
Lors des débats, ce lundi 2 mars, quand le président du Département évoquait la production d'eau potable, le président du groupe d'opposition réagissait sur la rénovation des réseaux d'eau. «Toujours plus, c'était le monde d'avant ; aujourd'hui, c'est toujours mieux», a répondu François Sauvadet.

Une session réduite du conseil départemental de la Côte-d'Or s'est tenue, ce lundi 2 mars 2026, à Dijon. Le principal sujet avait trait à la production d'eau potable dans les secteurs de Grosbois et des Maillys.
Une passe d'armes a opposé François Sauvadet (UDI) et Christophe Avena (PS) sur une éventuelle «cagnotte» s'étant dégagée à l'issue de l'adoption de la loi de finances pour 2026.
Vers «une certaine stabilité» après les municipales
À treize jours du premier tour des élections municipales, François Sauvadet, président du Département de la Côte-d'Or, relève que 21 conseillers départementaux sont concernés par cette campagne.
Dans l'ensemble, 405 maires sortants conduisent leur liste ce qui concerne 58% des communes (
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Au passage, le responsable de l'exécutif départemental rappelle qu'il condamne les violences verbales et physiques notamment à l'encontre des élus et ajoute «vous connaissez tous mon engagement contre les extrêmes, c'est un combat pour la démocratie».
«Pour des convictions que je combats, un homme a été lynché, la République doit protéger tous les citoyens et, singulièrement, ceux qui la représente», déclare-t-il avec gravité. «Les réseaux sociaux publient des messages insupportables mettant en cause les élus et entraînant cette suspicion permanente insupportable.»
Après les municipales, les nouveaux maires seront réunis pour un temps d'information sur l'action du Département et ses dispositifs d'accompagnement des communes notamment en matière de changement climatique, d'aménagement du territoire, de ressource en eau et de cybersécurité.
Près de 100 millions d'euros pour «sécuriser l'approvisionnement en eau»
Signalant «une nouvelle étape d'historique», François Sauvadet rappelle la création de deux syndicats de production d'eau à Grobsois (
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Durant la session, les élus voteront les conventions de délégation de maîtrise d’ouvrage pour envisager les travaux dans ces deux secteurs de production d'eau.
Dans le cadre de cofinancements, le Département pilotera des travaux dont les coûts sont estimés à 23,8 millions d'euros à Grosbois et à 71 millions d'euros aux Maillys. Après des études, en 2027 débuteront les chantiers de production d'eau et d'interconnexion des réseaux. La distribution restant à la charge des communes ou des syndicats des eaux afférents.
«Ça va sécuriser l'approvisionnement en eau de 50% des communes du département», annonce François Sauvadet puisque 168 communes sont concernées par les travaux à Grosbois et 164 communes aux Maillys (voir ci-dessous).
«Pas d'eau, pas de vie»
«Il faut que l'eau soit accessible partout, pour tous, à un prix qui reste supportable», exhorte François Sauvadet qui salue «l’évolution du dialogue avec la Métropole où chacun a considéré qu'il fallait faire un pas vers l'autre pour assurer la bonne réponse» et qui remercie les services de l’État ainsi que le législateur.
«Pas d'eau, pas de vie» dans les communes, résume-t-il avant d'alerter sur les effets du changement climatique attendus d'ici 2050 : les débits des cours d'eau devraient diminuer de 25% et la recharge des nappes phréatiques de 20%.
«Je mènerai la bataille pour maintenir le canal de Bourgogne»
«On sort du Salon de l'agriculture pour témoigner de notre soutien aux agriculteurs», enchaîne François Sauvadet qui rappelle l'enjeu du renouvellement des générations et incite à «la reconnaissance des savoir-faire des agriculteurs» (
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Le président du Département poursuit sur «l'avenir du canal de Bourgogne» : «il y un vrai manquement des pouvoirs publics depuis des années à assurer l'entretien de nos canaux» (
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«Je mènerai la bataille pour maintenir le canal de Bourgogne», déclare-t-il avant de demander à la Région de «clarifier sa position concernant le canal» et à la communauté de communes du Pays d'Alésia et de la Seine de «participer» à l'investissement.
«On ne laissera pas tomber nos canaux», assène-t-il, car «on est aussi les héritiers d'un patrimoine chance qui est une formidable chance pour l'attractivité de nos territoires». «Ce patrimoine participe de la fierté française ; (…) la fierté française, ce n'est pas du nationalisme, c'est retrouver un sentiment qu'on ait tous à forte qu'on puisse se voir un destin commun dans un monde en grande fragilité.»
Christophe Avena comptabilise des enveloppes complémentaires au budget pour 2026
Dans son propos liminaire, Christophe Avena, président du groupe d'opposition Côte-d'Or terres d'avenir, choisit de revenir en premier lieu sur des aspects budgétaires.
Le socialiste considère que l'évolution du fonds de sauvegarde national pour les Départements correspond à «6,9 millions d'euros supplémentaires» au niveau de la Côte-d'Or et que l'abandon du DILICO permet d'«inscrire de nouveau» un million d'euros.
