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07/01/2021 20:04

CÔTE-D’OR : «Tant que nous respirerons, nous pourrons changer de vie», déclare Élisabeth Moreno aux femmes

La ministre déléguée auprès du Premier ministre, chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances s’est rendue à Dijon et à Chenôve ce jeudi après-midi, pour une visite sur le thème de la situation économique des femmes et plus particulièrement de leur précarité. Une manière aussi d’aller à la rencontre de «battantes» luttant pour l’égalité femmes-hommes mais aussi contre les violences faites aux femmes.

En préfecture à Dijon, c’est Christophe Marot, secrétaire général, qui s’est chargé d’accueillir la ministre.
À la table ronde d’acteurs et surtout d’actrices engagées dans le domaine de la lutte contre les violences faites aux femmes ainsi que pour leur insertion professionnelle, Christophe Marot a rappelé que l’un des objectifs majeurs est d’aider les femmes à sortir de la dépendance économique. L’occasion aussi de noter un paradoxe qui plus est exacerbé durant la crise : «Les femmes sont en première ligne, dans la précarité et dans l’action sociale».

«Pour ma première sortie de l’année 2021, il me semblait naturel de rencontrer les femmes qui se battent, ce sont des guerrières», a déclaré Élisabeth Moreno, en confirmant que le confinement a accentué les inégalités et mis en exergue les violences conjugales (+30% de signalements).
Selon la ministre, invitée ce jeudi par la députée LREM Fadila Khattabi, le gouvernement prend aujourd’hui en considération les familles monoparentales. Le déblocage de l’épargne salariale et la garantie locative ont été citées en exemple, après un rappel que le Grenelle contre les violences conjugales comporte 46 mesures.

«Ça ne suffit pas»

«Malgré tout, ça ne suffit pas», a ensuite admis Élisabeth Moreno. En affirmant : «Les règles ne jouent pas en notre faveur. Nous vivons dans une société où les règles patriarcales sont très ancrées».
«De 9% à 27%», c’est la fourchette qu’a retenue la ministre pour faire remarquer que les écarts de salaires entre les femmes et les hommes - au détriment des femmes - sont encore une réalité trop forte.

«On ne sera jamais mieux servies que par nous-mêmes», a poursuivi la membre du gouvernement, avant de laisser la parole aux représentantes d’associations présentes. Amis Mots est porteuse du programme Start Again (plus d’informations en cliquant ici), une formation pluridisciplinaire existante depuis 2012 visant à travailler notamment sur le développement personnel et professionnel des femmes.
«Je n’avais plus confiance en moi ni en personne», témoigne Aurore, ayant entamé une formation en soins animaliers avec l’envie de devenir auxiliaire vétérinaire.

Casser les stéréotypes en amont


La confiance en soi est beaucoup revenue lors de cette visite ministérielle. Elle a été implicitement mise en avant au travers des différentes présentations faites à la ministre, laquelle a insisté sur cette notion à plusieurs reprises. «Il ne s’agit pas que les femmes parlent, il faut qu’elles soient aidées».
Par ces mots, Élisabeth Moreno a tenu à saluer l’action des associations, auprès des femmes mais aussi à vocation sensibilisatrice auprès de publics même jeunes. C’est ce que fait le CIDFF 21 dans les écoles, s’inscrivant dans un travail bien en amont pour casser les stéréotypes et autres préjugés de genre. Cela en plus des accompagnements proposés aux femmes en matière d’accès au droit.
Directrice de Solidarité Femmes 21, Anne Joseleau appuie justement sur l’importance de disposer de structures associatives fortes «pour être prêtes à agir», en se permettant dans le même temps en l’occurrence de pointer du doigt les moyens pas assez conséquents de Solidarité Femmes 21, qui peut disposer de «seulement» 8 personnes salariées pour tout le territoire de la Côte-d’Or.

