Recherche
> Côte d'Or > Côte d'Or
09/07/2020 03:25

CRIMOLOIS : La restauration de l'Ouche relève le défi du fonctionnement naturel des rivières

L'enrochements ou le cloisonnement des cours d'eau se ressent jusqu'à l'embouchure des fleuves. Alors que la grande majorité des rivières de Bourgogne-Franche-Comté ont une morphologie dégradée, l'Agence de l'eau Rhône-Méditerranée-Corse et la Région ont financé des travaux de restauration de l'Ouche.
C'est véritable défi pour l'Agence de l'eau Rhône-Méditerranée-Corse. Comment redonner un fonctionnement naturel aux rivières ? La problématique a été abordée lors des commentaires apportés le 2 juillet 2020 à la diffusion du rapport biennal de l'Agence de l'eau Rhône-Méditerranée-Corse.

Laurent Roy, directeur général de l'Agence de l'eau Rhône-Méditerranée-Corse, et Florent Rollin, directeur de l'agence de l'eau de Besançon, ont mis en avant l'exemple de la restauration de l'Ouche au niveau de Crimolois.

81% des rivières de Bourgogne-Franche-Comté ont une morphologie dégradée


Dans les bassins Rhône-Méditerranée et de Corse, 53% des rivières présentent une morphologie dégradée (par des enrochements, des rectifications ou encore des curages) et 42% sont cloisonnées par des seuils et des barrages qui empêchent la circulation des poissons mais aussi des sédiments utiles au bon fonctionnement de la rivière. Ces proportions montent respectivement à 81% et 53% en Bourgogne-Franche-Comté.

Comme l'explique l'agence de l'eau, une rivière qui fonctionne bien peut faire face plus facilement à la sécheresse ou aux pollutions. Il est prouvé que la restauration des rivières engendre un gain de qualité biologique après travaux. En 2019, l’agence de l’eau a aidé à restaurer 7,6 km de rivières dans la région.

Au-delà des rivières, «si les sédiments n'arrivent pas jusqu'à la mer, le littoral se dégrade dans un contexte d'élévation du niveau des mers» indique Laurent Roy pour signaler l'interdépendance des milieux aquatiques avec la vie terrestre.

La restauration de l'Ouche conduite par la fédération de pêche


En 2017, l'Ouche au niveau de Crimolois était un cours d'eau à la morphologie très dégradé. Recalibrée, en sur-gabarit et enrochée, la rivière était peu hospitalière pour la faune piscicole. Une restauration a donc été décidée avec l'objectif de diversifier les habitats et de réactiver la dynamique latérale du lit de la rivière.

En 2018, la Fédération de Côte-d'Or pour la Pêche et la protection du Milieu Aquatique (FDPPMA 21) a été le maître d’œuvre des travaux de restauration sur 830 mètres linéaires, financés à hauteur de 158.000 euros par l'agence de l'eau et le conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté.

Il a été procédé au désenrochement des berges, des blocs ont été déposés dans le lit de la rivière pour créer des singularités, des banquettes ont été installées avec des matériaux étalés afin de permettre à la rivière de cheminer de façon moins rectiligne.

La rivière devient une alliée face aux changements climatiques


Après travaux, le lit mineur de l'Ouche est devenu plus adapté à recevoir un débit plus faible en constituant un refuge pour la vie aquatique. Avec une augmentation de la diversité d'habitats aquatiques estimée à 32%, la biomasse de poissons a été multipliée par 5 et le nombre d’espèces est passé de 10 à 16.

Une rivière restaurée, accompagnée de sa ripisylve, connectée à sa nappe alluviale et en relation avec son cortège de zones humides, c’est la garantie d’une ressource en eau préservée en quantité et en qualité : elle devient une alliée face aux changements climatiques.

«Une époque où l'on voyait les cours d'eau comme des ennemis»


Laurent Roy rappelle que les travaux antérieurs sont «révélateurs d'une époque où l'on voyait les cours d'eau comme des ennemis». Polluées, les rivières ont été cachées en ville. À la campagne, la crainte des inondations a conduit à canaliser les cours d'eau.

«Cette époque de l'aménagement du territoire est très largement derrière nous parce que la connaissance du bon fonctionnement des milieux écologique a progressé» explique le directeur général. «Aujourd'hui, «on combine la bonne gestion de la rivière et être plus efficace à moindre coût à la prévention des inondations» ajoute-t-il.

Le transfert de compétences avec la Métropole à clarifier


Au-delà de ces travaux, un contrat a été signé le 26 mars dernier avec le syndicat du bassin de l'Ouche pour identifier des travaux sur la période 2019-2020 notamment entre Dijon et Échenon. Si de nouveaux projets sont prévus, il faut tenir compte du fait que «le lit majeur de la rivière à servi à faire des décharges, cela peut complexifier l'émergence des travaux» comme le signale François Rollin.

De plus, une réflexion globale est menée sur les bassins de la Tille, de la Vouge et de l'Ouche concernant la structuration des compétences des collectivités avec Dijon Métropole. L'agence de l'eau souhaitant «une clarification» afin d'apporter de la visibilité après 2020.

Jean-Christophe Tardivon

Retrouver la présentation du rapport 2020 de l'Agence de l'eau Rhône-Méditerranée-Corse pour la Bourgogne-Franche-Comté



En 2017, avant travaux (photographie Agence l'eau Rhône-Méditerranée-Corse)


En 2018, après les travaux (photographie Agence de l'eau Rhône-Méditerranée-Corse)