En conséquence, l'opposant appelle à flécher des enveloppes complémentaires pour le budget du Service départemental d'incendie et de secours.
Par ailleurs, Christophe Avena renouvelle sa demande d'«une charte éthique» pour encadrer l'usage de l'intelligence artificielle.
«L'amélioration du rendement des réseaux constitue un levier immédiat»
Concernant la ressource en eau, l'opposant «soutient naturellement» l'accompagnement des collectivités compétentes par le Département en considérant que «notre rôle doit être clair : contribuer à la sécurisation de l'approvisionnement mais aussi à la protection de la ressource, à l'amélioration durale de la qualité de l'eau et de la sobriété des usages». «Cela suppose un soutien prioritaire aux communes confrontées à des réseaux vétustes ou fortement fuyards.»
Historiquement opposé à la mise en route de nouvelles structures de production d'eau potable, avec des saisines de la justice administrative par le passé, le groupe Côte-d'Or terres d'avenir préconise donc de mobiliser des fonds d'abord pour rénover les réseaux défectueux car «l'amélioration du rendement des réseaux constitue un levier immédiat, écologiquement responsable et financièrement soutenable».
«La cohérence de la coordination globale des prélèvement avec Dijon Métropole est tout à fait essentielle», insiste Christophe Avena qui est également conseiller métropolitain.
«Vous l'avez dit, chaque euro dépensé doit être un euro utile, je partage cette vision», résume Christophe Avena à l'adresse du président du Département, «elle doit être utile en particulier aux plus vulnérables, pour la sécurité civile, dans le cadre de la modernisation de nos services publics, dans le cadre de la préservation durable de nos ressources».
«Toujours plus, c'était le monde d'avant ; aujourd'hui, c'est toujours mieux»
«Je vous remercie de votre soutien, globalement», réagit François Sauvadet qui tempère aussitôt l'enthousiasme budgétaire de son opposant : «laisser entendre qu'on aurait des cagnottes dans le contexte incertitude dans lequel on est, (…) vous nous présentez une ressource en plus alors que, globalement, nos budgets baissent».
Le responsable de l'exécutif départemental s'attend à «un fléchissement de l'immobilier» et invite donc à «la prudence» : «je ne sais pas comment on va terminer l'année».
Concernant le fonds de sauvegarde pour les Départements, il est destiné à «faire face, ce n'est pas une somme en plus».
«On a fait des efforts de gestion, on ne dépensera pas plus que ce que l'on a», rappelle-t-il au regard des décisions budgétaires pour 2026. «Toujours plus, c'était le monde d'avant ; aujourd'hui, c'est toujours mieux.»
L'orateur rappelle alors les engagements du Département auprès du SDIS 21 et indique «attendre un geste de la Métropole» en matière de sécurité civile car «le Département n'est pas une vache à lait».
«Je n'irai pas sur la distribution de l’eau», poursuit François Sauvadet à propos de la rénovation des réseaux d'eau, «c'est la compétence des communes et des syndicats».
«Les concitoyens attendent des collectivités de répondre aux préoccupations qu'ils ont»
Cela amène le centriste à exposer sa vision de la décentralisation, un élément du débat de la prochaine élection présidentielle : «je pense que la vision de dire ''chaque collectivité, une compétence, un financement'', c'est une vision morte-née, c'est une vision des années 50-60-70. Les concitoyens attendent que chaque niveau puisse répondre aux préoccupations qu'ils ont». «Je revendique pour nos collectivités le droit d'agir, (…) qu'on leur redonne de la liberté.»
En fonction de quoi, François Sauvadet appelle à «sortir du système de dotations» : «on est entravé dans la marche en avant pour la capacité à répondre à nos compatriotes et même aux élus locaux».
«J'ai bien aimé les lois de liberté soi-disant portées par Mitterrand-Deferre mais c'était la première étape de la réduction de nos libertés parce qu'on nous a attribué des compétences. (…) La première atteinte aux libertés locales, c'est quand on a commencé à contingenter nos responsabilités», développe-t-il avant d'exhorter à ce que «les Régions retrouvent l’essence même de ce qu'elles devaient faire : qu'elles conservent les grands développements stratégies qui concernent le développement économique». «Je revendique la liberté pour nos compatriotes.»
Vers une «charte éthique» de l'usage de l'IA
Christophe Avena réagit alors pour préciser qu'il n'entendait pas évoquer une «cagnotte». «Ne modifiez pas mes propos», lance-t-il au président des débats. «On va restaurer le dialogue», glisse François Sauvadet, tout sourire.
Après l'avoir écartée lors de précédents débats, François Sauvadet n'exclut plus de «présenter une charte (…) au moment opportun» – même si «tout se fait dans le cadre de la CNIL, le gendarme de l'informatique» – après «un travail avec les organisations syndicales».
Intervention du président de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique
Dans le cadre d'un tour de France, Jean Maïa, président de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, a choisi la Côte-d'Or pour son premier déplacement pour intervenir devant les élus.
Selon François Sauvadet, «entre transparence et voyeurisme, il y a de vraies questions qui doivent être posées pour préserver la vie privée des élus».
Jean-Christophe Tardivon








