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03/11/2020 19:57

CONFINEMENT : Les chambres consulaires et les organisations patronales plaident pour la réouverture des commerces dits «non essentiels»

C’est à la Chambre de commerce et d’industrie Côte-d’Or Dijon Métropole ce mardi 3 novembre que l’association UNPACT 21 s’est exprimée sur les règles du deuxième confinement, surtout pour livrer un sentiment d’incohérence et d’injustice quant à la fermeture des commerces de vente au détail non alimentaires. Pour UNPACT 21, la réouverture doit être possible au premier bilan du confinement mi-novembre.

Une conférence de presse s’était tenue à la CCI Côte-d’Or Dijon Métropole mi-octobre pour faire le point sur la relance économique. Depuis, seulement une quinzaine de jours plus tard, un cadre de restrictions renforcées et en l’occurrence de fermetures administratives de commerces s’est imposé, que la CCI, mais aussi la Chambre de métiers et de l’artisanat, l’U2P, le Medef et la CPME n’acceptent pas.
En tout cas, l’objectif est de faire comprendre au gouvernement et au préfet que les commerces de proximité «ont fait les efforts pour s’équiper afin d’être prêts au premier jour du déconfinement en mai dernier et que les mesures sanitaires ont été, sont et seront respectées en cas d’ouverture».

«Les commerces de proximité souffrent énormément. On va vers une situation catastrophique, économiquement, socialement et moralement», souligne de nouveau Xavier Mirepoix, président de la CCI Côte-d’Or Dijon Métropole, en parlant du contexte actuel dans lequel «il est très difficile de s’y retrouver, entre les ordres, les contre-ordres, les autorisations, les interdictions…».
Pour Unpact 21, il est important d’informer et de soutenir «des commerces qui prennent de plein fouet le deuxième confinement».
«Les contraindre à fermer alors qu’elles ont mis en place toutes les mesures sanitaires est un acte de défiance inadmissible», déclare Yves Bard, représentant de l’U2P - Union des entreprises de proximité -, qui ajoute à cela le fait que «les interactions sociales sont beaucoup plus importantes dans les grandes surfaces». Et il assure en tant que président de la commission spécialisée de l’organisation des soins de Bourgogne-Franche-Comté à l’Agence Régionale de Santé : «Aucun cluster issu de l’entreprise de proximité ou même de l’entreprise tout court n’est aujourd’hui connu».

«Un accord perdant-perdant-perdant»


«Le balancier a penché du côté de la santé, on peut le comprendre vu la gravité de la situation sanitaire. En revanche dans le discours du président de la République, la protection de l’économie est arrivée en dernier. Il y a un vrai sentiment d’injustice, notamment sur les commerces qui représentent 330.000 entreprises et près de trois millions de salariés en France».
Pour le président du Medef de Côte-d’Or David Butet, ce deuxième confinement peut d’ailleurs se résumer à un accord perdant-perdant-perdant : «Perdant pour le petit commerce, perdant pour la grande distribution, perdant pour les consommateurs». En précisant : «On fait le lit et l’apologie des grandes plateformes du web et ça tue le petit commerce… Il ne faut pas pour autant opposer les petits commerces aux supermarchés qui permettent d’alimenter les Français».

En revenant sur les efforts demandés aux commerces pour la mise en place de protocoles sanitaires au premier déconfinement, Geoffroy Secula, président de la CPME de Côte-d’Or, constate : «Malgré tous ces moyens déployés, on les (entreprises) interdit aujourd’hui de travailler. Déjà avant les annonces du deuxième confinement, 30% des PME se disaient dans l’incapacité de rembourser leurs PGE et 30% se disaient en difficulté pour le rembourser… À l’heure où il faut rembourser les dettes, les entreprises ont envie, ont besoin de travailler, de réaliser du chiffre d’affaires dans une période importante. Il faut entendre la colère des entrepreneurs».

«Contrairement au premier confinement, on a un sentiment de ras-le-bol, une colère et de l’injustice qui sont vraiment très palpables. Il y a un grand désarroi des chefs d’entreprise et une précarité qui va s’installer et qui nous fait peur. Des artisans sont au bout du rouleau», poursuit Régis Penneçot, président de la délégation de Côte-d’Or de la Chambre de métiers et de l’artisanat, qui note que plus de 2.500 entreprises artisanales de Côte-d’Or sont aujourd’hui fermées, «20 à 25%». Plus de 10.000 ont été appelées durant le premier confinement.

