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17/06/2022 17:17

CÔTE-D’OR : Au coeur de l’opération de secours au passage à niveau de Beire-le-Fort

Un exercice simulant une collision entre un TER et deux véhicules légers s’est déroulé dans la nuit de jeudi 16 à vendredi 17 juin près de Genlis. Retour sur cette opération ayant mobilisé 220 personnes.
Ce jeudi 16 juin 2022, une habitante de Beire-le-Fort promenait son chien lorsqu’elle a entendu «un gros boum». S’étant approchée du passage à niveau n°16, elle a vu le drame. Le TER n°758561, en provenance de la gare de Dijon Ville et qui devait rejoindre Dole, venait de percuter ou heurter deux véhicules légers, deux personnes se trouvant dans chacun des véhicules, de chaque côté des voies ferrées. À 23h22, l’habitante a alors utilisé la borne SOS de la SNCF pour donner l’alerte. Une vingtaine de minutes plus tard, les premiers secours sont arrivés.

«Exercice», a répété l’habitante au moment de signaler l’accident. Effectivement, il s’agissait d’un exercice de simulation. Une simulation de grande ampleur ayant pour intérêt de mettre en application le plan départemental ORSEC - organisation de la réponse de sécurité civile - avec en l’occurrence deux composantes majeures, celui de l’accident ferroviaire et d’un nombre important de victimes.


Comment le plan sur le papier fonctionne sur le terrain


«Ces exercices visent à tester efficacement les dispositifs qui permettent de bien gérer les crises. C’est imaginer des situations difficiles pour tester la réactivité, la coopération, la coordination de l’ensemble de la chaîne de secours et de sécurité dans notre pays. Il faut voir comment le plan sur le papier fonctionne sur le terrain et le rôle de chacun. Nous allons vérifier comment on conjugue, comment on additionne nos compétences et nos responsabilités», a expliqué Fabien Sudry, préfet de la Côte-d’Or, en ajoutant que l’enjeu est à la fois d’aller vite et de respecter la procédure, «ça ne s’improvise pas».

Un briefing fut effectué en milieu de soirée à la caserne de sapeurs-pompiers de Genlis, sans trop dévoiler aux professionnels et autres bénévoles secouristes les modalités de l’accident sur lequel ils allaient intervenir.

Peu après une heure du matin, les secours étaient encore sur place pour continuer d’assurer la prise en charge et les premiers soins d’une trentaine de victimes. À leur arrivée en fin de soirée, il a d’abord fallu s’assurer de la coupure du jus par la SNCF. Cela avant de pouvoir porter assistance et secours à la vingtaine de personnes dans le train, des élèves de l’IFSI ayant volontairement surjoué sur certains aspects de leurs blessures ou même de leurs comportements afin de mettre les secouristes sous pression, dans une ambiance à laquelle ils pourraient avoir à faire face lors d’une opération non fictive.

Remontée d'informations au centre opérationnel départemental


En préfecture de Côte-d’Or à Dijon, c’est au sous-sol du bâtiment que l’activité se déroulait, au centre opérationnel départemental. À deux heures du matin, le point de situation mené par l’autorité préfectorale, soit Danyl Afsoud, directeur de cabinet du préfet et représentant celui-ci, rassemblait le SDIS, la Croix-Rouge, la Gendarmerie, la Protection Civile, le SAMU, le service communication de la préfecture, la délégation militaire départementale, la DDT et la DREAL. Un tour de table a permis d’aborder la situation des victimes, la présence ou non de familles sur place mais aussi de se caler sur la communication possible aux médias.

La finalité était d’avoir «un seul bilan fiabilisé en temps réel pour les forces de sécurité mais aussi pour pouvoir communiquer des informations aux médias et au grand public», nous a indiqué le lieutenant-colonel Olivier Roy du SDIS 21. Si la catégorisation des victimes pouvait varier selon les remontées du terrain, 29 étaient bien identifiées.

Le scénario était aussi poussé de manière à devoir également gérer des journalistes et des témoins sur place ainsi que de nombreux appels au COD, à proximité duquel était constitué un centre d’information au public, centre d’appels afin d’éviter la saturation du standard de la préfecture. Concernant l’identification et le suivi des victimes, l’outil Sinus était testé.

À Beire-le-Fort, vers deux heures du matin, le procureur de la République Olivier Caracotch était attendu. Quelques heures plus tôt en conférence de presse, il s’est ainsi expliqué : «on pourrait se demander ce que vient faire l’autorité judiciaire dans un tel exercice centré sur les secours. Une phase judiciaire concomitante s’ouvre souvent à ce moment-là. Des constatations sur place sont confiées, aux services de Gendarmerie dans ce cas, pour établir le scénario de ce qui s’est produit et préserver toutes les preuves qui permettront de mener des expertises et procéder à des auditions. Ce qui peut être préservé sur place dès les premières heures est absolument fondamental dans l’enquête à mener».

«Faire en sorte qu’il n’y ait pas de sur-incident à ajouter à l’incident»


C’est donc un dense et large dispositif qui fut mis à l’épreuve cette nuit du jeudi 16 au vendredi 17 juin 2022, jusqu’au milieu de la nuit. Un débriefing à chaud a suivi à la caserne de Genlis, un autre plus approfondi sera développé en préfecture la semaine prochaine.

Fabien Sudry a mis l’accent sur une simulation «de grande ampleur», en notant que le département de la Côte-d’Or est traversé par 740 km de voies ferrées et comprend 152 passages à niveau. En ajoutant : «depuis dix ans, 53 accidents liés à des passages à niveau se sont produits en Côte-d’Or».

Éric Cinotti, directeur régional de la SNCF pour la Bourgogne-Franche-Comté, a insisté : «ces accidents peuvent arriver en vrai. Sur les six derniers mois, il n’y en a eu aucun en Côte-d’Or mais deux dans la région, près de Champagnole dans le Jura et à Novillars dans le Doubs. Heureusement, les trains n’allaient pas à vive allure et les dégâts ont été matériels. Pour la SNCF, il est important aujourd’hui de travailler les interfaces entre le groupe ferroviaire et les partenaires extérieurs. On ne pénètre pas dans les emprises ferroviaires n’importe comment. À nous de tester les process et de faire en sorte qu’il n’y ait pas de sur-incident à ajouter à l’incident. Et cette ligne Dijon-Dole est sans doute la plus fréquentée de Bourgogne-Franche-Comté avec tous les types de trains».

Pour le vice-président du SDIS 21, Gilles Delepau, une telle opération ne peut que permettre de «tirer des enseignements pour s’améliorer dans le temps et éventuellement réajuster des moyens».

Marie-Françoise Dupas, maire de Beire-le-Fort, a souligné l’importance du test grandeur nature réalisé, en faisant remarquer que «d’après des comptages enregistrés il y a quelques années, un train passe ici toutes les sept minutes environ».

L’occasion pour l’élue d’une commune dont plusieurs habitants ont participé à l’exercice de déplorer, aussi sur le ton de la prévention : «Ce passage est emprunté par des habitants de notre commune mais aussi des communes voisines. Nous avons malheureusement constaté que des adolescents traversent les voies à mobylette au mépris des barrières baissées. Ceux-ci ne se rendent pas compte qu’ils mettent leur vie en danger».

Alix Berthier
Photos : Alix Berthier

Exercice simulant l'accident d'un TER a proximité d'un passage à niveau





































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