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22/04/2020 07:53

ÉCONOMIE : La Chambre des Métiers et de l'Artisanat est «au chevet des entreprises»

Le directeur pour la Côte-d'Or de la Chambre de Métiers et de l'Artisanat, Yann Durand, fait le bilan depuis le début du confinement et réagit aux mesures de soutien destinés aux petites entreprises. Les artisans espèrent que l’État et les consommateurs seront au rendez-vous de la sortie du confinement.
«On s'est tout de suite mis en ordre de bataille. On est tous partis le 17 mars à midi avec nos ordinateurs sous le bras pour l'exode domestique. On a attaqué tous les artisans le 18 mars». Yann Durand a fait sienne la métaphore martiale du président de la République indiquant que la nation était en guerre sanitaire contre le Covid-19. Il est directeur départemental, de la délégation Côte-d'Or de la Chambre de Métiers et de l'Artisanat de Région Bourgogne Franche-Comté.

Pour venir à la rescousse des 11.000 artisans du département, il fallait un plan de bataille pour les 35 emloyés. Aucun salarié en activité partielle, quelques arrêts maladie pour garder des enfants et tous les autres en télétravail. Yann Durand a constitué trois équipes, l'avant-garde, l'arrière-garde et les urgences. Il n'était plus question de tenir compte des services habituels, tous étaient mobilisés sur des missions transversales.

1.000 appels par semaine


À l'avant-garde, dès le 18 mars donc, dix personnes ont commencé à téléphoner aux artisans. Dans la foulée, ils consignaient les difficultés et les dangers rencontrés. À l'arrière-garde, neuf personnes traitaient les problèmes. Du côté, des urgences, il s'agissait surtout de remédier aux dossiers spéciaux qui courraient avant même le début de la crise.

Yann Durand souligne la «spontanéité des collaborateurs» qui «se sentaient en mission». Le directeur tire «une grande satisfaction de voir cet état d'esprit au sein des équipes» qui a fait que «les collaborateurs ont été au chevet des entreprises» avec des appels passés tard le soir ou tôt le matin. La fonction «click to call» de la plateforme numérique Artisanat-BFC s'est révélé une aide précieuse. Elle venait juste d'être lancée au début de 2020.

En résumé, les artisans peuvent être répartis en trois catégories. Un tiers n'ont pas de problème ou ont réussi à les surmonter avec le concours de leur syndicat patronal ou de leur expert-comptable. Un tiers avaient des problèmes à résoudre par les experts de la Chambre. Et un tiers n'ont pas pu être joints. Le fait est que plusieurs entreprises ont fermé du jour au lendemain sans forcément de renvoi du téléphone professionnel vers un autre numéro afin de permettre un suivi.

Au rythme de 1.000 appels par semaine, il a fallu cinq semaine pour joindre la moitié des ressortissants côte-d'oriens de la Chambre de Métiers et de l'Artisanat. Au-delà des difficultés propres à l'activité des entreprises concernées, les questionnements ont évolué avec l'actualité et les annonces gouvernementales. La première semaine, les entrepreneurs apparaissaient perplexes sans pour autant nourrir de craintes particulières. La deuxième semaine, les questionnements sur les principes du confinement abondaient. La troisième semaines, les différents dispositifs de soutien concentraient les interrogations.

«Cela leur remettait un petit coup de boost»


Dans le détail des appels, les employés de la  Chambre de Métiers et de l'Artisanat ont contacté certains entrepreneurs qui étaient «dans un état psychologique assez sévère» comme le déplore Yann Durand. «Le fait de les rappeler et d'être attentif à leurs difficultés, cela leur remettait un petit coup de boost» avec des appels qui «pouvaient durer plus d'une heure» car «les gens avaient besoin d'exprimer le désarroi dans lequel ils étaient plongés».

La répartition des principales difficultés ne se fait pas secteur mais par antériorité de la situation avant la crise. «Pour les entreprises qui étaient déjà sur le fil, cela devient très compliqué de trouver des portes de sortie» constate Yann Durand. «Ceux qui ne font que 50% de chiffre d'affaire ne se plaignent, ils savent qu'il y a des collègues qui font» relaie Yann Durand qui sait qu'il y a «des artisans philosophes».

