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18/06/2020 14:40

DIJON : Les agriculteurs de Côte-d’Or murent l’entrée de l’OFB et s’installent pour la pause méridienne

Ils ont souhaité protester symboliquement, en exprimant un ras-le-bol contre le manque d’écoute de la part de l’administration mais aussi contre la récurrence de l’agri-bashing.
Au 57 rue de Mulhouse à Dijon ce jeudi en fin de matinée, les agriculteurs - FDSEA et JA, soutenus par leur coopérative ainsi que la Chambre d’agriculture de Côte-d’Or - sont venus avec une remorque de moellons. Avec l’intention de murer l'entrée aux locaux de l’Office français de la Biodiversité.
Une action avant tout symbolique : «L’idée est surtout de montrer qu’on arrive au bout d’un système, qu’on est au pied du mur et qu’on n’a aucune direction établie pour notre agriculture…».
Sur place, c’est une des entrées portant encore l’inscription de l’ONCFS, pouvant être qualifiée de «police de l’environnement», qui a été condamnée. Depuis le 1er janvier 2020, l’Agence française pour la biodiversité et l’ONCFS sont en effet regroupés au sein de l’OFB.

«Nous n’avons pas à être dénoncés par des citoyens anonymes»


Pour expliquer cette action, Antoine Carré, président des Jeunes Agriculteurs de Côte-d’Or, est revenu sur le lancement dernièrement par la DRAAF et l’OFB d’une plateforme permettant aux citoyens de dénoncer des pratiques phytosanitaires et agricoles «douteuses», des dénonciations amenant à des contrôles de l’OFB.
Une démarche scandaleuse selon le président des JA 21 : «On juge ça inadmissible, tout est enregistré dans nos exploitations… Et nous n’avons pas à être dénoncés par des citoyens anonymes. C’est beaucoup trop facile de juger sans savoir».
Bien la plateforme soit aujourd’hui inactive suite à l’intervention de la FNSEA au niveau national, la coupe est pleine pour Antoine Carré, visiblement très remonté dans ses propos ce jeudi.

L’exemple de la culture du colza


En Côte-d’Or, il prend l’exemple de la culture du colza pour faire part de son indignation : «Ça fait des années qu’on se bat pour un maintien de certaines molécules chimiques sur le colza, qui devient une culture impossible à faire alors que le colza non-OGM est un vrai savoir-faire en France et en Côte-d’Or. Cette culture est en train de tomber à l’eau car on importe du colza canadien bourré d’OGM…». Et il poursuit : «Je ne sais plus gérer des insectes dans le colza… On avait un levier qu’était la chimie et aujourd’hui on ne l’a plus, et on nous a laissés sans solution, sans être écoutés. Dès qu’il y a des mesures en faveur de notre agriculture, ça ne passe pas. Par contre, pour supprimer une molécule ou faire des contrôles, l’administration va vite. C’est une administration à deux vitesses».

Des «incohérences dans la manière de faire» sont fortement déplorées, de même que des contradictions sur les engagements dans le bio ou bien l’énergie solaire (encouragements puis suppression ou non-élargissement des aides ensuite).
Plus globalement, c’est le phénomène d’agri-bashing qui est fustigé. Et les quelques échanges que les agriculteurs ont pu avoir avec des représentants de l’administration ce jeudi n’ont pas adouci la façon de penser évoquée.

«On n’entend plus ce qui est dit. On va rompre le dialogue et si ça continue on passera vraiment à l’acte», prévient Antoine Carré. «Ce que nous demandons, c’est la venue des ministres, de l’agriculture et de l’environnement… Avant de prendre des décisions à Paris, il faut venir voir ce qui se passe sur place».

Alix Berthier
Photos : Alix Berthier