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04/08/2020 05:52

CÔTE-D'OR : Des collectivités tentées par la réalisation de retenues d'eau multi-usages

Alors que la Côte-d'Or connaît une sécheresse marquée pour la troisième année consécutive, l'intérêt est grandissant pour les retenues d'eau destinées notamment à l'irrigation. Le bassin de Fauverney sert de modèle pour un projet à Quetigny. Le 29 juillet, le préfet Bernard Schmeltz est allé à la rencontre des agriculteurs et des élus des communes concernées.
La Côte-d'Or présente la spécificité d'être en tête de bassin versant. Un fleuve prend sa source sur le territoire – la Seine – , une rivière d'importance – la Saône – le traverse et de nombreux cours d'eau le sillonnent. Dans l'ensemble, il s'agit de cours d'eau pouvant être fragilisés par une sécheresse.

La pluviométrie sur la Bourgogne-Franche-Comté est stable avec les années mais le changement climatique a fait varier la répartition. Les précipitations sont plus espacées et plus marquées en période hivernale ou lors d'orages tandis que les étés sont de plus en plus secs.

Trouver des solutions face à une raréfaction de la ressource en eau


«L'eau ne fait que partir, il n'en arrive pas beaucoup» constate Vincent Lavier, président de la chambre d'agriculture de la Côte-d'Or lors d'une visite du préfet Bernard Schmeltz à Fauverney, au sud-est de Dijon, le mercredi 29 juillet 2020. Le président de la chambre d'agriculture tient à rappeler qu'à la problématique évidente de l'approvisionnement des végétaux s'ajoute le souci de l'abreuvement des animaux.

«Il faut peut-être qu'on s'occupe de trouver des solutions pour la stocker quand elle tombe de façon à pouvoir la restituer quand elle manque. L'idée n'est pas d'en consommer plus mais c'est de réguler ce que la nature ne fait plus. On a vécu des décennies où l'eau tombait relativement régulièrement, aujourd'hui, ce n'est plus le cas» explique Vincent Lavier.

La Direction départementale des territoires (DDT) anime une cellule de veille sur la sécheresse à laquelle participent tous les usagers. Renaud Durand, directeur adjoint de la DDT 21, se dit inquiet en ce qui concerne la ressource en eau. En ce début août, tous les bassins versants de la Côte-d'Or ont franchi les seuils d'alerte (lire le communiqué). De ce fait, des réductions d'usage sont appliqués aux particuliers, aux agriculteurs et aux industriels.

La DDT assure un rôle de coordinateur entre les usagers et, dans le cadre de la police de l'eau, accompagne les agriculteurs avec la chambre d'agriculture et les organisations professionnelles afin de trouver «la solution la plus judicieuse qui soit» explique Renaud Durand.

Une retenue d'eau en compensation de l'urbanisation de terres agricoles


La retenue de Fauverney doit son existence à une «forte volonté politique des élus de la communauté de communes de la plaine dijonnaise qui souhaitaient apporter une compensation économique au monde agricole suite à l'emprise des 54 hectares qui étaient consacrés à la Zone d’Activité Économique de la Boulouze» explique Pascal Chadoeuf qui préside l'Association Syndicale Autorisée de Champaison et le Syndicat des irrigants de Côte-d'Or.

Les travaux ont débuté en 2008 et la mise en eau s'est faite en 2014. Le terrassement de la ZAÉ a été réutilisé pour réaliser le remblais. Le ruissellement des toitures des bâtiments de la ZAC ainsi que des surfaces imperméabilisées alimentent le bassin de 220.000 mètres cubes. L'investissement se monte à 1,5 millions d'euros pour le bassin lui-même et 600.000 euros pour les installations de stockage.

Le bassin est donc propriété de l'intercommunalité. Les installations de stockage ont été financées à 20% par les agriculteurs et à 80% par des aides (fonds européens du FEADER, Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse et conseil départemental de la Côte-d'Or).

