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26/05/2020 03:21

CÔTE-D'OR : «Il y a une attente de plus de démocratie, plus de solidarité sociale et plus d'écologie» analyse Yolaine de Courson

Avec Matthieu Orphelin et Paula Forteza, la députée de la Côte-d'Or a fondé le groupe parlementaire Écologie Démocratie Solidarité et quitté le groupe LREM sans s'éloigner du mouvement En Marche. Celle qui se voit comme «la grand-mère de Greta Thunberg» revient sur ses motivations, en lien avec ses engagements pour la transition écologique dans les territoires ruraux.
Créé officiellement le 19 mai 2020, une semaine après la fin du confinement, le nouveau groupe parlementaire Écologie Démocratie Solidarité a défrayé la chronique (lire notre annonce avec sa composition). S'agissait-il d'une rupture avec La République En Marche ? Était-ce la présidentielle que Matthieu Orphelin préparait ?

Dix-sept députés, dont 65% de femmes, se sont retrouvés pour créer le neuvième groupe au sein de l'Assemblée nationale. Parmi eux, de nombreux anciens Marcheurs et des non-inscrits qui vont ainsi bénéficier de moyens pour porter leurs idées et d'une tribune pour communiquer. Le groupe sera alternativement présidé par Matthieu Orphelin et par Paula Forteza.

Députée de la quatrième circonscription de la Côte-d'Or, Yolaine de Courson a participé à la fondation du groupe. Pour Infos Dijon, elle revient sur les enjeux et la temporalité de la création du groupe. Elle évoque aussi l'état de ses relations avec le sénateur de la Côte-d'Or François Patriat, président du groupe LREM au Sénat.

«Ce qui a joué comme déclic, c'est vraiment la pandémie»


D'où est venue l'idée de créer ce nouveau groupe Écologie Démocratie Solidarité ?

«À l'Assemblée nationale, dans le groupe majoritaire, il y avait depuis déjà longtemps un groupe informel qui se réunissait, le Collectif social-démocrate animé par Jean-François Césarini [NDLR : décédé le 29 mars 2020], plutôt tourné vers les choses sociales. J'avais des amis qui en faisaient partie.»

«Est venu se greffer à côté Écologie Démocratie Solidarité qui avait une envie de faire groupe depuis neuf mois. Je suis arrivée assez tard mais je connaissais les gens qui y étaient. Ce qui a joué comme déclic, c'est vraiment la pandémie que nous sommes en train de vivre.»

«Je n'étais pas très contente parfois du fonctionnement de notre groupe mais j'étais disciplinée parce qu'on défendait le programme du président même si, parfois, il y avait des choses qui n'étaient pas dans le programme et que je n'ai pas votées (loi «anti-casseurs», CETA...). »

«Tout  a changé autour de nous, on ne peut pas continuer avec le programme de trois ans plus tôt. Je continue à rester dans le mouvement, je suis toujours En Marche. Je suis toujours en phase avec l'esprit du mouvement. Quand on est 300 et qu'on a une majorité écrasante, on n'a pas tendance à être dynamique, on est beaucoup plus lent, c'est un paquebot par rapport à un dériveur.»

«J'ai quitté le groupe LREM pour aller sur les impératifs écologiques, démocratiques et de la solidarité. Non pas pour peser, à dix-sept on ne pèse pas sur un groupe de 300. La majorité est toujours là, avec le Modem et certains UDI, il n'y a pas de problème de majorité.»

«Quand il y a des difficultés comme on est en train de les vivre, cela stimule la créativité. On le voit tous les jours chez nos compatriotes. Commerçants, éleveurs, professeurs.... tout le monde rivalise de créativité. Cette situation à fait un effet de réveil. Ce groupe, c'est 'petit mais costaud' comme dit Matthieu Orphelin.»