Un Département au nom duquel la vice-présidente départementale Emmanuelle Coint a demandé un plus à l’État sur la question des violences faites aux femmes, sur les financements de travailleuses et travailleurs sociaux en Police et en Gendarmerie.
Au nom de la Région Bourgogne-Franche-Comté, la vice-présidente Laetitia Martinez a aussi souligné un solide réseau régional tout en gardant à l’esprit qu’une pédagogie poussée est à poursuivre sur la déconstruction des stéréotypes de genre.
Pour la Ville de Dijon, la première adjointe au maire Nathalie Koenders a rappelé que Dijon fut la première ville de France à obtenir le double label Diversité et Egalité professionnelle femmes-hommes délivré par l’Afnor.

Aider les femmes à l’indépendance


«Satisfaite de cette table ronde» et des actions menées «pleines d’enthousiasme», Élisabeth Moreno a assuré que l’augmentation du budget du ministère qu’elle représente - «de l’ordre de +40% cette année, pour un total de 41,5 millions d’euros» - sera en majeure partie consacrée à l’aide financière aux associations. En considérant que les questions d’indépendance économique et de lutte contre les violences faites aux femmes sont étroitement liées : «C’est une journée tournée autour de la situation économique des femmes dans notre pays. On sait qu’elle peut parfois être difficile. 85% des familles monoparentales sont portées par une femme seule avec enfant, souvent dans une précarité importante. Un million d’enfants vivent sous le seuil de pauvreté car les pensions alimentaires ne sont pas payées. Un service public vient d’être créé pour cela et la Caisse d’allocations familiales prend ce sujet à bras le corps en se tournant vers les mauvais payeurs. Aider les femmes les plus vulnérables à se sortir de ces situations, c’est la première priorité. Ensuite, les violences sexistes et sexuelles peuvent être éradiquées en grande partie si les femmes parviennent à trouver leur indépendance. Beaucoup d’entre elles n’osent pas partir parce qu’elles ont peur, parce qu’elles ont honte, parce qu’elles sont sous emprise, parce qu’elles se demandent ce qu’elles vont devenir si elles partent. Plus de 220.000 femmes subissent ces violences dans notre pays. Plus on en parle, plus ça donne du courage aux femmes pour s’en sortir, et plus ça fait peur aux hommes. Des associations exemplaires se mobilisent et croient à l’égalité femmes-hommes en tant que sujet sociétal».

«C’est à vous que je veux m’adresser»


À Chenôve en fin d’après-midi, c’est l’aspect humain qui a été mis en avant, autrement dit l’émancipation de la femme par la culture dans un quartier prioritaire. Aux côtés du maire de la commune Thierry Falconnet, Élisabeth Moreno s’est montrée à l’écoute et touchée par les aspirations permises par le collectif des femmes de la Maison des jeunes et de la Culture de Chenôve (MJC), dont Fatima Achab est la coordinatrice. Plusieurs membres de ce collectif ont pu s’exprimer, en faisant ressortir tous les bienfaits de projets axés sur l’expression et la création collective, sans pour autant oublier les origines et fiertés de chacune. Des projets contre l’isolement et menés au-delà des préjugés.

Une démarche que la ministre a rapprochée de son parcours, en terminant par faire lever l’assemblée pour applaudir toutes ces femmes-là : «C’est à vous que je veux m’adresser. Je suis émue. Les gens croient que l’immigration c’est aller profiter des allocations familiales. Oser monter sur scène, je trouve ça absolument remarquable. J’imagine tout le courage que cela vous a demandé. Je veux que vous vous leviez pour que l’on puisse vous applaudir. Nous aurons beau subir toutes les discriminations, tous les rejets, toutes les humiliations, mais tant que nous respirerons, nous pourrons changer de vie».

Des femmes qui selon la ministre déléguée doivent être des exemples pour leurs enfants dans l’éducation à transmettre, avec la conviction que la République française est émancipatrice. Élisabeth Moreno, née au Cap-Vert et ayant grandi dans un quartier prioritaire, a plusieurs fois fait allusion à son parcours pour «donner espoir», ou plutôt pour mettre en lumières les femmes rencontrées ce jeudi.

Alix Berthier
Photos : Alix Berthier