Recherche
POUR JOINDRE INFOS-DIJON
redaction.infosdijon@gmail.com (à privilégier)
SMS et MMS au 07 86 17 77 12
> Côte d'Or > Côte d'Or
25/11/2020 19:33

CÔTE-D’OR : La rude campagne hivernale des Restos du Coeur lancée en mode «drive»

C’est dans un cadre de distribution particulier qu’est lancée la campagne hivernale des Restos du Coeur. Les bénévoles s’adaptent et répondent présents malgré tout auprès des plus démunis. Reportage au centre de Dijon Nord, 12 rue de la Brot.

Mardi 24 novembre, à l’heure du lancement de la campagne hivernale des Restos du Coeur qui doit durer 16 semaines, les locaux du centre 12 rue de la Brot n’étaient pas accessibles aux bénéficiaires de denrées alimentaires…
Sur un autre volet de l’action sociale, les services à la personne (coiffure, cours de français, d’informatique, recherche d’emploi…) ne peuvent pas non plus être mis en place.

«Jamais il n’y a eu une interruption de l’aide alimentaire»


C’est effectivement en confinement que la campagne hivernale d’aide alimentaire s’est lancée. «On avait tout préparé pour cette campagne d’hiver, en reconfigurant les locaux, avec tout un sens de circulation pour éviter les contacts… On a dû faire avec des avancées, des reculades… Les conditions ont été très difficiles pour les bénévoles», souligne Jean-Denis Barroy, président des Restos du Coeur en Côte-d’Or. Mais il insiste aussi sur leur abnégation et leur efficacité : «Ils ont fait un travail admirable depuis le mois de mars. Certains sont moins venus ça se comprend, nous avons connu quelques cas, mais, jamais, il n’y a eu une interruption de l’aide alimentaire aux gens qui en avaient besoin». En Côte-d’Or, les Restos du Coeur sont portés par 600 bénévoles.
L’aide alimentaire devant être organisée en mode «drive», le nombre de bénévoles sollicités chaque journée de distribution est certes moins important, mais il n’empêche qu’ils sont au rendez-vous, pour des créneaux de distribution élargis permettant de mieux gérer les flux (les lundis, mardis, jeudis et vendredis). Lorsque celle-ci est possible à 9 heures (distribution juste par demi-journée hors période de confinement), les bénévoles s’activent depuis deux heures «en coulisses». Et la remise de produits à chaque personne prend plus de temps, en raison du besoin de leur montrer les produits à la fenêtre, protégée par du plexiglas.

«Accomplir une mission essentielle au service d’une population fragile»


«On n’a pas le choix, on espère que ça durera le moins longtemps possible, qu’on pourra retrouver un fonctionnement classique», ne peut que constater Jean-Denis Barroy. Âgé de 70 ans, le premier confinement l’ayant obligé à s’isoler par mesure de précaution tel que l’avait incité le gouvernement, le président départemental a d’ailleurs décidé de passer la main après trois ans à ce poste, «pour plus d’utilité en cas de nouvelles restrictions, car je ne l’ai pas été en mars». Didier Bouillon, 67 ans, le remplacera officiellement le 5 décembre prochain.
Pour cette campagne hivernale, le prochain président parle d’«une formule minimaliste» et regrette «un manque de lien social et de convivialité dans la distribution»… Plus le droit en effet dans la situation actuelle aux accompagnements des bénéficiaires jusqu’au sein des locaux et au plus près des produits répartis d’habitude en quatre grands rayons (protides, accompagnements, laitages, desserts).

La dynamique se ressent tout de même. «Accomplir une mission essentielle au service d’une population fragile», ce sont les mots de Didier Bouillon quand on lui demande ce qui l’a amené aux Restos du Coeur. En ajoutant : «Dans notre société d’aujourd’hui, c’est se rendre compte qu’il y a malheureusement encore des gens laissés pour compte».
«Les Restos du Coeur sont là, plus que jamais», réaffirme Jean-Denis Barroy, qui précise : «Contrairement à ce que pensent certaines personnes, on n’accueille pas les gens n’importe comment… Il y a un barème basé sur le reste à vivre de la personne bénéficiaire qui s’inscrit au préalable et qui dispose de points pour les denrées alimentaires… Les familles nombreuses ont droit à deux passages par semaine».

«Une augmentation considérable» des bénéficiaires attendue cet hiver


Cette mise au point faite, le président départemental se recentre sur le coeur de l’action : l’aide aux plus démunis. «À priori, ça va se bousculer», dit-il, craignant les répercussions de la crise sanitaire doublée de la crise économique.
Les étudiants et travailleurs précaires, «qui ont déjà du mal à finir les mois», sont attendus plus nombreux, en plus des familles monoparentales… C’est «probablement la plus difficile campagne qui s’annonce» selon Jean-Denis Barroy.
Comme moyenne nationale, une augmentation de 30% par rapport à la précédente campagne hivernale est envisagée. Le président départemental rappelle aussi que «10 millions de personnes en France se trouvent en-dessous du seuil de pauvreté».

En Côte-d’Or, la campagne estivale 2020 avait déjà fait ressortir un constat aux Restos du Coeur : alors que les besoins sont moins importants en été, le nombre d’inscrits par rapport à la campagne hivernale 2019-2020 était passé de 7.000 à 7.700 (de 450.000 à 500.000 repas et de 5.000 à 13.500 paniers de dépannage…).
«Une augmentation considérable» est attendue cet hiver. «C’est budgété. La solidité de notre structure fait que l’aide alimentaire est sécurisée pour une année. La poursuite et le plus du Fonds européen d’aide aux démunis nous a fait du bien», rassure Jean-Denis Barroy, qui cite aussi la Ville de Dijon et le Conseil départemental de la Côte-d’Or pour leurs soutiens. Dijon, où les Restos du Coeur espèrent ouvrir un troisième centre en 2021, dans le quartier de la Fontaine d’Ouche.

Chaque année, environ 1.000 tonnes de produits alimentaires sont distribués par les Restos du Coeur en Côte-d’Or. Le centre de Dijon Nord pouvait accueillir jusqu’à 200 personnes par jour lors des précédentes campagnes hivernales. D’où notamment le choix d’allonger les journées de distribution.

Alix Berthier
Photos : Alix Berthier