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11/08/2020 16:54

CULTURE : «Le Trésor de Vix est un incontournable» selon la directrice du Musée du Pays Châtillonnais

Le Musée du Pays Châtillonnais abrite le Trésor de Vix, une merveille archéologique de 2.500 ans, trouvée en bord de Seine dans un tumulus remontant aux Celtes anciens. Après avoir fêté ses dix ans en 2019, ce musée situé en milieu rural est dynamisé par une exposition temporaire de l'INRAP sur l'actualité des fouilles avant une prochaine évolution stratégique comme l'explique la directrice Catherine Monnet.
Dans la France du XXème siècle, il y eut deux découvertes majeures en archéologie. En 1940, la grotte de Lascaux pour la préhistoire et, en 1953, le Trésor de Vix pour la protohistoire. À différencier de la préhistoire, la protohistoire correspond aux connaissances sur les peuples sans écriture contemporains d'autres civilisations ayant élaboré un système d'écriture.

D'août à novembre 2019, l'Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP) a mené un chantier de fouilles du tumulus de la tombe princière de Vix dirigé par Bastien Dubuis. Les objectifs et les nouvelles méthodes de l'INRAP sont abordées dans une exposition temporaire notamment via un timelapse réalisé sur les quatre mois de prospection. Les éléments du squelette de la Dame de Vix trouvés en 1953 et qui ne font pas partie de l'exposition permanente du musée sont aussi présentés.

Les découvertes réalisées par l'INRAP sont encore en cours d'analyse. Les résultats étant attendus fin 2021. L'exposition temporaire durera autant que nécessaire, en fonction de l'évolution de la situation sanitaire.

Souvenirs de la Maison Philandrier


Depuis avril 2019, Catherine Monnet dirige le Musée du Pays Châtillonnais - Trésor de Vix en ayant le grade de conservateur territorial du patrimoine en chef. Catherine Monnet a suivi un cursus en histoire de l'art et archéologie à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne jusqu'à des études doctorales portant sur l'évacuation des déchets et eaux usées en milieu urbain au Moyen-Âge. De 1994 à 2005, elle a travaillé à un projet de musée à Lille (Nord) qui est finalement devenu le Musée de l'Hospice Comtesse. De 2008 à 2018, elle a été directrice du patrimoine et des musées du conseil départemental de Seine-et-Marne.

Adolescente, Catherine Monnet a participé à des chantiers de fouilles notamment à l'abbaye cistercienne de Maubuisson (Val-d'Oise) ou encore sur le site préhistorique d'Étiolle (Essonne). Sa vie professionnelle a commencé par l'encadrement puis la codirection des fouilles du Grand Louvre (Paris), de 1985 à 1992. Elle ainsi développé une sensibilité et des connaissances concernant l'archéologie venant compéter son approche muséale.

«Quand on est étudiant, il y a un certain nombre de musées ou de sites qui sont des incontournables, évidemment le Trésor de Vix est un incontournable» explique la férue d'archéologie. Ce qui a alors conduit ses pas jusqu'à la Maison Philandrier, là où se situait le Musée du Pays Châtillonnais avant son transfert dans l'ancienne abbaye Notre-Dame en 2009.

Même, Catherine Monnet se souvient d'avoir été marquée par la reproduction du cratère de Vix dans un manuel d'archéologie ayant paru en 1972. «À l'époque, il n'y avait pas Internet», ce qui avait amené la lycéenne à se documenter sur la présence d'un tel objet grec en Bourgogne.

Le challenge de la gestion d'un musée en milieu rural


«J'ai éprouvé le besoin, en fin de carrière, de retrouver ce pourquoi j'avais choisi ce métier, c'est à dire les collections et le public» indique-t-elle pour expliquer sa candidature auprès de la communauté de communes du Pays Châtillonnais – propriétaire du musée – après les services généraux d'un conseil départemental d'Île-de-France.

