqué). «Une infime partie du réservoir de Grosbois est baignable. Il est strictement interdit de se baigner en dehors de cette zone et de plonger de la digue et du parapet. Il existe des risques de blessures graves du fait de la présence de roches, invisibles à l’œil, et de courants, et des risques importants d’hydrocution.»
Le lac des Settons, dans le Morvan, l'étang de Fouché, à Arnay-le-Duc, le lac de Pont-et-Massène, près de Semur-en-Auxois, le lac Kir, à Dijon, la base de loisirs d'Arc-sur-Tille et même les bords de la Saône peuvent constituer des alternatives.
Jean-Christophe Tardivon


































