
Ce lundi 16 juin, les élus départementaux ont débattu à coup d'exemples tirés des cantines dijonnaises. Le passage d'un tarif de 2 à 3,70 euros représente une économie annuelle de 3 millions d'euros pour la collectivité.

C'était le plat de résistance de la session du conseil départemental de la Côte-d'Or (
lire notre article), ce lundi 16 juin 2025. Le tarif de la cantine des collèges publics passera à 3,70 euros par repas à la rentrée de septembre 2025 et pour les trois prochaines années.
Depuis l'année scolaire 2020-2021, les familles réglaient 2 euros dans le secteur public tandis que les familles des élèves des collèges privés sous contrat étaient aidées à hauteur de 2,44 euros par repas.
La fin de cette mesure de pouvoir d'achat a été amplement débattue entre la majorité et l'opposition, cette dernière défendant de nouveau la notion de progressivité quand la majorité préfère un tarif unique.
Retour au tarif de 2019
«Je prends mes responsabilités en matière de restauration scolaire», lance François Sauvadet (UDI), président du Département, pour aborder le principal sujet de la session. Et de rappeler à l'opposition que le tarif du repas des collégiens à deux euros est une mesure «que l'on avait prise ensemble».
«Nous avons maintenu ce prix pendant 5 années scolaires parce qu'en sortie de crise Covid nous nous sommes retrouvés avec une vague d'inflation inédite en trente ans. (…) L'inflation est stabilisée. Dans ce contexte, j'ai pris la décision de fixer le prix des repas à 3,70 euros, le prix que nous pratiquions en 2019, il y a six ans», explique le président de la collectivité, «un prix qui est très largement inférieur à ceux qui sont pratiqués dans d'autres Départements et Régions. (…) Dans la Région, ils vont proposer le prix du repas [des lycéens] à hauteur de 5 euros.»
Dénonçant la «démagogie» de l'opposition, le centriste assure que «aucun enfant ne se retrouvera à la porte du restaurant scolaire au motif que les parents ne pourraient pas faire face».
«Il n'y a pas ou très peu de Départements qui pratiquent des prix progressifs», analyse François Sauvadet au regard de la demande de l'opposition. «Le prix en Côte-d'Or sera le même pour tous, inférieur à tout ce qui est pratiqué dans notre environnement. Il n'évoluera pas dans les trois ans qui viennent.
«Ce n'est plus 100% Côte-d'Or, c'est plutôt plus 85% cantine»
Président du groupe d'opposition Côte-d'Or Terres d'avenir, Christophe Avena (PS) glisse «100% Côte-d'Or, c'est plutôt plus 85% cantine» et fait part de sa surprise (
lire notre interview). «Pour 20% des ménages les plus modestes, cette hausse représente une difficulté supplémentaire.»
Le socialiste défend alors le principe de progressivité en fonction des revenus des familles : «depuis 2019, notre groupe vous propose une tarification sociale, plus équitable, plus juste».
Le groupe d'opposition dépose donc deux amendements, l'un concernant l'instauration d'une «tarification sociale» et l'autre le «renforcement des aides à la cantine».
«Nous sommes favorable à l'investissement dans la restauration scolaire», insiste Christophe Avena avant de s'interroger sur l'investissement de 2,5 millions d'euros pour le patrimoine de l'abbaye de Cîteaux. «Nous appelons à un moratoire sur certaines dépenses patrimoniales.»
3,5 millions d'économies dans la restauration scolaire pour l'année à venir
En présentant le rapport proprement dit, Catherine Louis (LCOP) insiste sur l'augmentation de la part de produits sous signe de qualité (50,53% en 2024) et de produits bio dans les menus des collégiens.
Dans 26 collèges, les gestionnaires qui relèvent de l’Éducation nationale et les personnels qui relèvent du Département, dont les chefs de cuisine, ont reçu des formations.
La rapporteure souligne le «bilan positif» en matière de réduction du gaspillage alimentaire qui a baissé de 51% depuis 2014.
Durant l'année scolaire 2024-2025, le coût du déploiement d'un repas hebdomadaire «100% Côte-d'Or» est estimé à 277.000 euros en compensation des comptes des gestionnaires de collèges. L'aide est reconduite en 2025-2026 avec un montant identique.
Entre les matières premières et les charges, le coût d'un repas pour la collectivité est de plus de 10 euros, celle-ci prenant à sa charge la différence avec le tarif pratiqué aux familles.
Dans l'ensemble, le tarif de 2 euros, l'aide de 2,44 euros attribuées aux familles des collégiens des collèges privés sous contrat ou encore la compensation des repas «100% Côte-d'Or» représentent un montant estimatif de 6,06 millions d'euros pour l'année scolaire 2024-2025.
Pour l'année scolaire 2025-2026, le nouveau tarif de 3,70 euros induit, à lui seul, une économie de 3 millions d'euros. Dans l'ensemble, le tarif de 3,70 euros, l'aide de 0,74 euro pour les familles des collégiens des collèges privés sous contrat ou encore la compensation des repas «100% Côte-d'Or» représentent 2,52 millions d'euros pour l'année scolaire à venir.