Les agences de l'eau considèrent comme de la «substitution partielle» le fait de stocker de l'eau en période hivernale plutôt que de prélever en période d'étiage. Elles peuvent donc financer des projets pour peu qu'ils soient multi-usages, qu'ils contribuent à des continuités écologiques de cours d'eau et qu'ils soient inscrits dans un diagnostic partagé (lire notre article).

Pour la DDT 21, Yann Dufour explique le cycle de l'eau autour du bassin de Fauverney : l'eau qui ruisselle est récupérée dans un bassin de décantation, après débourbage elle est déversé dans la retenue de stockage proprement dite. Sur les 220.000 mètres cubes, 40.000 m3 doivent être maintenus dans la retenue, 50.000 m3 servent à maintenir l'étiage de la rivière Champaison – au nom de la continuité écologique – tandis que le reste permet d'alimenter les agriculteurs pour effectuer de l'irrigation.

«C'est la solution idéale par rapport au climat aujourd'hui»


Par le biais d'une convention avec l'intercommunalité, l'ASA de Champaison gère la distribution de l'eau ; en font partie huit exploitations agricoles sur les 300 hectares environnants. Sur le secteur de Fauverney se cultivent des pommes de terre, des oignons, du soja de multiplication et du maïs du fait de cultures de moutarde et d'orge d'hiver qui ont été arrêtées pour cause d'attaques d'insectes.

Quand un agriculteur utilise l'eau de la nappe phréatique, il règle une taxe destinée au financement de l'agence de l'eau. Quand c'est l'eau du bassin, vient s'ajouter une taxe qui contribue à l'amortissement du coût du stockage de l'eau. S'approvisionner dans un tel bassin permet de s'affranchir des restrictions liées à l'usage de l'eau prise dans l'environnement, y compris concernant les horaires d'irrigation, même si Vincent Lavier appelle les agriculteurs à faire preuve de «bon sens» en évitant les heures les plus chaudes de la journée.

«C'est la solution idéale par rapport au climat aujourd'hui» insiste Pascal Chadoeuf au nom des irrigants. «L'avenir de l'agriculture passera par le stockage de l'eau» renchérit Fabrice Faivre, président de la FDSEA de la Côte-d'Or, en se référant à ce qui se fait en Espagne. L'instauration de la retenue a permis de fermer onze points de prélèvements dans la nappe phréatique et deux en rivière.

«Les pratiques agricoles sont très respectueuses de la réglementation»


Défendant le point de vue des irrigants, Pascal Chadoeuf indique qu'ils ne dépassent pas les volumes préconisés par la zone de répartition des eaux (ZRE). «On ne consomme jamais ce à quoi on pourrait prétendre» ajoute Vincent Lavier «puisque les années humides, on n'en a pas besoin, et les années sèches, il y a des arrêtés [de restriction d'eau], on est quand même très contraints». Les ZRE correspondant aux secteurs où la ressource en eau est la plus problématique ; il y en a quatre dans la Côte-d'Or. Collectivités, industriels et agriculteurs peuvent devoir justifier leurs usages. Cela peut parfois contraindre le développement immobilier ou industriel de certaines communes.

«On a des pratiques agricoles qui sont très suivies, (…) on a fait plus de soixante contrôles l'an dernier, il y en a eu six qui étaient à la limite et deux avec des nécessités d'intervention» précise Renaud Durand, au titre de la police de l'eau, qui ajoute que «les pratiques agricoles, dans l'ensemble, sont très respectueuses de la réglementation et contribuent largement à la gestion collective de la ressource».

Valoriser le stockage de l'eau pour des cultures à fort potentiel


Le bassin de Fauverney fait donc figure de modèle pour des agriculteurs en quête d'eau. Une partie de la profession souhaite donc voir se dupliquer un tel dispositif tout en étant accompagnés par l’État ou les collectivités afin de support l'investissement conséquent que cela implique.