Les deux chambres consulaires rappellent qu’elles sont là «pour traduire les aides, faire de la pédagogie, aider dans tous les sens du terme». Des outils numériques sont eux relancés tels que mon-commerce-ouvert.fr, sans oublier la plateforme AchatVille datant de 2006. Un guide sur la vente en temps de crise va être édité.
Pour ce qui est de prévention sur la solitude des chefs d’entreprises dans un tel contexte, des lignes d’écoute psychologique ont été mis en place, à la CCI et à la CPME notamment.

Une possible prise de rendez-vous dans les magasins afin de fluidifier l’affluence serait aujourd’hui refusée. «Le click & collect est à nouveau validé par le gouvernement… C’est bien, mais ce n’est pas suffisant», dit Xavier Mirepoix, ayant affirmé lors de cette conférence de presse son soutien aux organisations syndicales patronales.

«Quand on voit les chiffres d’Amazon au troisième trimestre, il faut qu’on se pose des questions sur ces formes économiques qui ne profitent à pas grand monde», lance Régis Penneçot, en martelant en parallèle que le respect des gestes barrières dans les commerces et chez les artisans ne doit pas être remis en cause et «que les consommateurs n’ont pas peur, car ils demandent la réouverture des commerces». Il prend l’exemple des coiffeuses et coiffeurs, dans des salons équipés pour le respect des mesures sanitaires…

«Les consommateurs sont respectueux d’une part et d’autre part le paiement par carte bancaire s’est énormément développé, entraînant moins de manipulation d’espèces donc je ne vois pas ce qu’on pourrait faire de plus…», dit Daniel Exartier, commerçant au centre-ville à Dijon.

«Il est l’heure de trouver des solutions opérationnelles»


«Ce que nous portons, c’est la réouverture des commerces et des services de proximité qui sont dits non-essentiels par le gouvernement. L’U2P a pleinement conscience de l’utilité du confinement pour combattre l’épidémie de coronavirus. C’est un défi collectif. Pour autant, ça ne doit pas se faire au détriment et par le sacrifice des entreprises de proximité. Nous sommes en train de perdre les trois moteurs nécessaires à la vie des entreprises : la confiance, l’activité et la visibilité». Les propos d’Yves Bard appelant à une stratégie «alliant les impératifs sanitaires et économiques» sont corroborés par David Butet et Geoffroy Secula.

Pour le président du Medef de Côte-d’Or, «il est impératif de retracer une perspective, on ne peut reconfiner et déconfiner en permanence. Il faut apprendre à vivre et à exercer nos métiers avec le virus. Sans économie, il n’y a pas de financement du système de santé. Il est l’heure de trouver des solutions opérationnelles».
La date cochée est le 13 novembre. C’est d’ici à cette date que les chambres consulaires et les organisations patronales entendent militer auprès des autorités, des services de l’Etat, pour obtenir la réouverture des commerces «dits non essentiels». Aux chiffres de l’évolution de l’épidémie, «on souhaite apporter d’autres arguments… : le retour à la création de richesses».

La CPME de Côte-d’Or fait remarquer en ce sens qu’elle soutient l’amendement du sénateur Philippe Bas (voté au Sénat le 30 octobre) visant à permettre au préfet d’autoriser la réouverture de commerces non alimentaires lorsque les conditions de respect des mesures sanitaires sont réunis. Les maires des communes quant à eux sont salués pour leurs arrêtés symboliques et sont même encouragés à en prendre encore. Enfin, la CPME a annoncé son intention d’aller jusque devant le Conseil d’Etat pour contester la fermeture administrative des entreprises.
«Réévaluons les aides, il reste des taxes, des charges à couvrir, avec un point d’alerte sur les loyers», ajoute Geoffroy Secula. «Et puis, à quoi sert un plan de relance si on ne laisse pas travailler les entreprises ? C’est la question qu’on se pose tous et c’est la question qu’on pose au gouvernement».

Alix Berthier
Photos : Alix Berthier