Des aides considérées comme complexes


«Dans l'absolu, on peut reconnaître au gouvernement d'avoir débloqué des fonds assez rapidement» indique Yann Durand. Néanmoins, si les mesures ont été rapidement mis en œuvre, le directeur considère que les dispositifs manquent de simplicité. Sans compter les déclarations qui évoluent d'un jour sur l'autre ou qui sont perçues comme contradictoires des mesures générales, prenant par exemple le confinement annoncé de l'ensemble de la population tout en demandant aux travailleurs du bâtiment de poursuivre l'activité.

Parmi les artisans côte-d'oriens, on retrouve de nombreuses entreprises sans salarié qui vont être intéressées par le fonds de solidarité territorial prochainement mis en place par le conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté (lire notre article). Plusieurs sont désemparés devant les trois volets des aides nationales et régionales tandis que certains entrepreneurs se sont persuadés depuis longtemps qu'ils ne sont pas concernés du fait d'une culture du «ça sera pour les autres, ça ne sera pas pour moi» qui s'est installée avec les années. Certains artisans qui peuvent tenir ne sollicitent pas d'aide en considérant que les fonds seront plus utiles à d'autres.

Le besoin des guides sectoriels


L'annonce d'un déconfinement le 11 mai a été reçue comme un soulagement pour la plupart des entrepreneurs : «ça a abaissé les tensions» constate Yann Durand. Elle a relancé le questionnement des professionnels qui cherchent à avoir des repères pour s'organiser. La Chambre de Métiers et de l'Artisanat renvoie systématiquement vers les guides sectoriels du ministère du Travail. Tous ne soit pas encore sortis – il manque par exemple ceux, très attendus, pour les coiffeurs ou les esthéticiennes – mais la liste s'allonge progressivement (retrouver les guides ici).

Les réseaux des CCI et des CMA ont mis en place une opération avec Cdiscount (une filiale du groupe Casino) pour vendre des masques de protection aux professionnels (lire le communiqué). Plusieurs fois le site web a saturé le jour du lancement. Par ailleurs, la Chambre de Métiers et de l'Artisanat mobilise les courtières pour confectionner des masques barrières.

«Il faut que tout le monde fasse des efforts»


À présent que la fin du confinement est en ligne de mire, les entrepreneurs s'interrogent sur l'état d'esprit des consommateurs. Frénésie ou morosité ? Les différents appels pour favoriser les circuits courts peuvent être «une chance pour l'artisanat» analyse Yann Durand qui songent aux services de proximité.

Pour limiter une hausse des prix des biens et des services qui pourrait arriver avec la reprise, la Chambre de Métiers et de l'Artisanat  appelle le gouvernement à diminuer les cotisations sociales : «on ne peut pas demander aux artisans de baisser leur tarifs si l’État ne diminuent pas les ponctions qu'il effectue sur leur travail». Cependant, le directeur est bien conscient que «l’État va avoir une dette énorme à rembourser». Qui va payer ?

Alors que certains acteurs économiques anticipent une hausse de la TVA, bien que neutre d'un point de vue comptable, la solution n'a guère les faveurs des artisans car cela induit de présenter des devis plus élevés aux clients. «Si on demande aux entreprises de faire des efforts, il faut que tout le monde fasse des efforts» insiste le directeur qui rappelle que les artisans «sont des gens avec des ressources modestes».

Jean-Christophe Tardivon

Indicateurs

Demandes suivies par les experts de la CMA pour la semaine du 13 avril 2020 :
- 18,2 % sont liées à l’activité
- 11,9 % sont liées à l’emploi
- 59,7 % sont liées à la situation financière
- 10,1 % sont liées à d’autres domaines


Yann Durand est directeur départemental de la délégation Côte-d'Or de la Chambre de Métiers et de l'Artisanat de Région Bourgogne Franche-Comté (image d'archives)