La DDT étudie actuellement une vingtaine de petits projets dans les zones d'élevage et cinq projets similaires à celui de Fauverney. Parmi les autres projets de ce type, celui qui est le plus avancé concerne un bassin multi-usages à Quetigny. Aux yeux de Vincent Lavier, un «facteur important» d'acceptation d'un tel bassin par les populations serait qu'il ait d'autres usages que l'irrigation afin d'impliquer un grand nombre d'acteurs du territoire.

De plus, l'ampleur de l'investissement entre en ligne de compte. Les premières restrictions pour 2020 sont apparues dans l'ouest et le nord de la Côte-d'Or. Dans ces secteurs du département, l'installation d'une retenue serait complexe. Dans la plaine dijonnaise, des cultures à forte valeur ajoutée permettent d'amortir le surcoût de l'eau distribuée par un bassin. «Économiquement, c'est plus cohérent de stocker de l'eau, parce qu'elle est mieux valorisée, en plaine dans les terres à fort potentiel» souligne Vincent Lavier.

Le président de la chambre d'agriculture demande à l’État que soient rendus obligatoires la constitution de telles retenues lorsque des projets immobiliers consomment des terres agricoles. En contre-exemple, Vincent Lavier cite la «mauvaise expérience» du parc d'activité Beauregard initiée par le Grand Dijon alors qu'il consommait 70 hectares parmi «les meilleures terres agricoles du département».

Périmètre de bassin versant et limites administratives


Concernant les aspects politiques, le préfet Bernard Schmeltz souligne que «c'est un vrai sujet de difficulté de faire coïncider la gouvernance de l'eau, donc les commissions locales de l'eau (CLE) qui ont des périmètres correspondant à des bassins versants, avec les limites administratives des communautés de communes, les périmètres ne se juxtaposent pas».

À son tour, Patrice Spinosa, président de la communauté de communes de la plaine dijonnaise, insiste sur l'articulation nécessaire avec les plans territoriaux de gestion des eaux (PTGE). Pour sa part, Didier Lenoir, président de la CLE, déplore la lenteur d'installation de cette structure consécutivement aux élections municipales.

Complémentarités entre production agricole et consommation urbaine


Après les échanges autour de la retenue à Fauverney, la journée se poursuit par une étape à Quetigny où l'agriculteur Philippe Gransagnes endosse le rôle de présentateur du projet. Est à l'étude la réalisation d'une retenue d'eau de 370.000 m3 pouvant alimenter deux centres équestres, deux centres de réinsertion par l'activité agricole, huit agriculteurs conventionnels et biologiques et trois collectivités (Quetigny, Couternon et Chevigny-Saint-Sauveur). Le golf de Quetigny est aussi demandeur mais semble éloigné des trois positionnements encore en réflexion.

Les demandes vont de 2.000 m3 à 80.000 m3. Par exemple, Philippe Gransagnes a demandé 15.000 m3 pour irriguer ses trente hectares. À l'heure actuelle, les agriculteurs puisent dans la Norge pour arroser.

Alexandre Bréjean, paysan bio, indique être «dans un besoin assez urgent» et qu'en allant à la rencontre des autres acteurs, «on s'est rendu compte que l'on avait tous des besoins communs et que c'était intéressant d'avoir un projet commun».

Une approche validée par le préfet : «c'est un projet péri-urbain, qui concerne plusieurs collectivités et c'est à ce titre-là qu'il est intéressant. Il peut permettre d'irriguer des cultures. C'est extrêmement utile de pérenniser des exploitations agricoles, sur l'ensemble du territoire de la Côte-d'Or, y compris à la périphérie des villes parce qu'on peut imaginer de trouver des complémentarités entre des productions agricoles et des besoins en consommation des habitants de ces villes».

Jean-Christophe Tardivon

Alerte sur la moutarde de Bourgogne