«Dans la majorité, il y a un courant qui est né juste après nous : En Commun, porté par Barbara Pompili avec une cinquantaine de députés [NDLR : la députée de la Somme a créé ce courant «social et écologiste» le 22 mai 2020]. Cela prouve qu'il y a un besoin et une attente de sens. On veut retrouver le sens que l'on avait en 2017 de faire de la politique autrement, d'une façon transversale, avec tout le monde et avec un dépassement de clivages sur certains sujets.»

Comment s'est fait le lien ?

«On se connaît tous depuis longtemps. Un collectif Accélérons s'était créé à l'Assemblée il y a deux ans, il est transpartisan sur les sujets écologiques et du développement durable [NDLR : ayant l'objectif d'accélérer la transition écologique, le collectif a été fondé par Matthieu Orphelin en octobre 2018, il rassemble 160 députés de différents partis dont Yolaine de Courson]. Il y avait une conscience qu'il fallait travailler plus sur ces sujets, que les Français attendaient ça aussi. On faisait beaucoup d 'audition commune de think tanks, on portait des colloques comme par exemple le foncier agricole et accaparement des terres.»

«Il y a deux mois, on a fait la plateforme Le Jour d'après. Il y avait 65 députés de tous les bords. Il y a bien des sujets qui sont transversaux. On se connaît tous et on sait très bien qui est sensible à quoi. Je parlais avec Matthieu Orphelin et d'autres collègues. Ça s'est fait de façon naturelle.»

«Trouver des majorités de projets et des majorités d'idées»


Est-ce que l'article du 8 mai des Échos a accéléré la création du groupe ?

«L'article des Échos a fait une confusion entre le collectif du Jour d'après et le groupe parlementaire en création. On n'a jamais été plus d'une vingtaine dès le départ. On sera plus après : si on donne envie d'autres nous rejoindrons. Nous étions entre 17 et 25, en fonction des pressions subies ou pas.»

«On voudrait arriver à poser des débats sur la table comme on l'a fait avec la plateforme Le Jour d'après qui a stimulé des travaux similaires à l'Assemblée nationale et dans le mouvement En Marche. On voudrait trouver des majorités de projets et des majorités d'idées, des coalitions sur certains sujets très pragmatiques comme il y a dans beaucoup d'autres parlements européens. C'est caricatural ce qui nous arrive. On voudrait arriver à être stimulateurs de débats transversaux.»

«Je soutiens tout ce qui est soutenable dans la politique du président de la République»


Est-ce un véhicule pour une candidature de Matthieu Orphelin a la présidentielle de 2022 ?

«Je ne crois pas du tout. C'est encore loin. Ce n'est pas mon projet et je doute que ce soit le sien.»

«Je soutiens tout ce qui est soutenable dans la politique du président de la République et je pense que beaucoup de mes collègues dans ce petit groupe sont d'accord avec ça. On s'opposera à 'tout ce qui peut compromettre l'avenir des générations futures' comme le dit Jacques Attali. Si on donne de l'argent à des industriels sans contrepartie écologique, si on fait moins de démocratie comme s'est en train de se passer à l'Assemblée nationale... Depuis le confinement, il n'y a plus de scrutin public, un député représente tous ceux de son groupe.»

«Il faut se prémunir avec des mécanismes plus protecteurs»


Est-ce une piqûre de rappel destinée au gouvernement ?

«C'est stimulant pour le gouvernement de se dire qu'il y a des gens qui veillent au grain.»

«Il y a le projet de loi de Finances rectificative numéro 3. Il faut être vigilant. Au mois de juillet, il faudra être vigilant sur le plan de relance pour ne pas recommencer en 2008 et en 2011 où c'était pire après avec les émissions carbone. Il ne faut pas creuser plus profond la tombe. On travaille pour les générations futures.»

