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22/02/2020 19:33

CÔTE-D’OR : «S’il n’y a plus d’aidants, ça va être un problème de santé publique» selon le président de l'UDAF

L’UDAF et le Reseda sont engagés sur la problématique des aidants, en l'occurrence dans la Côte-d’Or et dans la région, avec la nécessité de mieux comprendre et accompagner leurs situations. Infos-Dijon fait le point avec leurs présidents respectifs.
«En France, 4,3 millions de personnes aident régulièrement un proche de 60 ans ou plus en perte d’autonomie, à domicile (source : Enquête Handicap-Santé 2008, DREES, portant sur 5 000 aidants informels de proches). Un nombre impressionnant de personnes concernées et pourtant que connaissons nous vraiment de la perte d’autonomie, de la dépendance ? Que savons-nous de ces aidants si actifs et si peu visibles ? Quelles sont les aides existantes ? Comment organiser l’accompagnement ? Quels sont les projets innovants en Côte-d’Or ?».

La démarche est menée conjointement par l’Union départementale des associations familiales de Côte-d’Or (UDAF) - regroupant 53 associations - et le Réseau des Maladies Neuro-Evolutives de Bourgogne Franche-Comté (RESEDA), avec comme concrétisation l’organisation d’un forum s’adressant aux familles, aidants et personnes âgées dépendantes le 14 février dernier au siège de Dijon métropole.

Infos-Dijon a interrogé le docteur gériatre Imad Sfeir, président de Reseda BFC, et François Guillaume, président de l’UDAF de Côte-d’Or.

Pour rentrer dans vif du sujet, la situation de l’aidant est-elle assez prise en compte aujourd’hui ?

Imad Sfeir : «De plus en plus. C’est sûr qu’il y a encore beaucoup de progrès à faire mais avec les nouveaux dispositifs qui vont arriver entre 2020 et 2023, ça va aider des aidants à mieux se reconnaître dans un statut. Ça va également leur permettre d’avoir des temps de répit.»

Quelles sont pour vous les mesures marquantes du Plan pour les aidants (voté à l’Assemblée nationale le 25 octobre 2019) ?

Imad Sfeir : «Ce sont les congés pour les aidants, à hauteur de trois mois maximum et 43 euros par jour. Trois mois dans toute la carrière, c’est court mais c’est un bon début. Ça mérite d’être élargi.»

La reconnaissance du statut d’aidant restera-t-elle selon vous une utopie ou deviendra-t-elle une réalité ?

François Guillaume : «Utopie ou réalité je ne sais pas mais ce qui est sûr, c’est qu’il va y avoir un effort considérable à faire. En France, on a peut-être pris du retard depuis la canicule de 2006 où des dispositifs ont été mis en place mais les moyens n’ont pas suivi. Sur le statut d’aidant, il doit y avoir en tout cas une vraie évolution car il va y avoir un besoin accru. On ne peut pas rester aveugles face à la problématique et à la demande. S’il n’y a plus d’aidants, ça va être un problème de santé publique.»

Imad Sfeir : «Si on ramène le temps d’un aidant à des prestations de professionnels, ce sont des milliards d’euros qu’il faudrait trouver. C’est aussi une question économique. Il est indispensable d’augmenter les aides et d’éviter l’épuisement des aidants.»

Quels sont les rôles du Reseda et de l’UDAF dans ce contexte ?

Imad Sfeir : «C’est pouvoir organiser des réunions pour qu’on puisse être sensibilisés plus largement aux difficultés des aidants, aux signes d’épuisement mais aussi aux solutions de répit pouvant exister et leur permettre de tenir le coup… Ça peut être des sorties culturelles, des café des aidants pour poser les difficultés sur la table. Ce forum (du 14 février à Dijon Métropole) est d’ailleurs une première organisation conjointe du genre en espérant la renouveler. Avec l’idée si possible de proposer ce rendez-vous tous les ans. Des gens sont venus de toute la région. Il n’y a pas assez de forums de ce genre.
Malheureusement, l’épuisement arrive et l’aidant ne s’en rend pas compte, c’est l’entourage qui le voit. C’est ça l’un des dangers à mieux prévenir.»

François Guillaume : «Pour l’UDAF, c’est surtout un rôle d’information auprès des familles, pour qu’elles puissent connaître les dispositifs qui existent et dans les années qui viennent prendre en charge ou aider à la prise à charge des personnes en perte d’autonomie. Là, on a réussi à faire venir des gens du monde rural, qui parfois ont le moins de moyens et font beaucoup.
L’intérêt est de dégager de nouvelles idées, prendre le pouls des remontées, des difficultés, à accompagner peut-être de nouveaux dispositifs. C’est surtout aller à la conquête d’informations pour mieux comprendre les difficultés des aidants, de ceux qui sont aidés, pour avoir une politique globale et cohérente.
Nous avons une activité de formation des aidants. Le but est aussi qu’ils parlent des difficultés qu’ils peuvent avoir, qu’ils se sentent soutenus. Il faut qu’un aidant soit aidé.»

A-t-on une idée du nombre d’aidants en Côte-d’Or aujourd’hui ?

Imad Sfeir : «On sait qu’il y a 30.000 personnes dépendantes en Bourgogne, liées aux maladies neuro-évolutives. Je pense que l’on peut parler de 40.000 à 50.000 aidants, rien que pour les personnes âgées dépendantes.»

Sur quels points les avancées ne sont pas assez fortes selon vous ?

Imad Sfeir : «Il faut travailler sur les solutions de répit qui ne sont pas encore à la hauteur des besoins. 400 millions sur trois ans dans le Plan pour les aidants 2020-2022, c’est bien mais il faudra augmenter l’engagement dans les années futures.»

Alix Berthier

Les orientations du Plan pour les aidants 2020-2022 sont à consulter en cliquant ici