«Je n'ai pas parlé de petite augmentation, j'ai parlé d'évolution», déclare Catherine Louis à l'adresse de Christophe Avena qui avait rapporté ce qu'il présentait comme des propos tenus en commission à propos du tarif de 3,70 euros.
À noter que pour les familles des collégiens qui prennent leur repas dans un lycée – dans les cites scolaires notamment ou en raison de mutualisation de la cantine entre établissements voisins –, le Département compense la différence entre son tarif et celui de la Région Bourgogne-Franche-Comté (4,85 euros pour l'année scolaire en cours).
Comparaisons de tarifs entre le Département de la Côte-d'Or et la Ville de Dijon
S'engage alors une partie de ping-pong entre la majorité et l'opposition, chacun avançant des exemples favorables à sa thèse.
Christophe Avena précise que, dans la Nièvre, le forfait de quatre jours correspond à un repas tarifé 3,46 euros et que le Département de Meurthe-et-Moselle pratique la progressivité.
«La Meurthe-et-Moselle est en train de précipiter le mouvement de la dépense», rétorque François Sauvadet qui ajoute que le prix nominal du repas dans la Nièvre est de 4,05 euros, «supérieur de 30 centimes à ce que nous pratiquons ici».
Hamid El Hassouni (PS) avance que, à Dijon, une famille monoparentale avec deux enfants peut ne régler que 54 centimes par repas, soit 155 euros par an. Dans un collège de la Côte-d'Or, une famille monoparentale avec deux adolescents verrait sa facture augmenter de 500 euros en raison du passage au tarif de 3,70 euros.
François Sauvadet rebondit en avançant qu'une famille totalisant des revenus équivalent à deux SMIC règle 3,89 euros par repas aux cantines des écoles dijonnaises. «Le tarif progressif, il y en a toujours qui paient pour les autres», commente le centriste.
«Cette hausse est un coup très dur pour le pouvoir d'achat de certaines familles», estime Hamid El Hassouni
«L'augmentation a pris tout le monde de cours», réagit Hamid El Hassouni qui regrette qu'elle n'ait pas été présentée «au moment du vote du budget». L'opposant demande «une vision précise de l'impact de cette hausse sur les classes populaires et les classes moyennes» car «cette hausse est un coup très dur pour le pouvoir d'achat de certaines familles». «Certains ne ressentiront pas l'impact de cette hausse, d'autres seront plus impactés et ne fréquenteront plus la cantine.»
Conseillère départementale d'opposition et députée de la Côte-d'Or, Catherine Hervieu (LE) enchaîne sur le sujet des finances publiques pour déplorer que «les collectivités constituent une variable d'ajustement pour le budget de l’État». «Le lien avec l'impôt participe à ce qui fait société. (…) Ce lien a été fragilisé par la suppression brutale de la taxe d'habitation.»
Siégeant dans l'opposition, Pierre Poillot (PS) rappelle que la tarification à deux euros a été «très bien accueillie» dans son canton d'élection : «le nombre d'impayés et le recours au fonds social a diminué pour disparaître complètement».
«On peut craindre que cette évolution du tarif, un tarif qui reste tout à fait modeste, risque de changer fondamentalement la situation, surtout pour les familles les plus modestes», anticipe-t-il.
François-Xavier Dugourd fustige les «arrières-pensées électoralistes» de l'opposition
Président du groupe de la majorité, François-Xavier Dugourd (LR, NE) livre alors une intervention très politique dans un contexte de pré-campagne pour les élections municipales.
Selon le vice-président délégué, «on voit bien ces attaques, souvent personnelles, ne sont pas dénuées d'arrières-pensées électoralistes». «On sent Monsieur Avena intervenir manifestement sur commande. Objectivement ce rôle de porte-flingue ne lui va pas très bien. Ses interventions sont empreintes d'hypocrisie et de démagogie.»
«Je ne suis le porte-flingue de personne», réagira l'opposant, «ce n'est pas au niveau de ce que les Côte-d'Oriens attendent de nous».
Marie-Claire Bonnet-Vallet (LCOP) rappelle que le taux d'effort pratiqué notamment par la Ville de Dijon est «imposé» par la Caisse d'allocations familiales aux collectivités qui souhaitent bénéficier de subventions.
«Brandir la bannière de la justice sociale, c'est d'autant plus facile qu'on est subventionné pour le faire», tacle la vice-présidente qui refuse «la double-peine entre le revenu imposable et le tarif à la cantine».
«Un débat serein avec des prises de position claires de chacun»
Au moment du vote, François Sauvadet regrette que «les amendements sortis du bois» n'aient pas été présentés en commission par l'opposition. Toutefois, le président de la collectivité salue «un débat serein avec des prises de position claires de chacun».
Les amendement sont rejetés par la majorité qui adopte unanimement le rapport sur le nouveau tarif de restauration scolaire.
Jean-Christophe Tardivon