«J'étais curieuse de la dichotomie, pour moi apparente, entre un musée avec des collections extrêmement importantes et une collectivité territoriale qui en est propriétaire et qui est de petite taille» confie-t-elle. C'était donc un «challenge intéressant» que de gérer une institution présentant en milieu rural des collections majeures ayant trait à l'histoire des populations européennes.

Une halte au Hallstatt


Les dix ans du musée et la reprise des fouilles du tumulus de la Dame de Vix ont attiré une fréquentation supplémentaire dans le musée pour atteindre près de 20.000 visiteurs en 2019. Le public vient principalement de Bourgogne, d'Allemagne, d'Autriche, des Pays-Bas puis des autres régions de l'Hexagone.

Si les Hollandais font une halte dans le Châtillonnais avant de se rendre dans le sud de la France pour des vacances, les Allemands et les Autrichiens ont le «Hallstatt dans les veines» et viennent spécifiquement pour le Trésor de Vix.

Hallstatt est le nom d'un village des montagnes autrichiennes du Salzkammergut où a été découvert, au milieu du XIXème siècle, un site remontant au premier âge du fer (environ 600 ans avant notre ère). Le village a ainsi donné son nom à la «civilisation du Hallstatt» à laquelle est relié le tumulus princier de Vix.

Rappelons aussi que l'autre site majeur en Europe occidentale de cette civilisation qui a précédé les Celtes se situe cette fois en Allemagne, dans le land de Bade-Wurtemberg, à la Heuneburg, soit à 400 km de Vix. Environ «quinze jours de marche» selon les estimations de Catherine Monnet, songeant à des échanges réguliers entre les deux sites princiers par delà la Forêt Noire. De ce fait, les touristes allemands «savent très bien avant d'arriver ce qui les attend».

Les agents de salle formés à la médiation spontanée


En cette année 2020 marquée par la crise sanitaire, la fréquentation étrangère est en net retrait ce qui induit par exemple, une baisse de plus de 30% du nombre de visiteurs sur le mois de juillet par rapport à 2019. Cela prouve d'autant l'attractivité du site auprès des pays présentant une histoire commune durant la protohistoire.

Pour autant, la directrice constate aussi la venue de groupes familiaux plus importants que de coutume. «Avant tout, les musées se doivent d'être des lieux de délectation, d'apaisement» s'enthousiasme Catherine Monnet, ajoutant que l'«on peut revenir autant de fois que l'on veut dans un musée, on ne fait jamais le tour de toutes les œuvres».

Du côté des mesures sanitaires, le protocole de l’État a été appliqué. Les écrans tactiles et les fiches de salles ont été retirés, des parois de plexiglass installées et des bidons de solution hydroalcoolique mis à disposition. Est encouragé le recours à l'application «Musée du Trésor de Vix» en guise d'audioguide numérique enrichi de vidéos.

De plus, la dizaine d'agents de salle ont bénéficié d'un accompagnement pour apporter de la «médiation spontanée» auprès des visiteurs. Ainsi, le cratère n'est plus présenté comme étant seulement un objet d'art mais sa fonction utilitaire est dorénavant évoquée. Sans oublier qu'il s'agit aussi d'un symbole du haut degré de technologie de la métallurgie du bronze. Instrument devant contenir du vin, il est supposé avoir été fabriqué autour de 510 avant notre ère au sein de cités grecques installées dans des territoires correspondant à l'actuelle Italie du sud.

Les visites guidées, comprises dans le droit d'entrée, se poursuivent mais sur réservation pour ne pas dépasser dix personnes. En revanche, les ateliers pour enfants ont été supprimés. La saison culturelle a dû être annulée.

Un projet culturel et scientifique est en cours d'élaboration pour être présenté à la communauté de communes du Pays Châtillonnais puis au ministère de la Culture. Ce document présentera trois scénarios d'évolution du musée, charge à la collectivité d'en retenir un. Pour l'avenir, Catherine Monnet réfléchit aussi à des expositions temporaires «d'envergure» présentant des pièces importantes prêtées par de grands musées nationaux.

Jean-Christophe Tardivon

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