«Ce n'est pas la dernière pandémie qu'on va avoir. Peut être que la prochaine catastrophe sera climatique. Il faut se prémunir avec des mécanismes plus protecteurs de nos économies et de nos mécanismes sociaux. Les mots-clés sont autonomie, souveraineté et coopération. Tout le monde tape sur Nicholas Hulot qui a dit 'on ne veut plus du libre-échange, on veut du juste échange'.»

«Je suis la grand-mère de Greta Thunberg»


Quelles furent les premières réactions de votre entourage politique ?

«Dans le groupe majoritaire, ils ont été assez surpris. Dans un groupe très constitué, on a toujours l'impression d'être trahis quand les gens s'en vont.»

«Les Marcheurs de la Côte-d'Or m'ont dit 'tu as été élue pour appliquer le programme présidentiel'. Parmi les Marcheurs de ma circonscription, aucun ne me condamne. Certains émettent des doutes sur la période. Quand on explique que les lois vont se voter, ils comprennent. On est député de tous les Français.»

«On sent bien que dans la société, avec les gens avec qui on discute, il y a une attente de plus de démocratie, plus de solidarité sociale et bien sûr plus d'écologie car cela angoisse les gens. La montée de la question environnementale, ce n'est pas une nouveauté que l'on a sortie de notre chapeau. Je suis la grand-mère de Greta Thunberg. On a une conscience qu'il faut arrêter la marche infernale dans laquelle on s'est mise. (…) Cette transition, il faut l'accompagner. La transition écologique dans les territoires ruraux, c'est mon dada.»

Quel est l'état de votre relation avec François Patriat ?

«On s'aime beaucoup, on a le respect de la pensée de l'autre. Je me souviens, on s'était opposé au moment de la création du parc national [NDLR : le parc national de Forêts, créé entre la Bourgogne et la Champagne en novembre 2019].»

«Quand vous avez une amitié, vous respectez que les autres ne soient pas toujours de votre avis. Ce n'est pas un embrigadement En Marche. Bien sûr, il n'est pas ravi, mais il y a quelque chose de plus fort que cela. Au fur et à mesure du temps qui va passer, tout le monde va s'apercevoir que l'on peut continuer à travailler ensemble sans problème.»

«Peut être que le mouvement ne voudra pas de moi mais, pour l'instant, ça ne m'a pas été dit. Je continue à travailler avec Action ruralité [NDLR : un programme lancé en novembre 2019 par La République En Marche pour porter des projets dans les territoires ruraux]. Mes collègues respectent mon choix, cela ne veut pas dire qu'ils l'approuvent.»

«J'irai rencontrer les maires au moment de la loi 3D»


Est-ce que d'autres personnalités vont vous rejoindre ?

«Des gens veulent refaire des projets pour la ruralité. On va faire un événement autour de la ruralité conquérante en septembre. Des personnes vont venir nous aider.»

«La prochaine Décentralisation Différenciation Déconcentration intéresse les maires nouvellement installés, ça va leur donner plus responsabilités. Cette loi tombe à pic. J'irai rencontrer les maires au moment de la loi.»

«On veut être un groupe propositions, pas d'opposition. Ni bénis oui-oui, ni opposition systématique mais une opposition constructive. Il faut le prouver, un positionnement un peu sur la crête.»

Au calendrier de la députée se trouveront différents sujets comme l’étiquetage de produits alimentaires, les congés des parents qui ont des enfants décédés, le statut des enfants de soignants décédés du Covid. Il s'agit de «sujets très émotionnels» constate Yolaine de Courson. Puis arriveront des sujets d'envergure concernant la crise sanitaire comme le projet de loi de Finances rectificative puis le plan de relance et suivront d'autres textes dont l'examen a été reporté.

Propos recueillis par Jean-Christophe Tardivon


Yolaine de Courson est députée de la quatrième circonscription de la Côte-d'Or, élue sous l'étiquette LREM en juin 2017, elle a quitté le groupe majoritaire pour fonder le groupe parlementaire Écologie Démocratie Solidarité le 19 mai 2020 (image d'archives)