
Après une visite de la fabrique de moutarde, le 10 juillet dernier, Marc Désarménien a déploré la «toute puissance des médecins qui arrêtent sans aucun scrupule des salariés». «L'Assurance maladie suit les médecins», a réagi la ministre.

Venue à Beaune pour la pose de la première pierre du nouvel hôpital (
lire notre article), le jeudi 10 juillet 2025, Catherine Vautrin a fait d'abord étape dans les locaux de la Moutarderie Edmond Fallot pour découvrir l'outil de production et évoquer notamment la problématique des arrêts de travail.
Accompagnée du sous-préfet Benoît Byrski, la ministre du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles du gouvernement de François Bayrou a été accueillie par Alain Suguenot (LR), maire de Beaune, et Marc Désarménien, directeur général de l'entreprise.
Dans la délégation étaient notamment présents René Lioret (RN), député de la Côte-d'Or, Emmanuel Coint (LCOP), première vice-présidente du conseil départemental de la Côte-d'Or, ainsi que les élus du canton Pierre Bolze (LR) et Charlotte Fougère (LR, NE).
Les données-clés de la Moutarderie Fallot
Labellisée Entreprise du patrimoine vivant, la Moutarderie Fallot a été fondée en 1840 puis racheté en 1928 par le grand-père maternel de Marc Désarménien qui représente ainsi la troisième génération de suite à diriger la structure.
Adhérent à la Confédération des petites et moyennes entreprises de la Côte-d'Or, Marc Désarménien fait également partie des Conseillers du commerce extérieur de la France. Ainsi, de façon bénévole, il participe à l'internationalisation des entreprises françaises.
Employant 27 salariés qui produisent 2.500 tonnes de pâte de moutarde, l'entreprise réalise un chiffre d'affaires annuel d'environ 14 millions d'euros. Plus de 50% de la production sont exportés dans 70 pays différents.
Ces douze derniers mois, 2 millions d'euros ont été investis dans l'outil de travail, notamment pour acquérir deux bras robotisés dédiés au conditionnement.
L'équipe dédiée au tourisme accueille chaque année 60.000 visiteurs qui découvrent les ateliers et la boutique au travers du parcours «Sensations fortes».
Catherine Vautrin et les «sensations fortes» de la moutarde
Pour, elle aussi, appréhender l'activité de l'entreprise, Catherine Vautrin a d'abord suivi ce parcours touristique dont les principales étapes présentent la transformation de la graine en pâte de moutarde.
Durant ses commentaires, Marc Désarménien a insisté sur «le procédé iconique de l'entreprise qui est l'écrasement lent des graines à la meule de pierre». «Notre entreprise transforme uniquement des graines locales sur l'intégralité de la production. On est la seule entreprise à fabriquer de la moutarde de Dijon avec cet approvisionnement régional.»
Une fois équipée, la ministre a pu plonger au cœur de l'atelier de conditionnement et observer les nouveaux robots en action.
Échanges avec des salariées, seniors et jeune
Pour «montrer la volonté d'intégrer un maximum de profils d'âge», le directeur a présenté à la ministre plusieurs membres du personnel. Ancienne entrepreneuse en reconversion professionnelle, Sylvie a rejoint l'équipe de la moutarderie à quelques années de la retraite. À côté d'elle, une autre Sylvie a exprimé son «attachement à l'entreprise» après 37 ans de carrière. Par ailleurs, Mathilde, jeune alternante, s'est félicitée d'être prochainement embauchée en CDI.
«Quand on est une entreprise qui sait se vendre auprès de ses salariés, on arrive à recruter auprès d'un public jeune et senior», a souligné Marc Désarménien.
Marc Désarménien dénonce la «toute puissance des médecins qui arrêtent sans aucun scrupule des salariés»
En fin de visite, Marc Désarménien a tenu à témoigner auprès de Catherine Vautrin des difficultés rencontrées par l'entreprise face aux arrêts maladie jugés non fondés.
«Il y a une toute puissance des médecins qui arrêtent sans aucun scrupule des salariés», a considéré l'entrepreneur, «on est le seul pays au monde à avoir ce type de fonctionnement». «J'espère qu'on arrivera à donner raison à la voix des entreprises qui dénoncent les abus des arrêts maladie».
En écho, la ministre rappelle tout d'abord que le gouvernement a limité, via le projet de loi de finances pour 2025, à trois jours la délivrance d'arrêt maladie lors d'une consultation réalisée en distanciel sur des plateformes numériques.
«Il faut qu'on arrive à trouver des réponses sur les longs arrêts de travail qui désinsèrent professionnellement», a ajouté la ministre.
«L'Assurance maladie suit les médecins», rappelle Catherine Vautrin
«Le modèle social est basé sur la solidarité intergénérationnelle, si on veut le garder, il faut que chacun le respecte», a-t-elle insisté en dénonçant les «abus» consistant à enchaîner les arrêts maladie durant plusieurs mois pour déboucher sur un licenciement pour inaptitude avant d'accéder à une allocation-chômage.
«L'Assurance maladie suit les médecins», a rappelé Catherine Vautrin, «elle regarde comment les médecins prescrivent les arrêts de travail et sort les prescriptions anormales, c'est à dire les gens qui ont des durées d'arrêt de travail supérieure à la moyenne». «On organise alors un entretien confraternel avec le médecin conseil parce que la Haute autorité de santé met en place des référentiels. (…) Tout le sujet est que les médecins restent dans ces référentiels.»
La complexité du droit du travail vue comme une «perte de compétitivité pour la France»
Par ailleurs, Marc Désarménien a déploré l'«empilement de textes» liés au droit du travail qui génère de coûteux recours à des juristes pour suivre les évolutions réglementaires. «Il n'est ni lisible pour les chefs d'entreprise, ni lisible pour les salariés. (…) Il faut passer par des experts.»
«C'est de la perte de compétitivité pour la France par rapport à d'autres pays», a analysé l'entrepreneur. Ce qu'a agréé la ministre en évoquant un principe de «simplification» à mettre en œuvre.
La ministre sensibilise aux accidents du travail
À son tour, Catherine Vautrin a soulevé le phénomène des accidents du travail. Il s'agit d'un «sujet majeur» pour le gouvernement puisque l'on recense chaque année plus de 700 morts en situation de travail.
Selon la ministre, «on doit tous être engagés sur le sujet de la culture de la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles».
La visite s'est terminée par la remise de cadeaux protocolaires comme un livre de recettes de cuisine ainsi que les emblématiques petits pots de moutarde.
Jean-Christophe Tardivon












































