
«Certains n'auront pas d'impact dans leur quotidien. D'autres n'iront plus à la cantine», a anticipé le président du groupe d'opposition, ce mercredi 11 juin, défendant la «progressivité» des tarifs en fonction des revenus.
L'augmentation des tarifs de cantine des collèges publics était dans les tuyaux depuis quelques temps, restait à connaître l'ampleur. Le 16 juin prochain, en session, les élus départementaux auront à se prononcer sur le passage du tarif unique de 2 euros à 3,70 euros par repas et par enfant.
Ce mercredi 11 juin 2025, interrogé par
Infos Dijon, Christophe Avena (PS), président du groupe d'opposition Côte-d'Or Terres d'avenir et membre de la commission des finances, a réagi au rapport tel qu'il a été présenté par l'exécutif aux élus.
Une mesure coûteuse
Le coût d'un repas d'un collégien avoisine 10 euros pour la collectivité et se décompose en frais de personnels, charges d'énergie et coût de la matière première. Ce dernier équivaut à 2,50 euros en moyenne, 3,10 euros quand il s'agit d'un repas «100% Côte-d'Or» pour lequel la collectivité bonifie sa participation.
Le coût de la mesure de pouvoir d'achat du tarif à 2 euros, mise en place par le Département de la Côte-d'Or en 2022, a représenté 4,6 millions d'euros en 2024 et 5,6 millions d'euros inscrits au budget 2025.
Passer de 2 euros à 3,70 euros devrait permettre à la collectivité d'économiser 600.000 euros sur le reste de l'année 2025.
«Après le 100% Côte-d'Or, on est au plus 85% cantines !»
Le président du Département François Sauvadet (UDI) avait indiqué que les tarifs des cantines des collèges allaient «évoluer». Quelles informations avez-vous ?«On nous a présenté en commission des finances un seul rapport, de façon assez surprenante. Un rapport qui, après beaucoup de pages qui partent dans tous les sens, contient un dernier paragraphe présentant une petite augmentation. C'est quasiment doublé ! 85% d'augmentation ! Après le 100% Côte-d'Or, on est au plus 85% cantines !»
«Je ne pensais pas voir arriver à ce moment-là cette augmentation brutale. Cela fait suite aux 15 rencontres territoriales que le président a fait. À chaque fois, il a été mis en avant le bénéfice important de cette collectivité qui faisait payer le 2 euros pour tous. Le 2 juin, quand François-Xavier Dugourd a pris la parole, il n'a quasiment parlé que de ça. Juste après, l'annonce du quasi doublement des tarifs est assez surprenante.»
«À chaque fois, notre groupe a essayé de défendre la progressivité, contrairement à l'égalité financière, qui n'est pas l'équité, qui n'est pas la justice.»
«On se retrouve avec un tarif de 3,70 euros à la place de 2 euros pour tous. Si on nous avait écouté, nous ne serions pas devant cette marche absolument incroyable pour les familles.»
«Une famille monoparentales en situation de précarité financière – au niveau du SMIC –, va se voir infliger une augmentation de 23,8% par enfant ; pour deux enfants, on a une augmentation de 60%. C'est énorme, pour certaines familles, c'est infranchissable.»
«Le président compte faire appel au fonds social des collèges. Pourquoi pas étudier la possibilité d'aider les plus fragiles mais il faut l'institutionnaliser comme la Nièvre qui a instauré un chèque cantine pour les plus fragiles. Combien d'enfants vont abandonner les cantines ?»
«C'est là que notre différence de vision s'impose. Le Département est l'acteur social le plus important ; plus la situation économique est difficile plus l'efficience s'impose.»
«Quand vous qualifier une augmentation doublée de légère, on s'inquiète de la déconnexion qu'il peut y avoir sur les réalités territoriale. On va recentrer les missions du Département sur son rôle essentiel d'amortisseur en cas de crise.»
Christophe Avena défend la «progressivité» des tarifs en fonction des revenus
Prise à la suite de la crise sanitaire, on pouvait d'emblée supposer cette mesure temporaire.«On pouvait s'attendre à ce que les tarifs réaugmentent pour ceux qui peuvent payer. Socialement, les impacts de la crise COVID arrivent aujourd'hui. L’État a été extrêmement protecteur, ce n'est pas la période qui a été le plus difficile. Aujourd'hui, on en paie le prix, le quoiqu'il en coûte arrive sur les financements de l’État. C'est maintenant que le Département arrête d'aider les plus fragiles. C'est pourquoi cette progressivité doit être ajustée en fonction des besoins.»
«Le rapport sur les cantines a été systématiquement mis en avant par tous les élus de majorité et la légère augmentation est mise en catimini. La séquence politique me laisse perplexe et peut-être pas que dans l'opposition, c'est un avis personnel.»
«Certains n'auront pas d'impact dans leur quotidien. D'autres n'iront plus à la cantine.»
Que préconise le groupe d'opposition ?«On aura des propositions qui seront axées sur l'aide aux plus précaires et la justice sociale. Comment chacun peut faire sans avoir d'incidence ?»
«Avec tous les éléments dont on dispose, ils sont insuffisants, on fera des propositions les plus justes au niveau financier. Quand on veut être efficient et juste, il est très important d'expliquer et de maîtriser ces objectifs de dépenses.»
«Nos objectifs sont différents du président du Département. Maximiser les entrées et minimiser les financements n'est pas quelque chose qu'on doit faire.»
«Je prends l'exemple de la taxe spéciale sur les conventions d'assurances ou TSCA : mes assurances ont augmenté donc la rentrée d'argent a augmenté pour le Département. Il nous avait été annoncé 3 millions d'euros supplémentaires. À cette session, il nous est annoncé 1 million d'euros supplémentaires. On sent qu'il y a une très grande prudence. On n'est pas à l'abri d'une bonne surprise pour les DMTO [NDLR : les «frais de notaire» en partie reversés à la collectivité]. Il est important d'être honnête sur les rentrées d'argent. Un bon père de famille connaît les perspectives de rentrée d'argent et est clair sur les dépenses.»
«Le président compare avec d'autres Départements. Il faut comparer ce qui est comparable. Il prend l'exemple de la Nièvre, il prend le tarif des externes et oublie le chèque cantines. Quand il parle de la Ville de Dijon, il prend toujours le tarif le plus élevé. Pour payer 7,40 euros, il faut avoir un revenu proche de 6.000 euros. C'est important d'être précis et clair.»
«Certains n'auront pas d'impact dans leur quotidien. D'autres n'iront plus à la cantine. Selon l'UNICEF, en France, 23% des enfants en France n'ont pas trois repas par jour.»
Propos recueillis par
Jean-Christophe Tardivon