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10/04/2020 03:15

ÉCONOMIE : Le président du MEDEF 21 craint un «cataclysme» dans le secteur de l'hôtellerie-restauration

Sans critiquer les dispositifs de relance mis en place, David Butet est inquiet en ce qui concerne la situation des entreprises dont l'activité est à l'arrêt comme c'est le cas dans l'hôtellerie-restauration, le tourisme, l'événementiel ou la communication. Face à cela, il fait des propositions d'urgence économique et de sortie de crise.
«Dans toute crise, il y a des gagnants et des perdants. Ce qui me fait peur, c'est qu'il va y avoir beaucoup de perdants» soupire David Butet alors que la France est entrée en récession le mercredi 7 avril 2020. La première inquiétude du président du MEDEF 21 concerne les effets sanitaires de l'épidémie de Covid-19. Mais il a aussi une deuxième inquiétude à propos des conséquences économiques liées à cette pandémie.

Globalement, sur l'ensemble des filières, le président du syndicat patronal a «une crainte énorme concernant le nombre de dépôts de bilan» qui vont se produire prochainement. S'il n'est pas en mesure d'en estimer le nombre à ce jour, il anticipe qu'ils vont être «très importants» car «il y a beaucoup d'entreprises qui passent à travers les trous de la raquette de tous les dispositifs qui présentés» par le gouvernement.

Pour les entreprises qui étaient déjà en difficulté du fait du mouvement social des «gilets jaunes» en 2018-2019 puis des grèves contre la réforme du système de retraite fin 2019, l'épidémie de coronavirus, «c'est le coup de grâce».

De ce fait, David Butet se dit «très perplexe quant au discours qui est affiché de dire qu'il n'y aura aucune entreprise laissée sur le bord de la route alors qu'on sait bien qu'il va y en avoir plein» ce qui aurait pour conséquence d'amener «beaucoup de monde au chômage».

La perspective de 30% de faillites dans la restauration


Même s'il est compliqué de faire cette évaluation, nul besoin d'être grand clerc pour constater que l'hôtellerie-restauration est un secteur sinistré avec «zéro chiffre d'affaire» arrivant après la période hivernale, traditionnellement calme. Les entreprises du secteur fonctionnent avec très peu de trésorerie.

D'un naturel optimiste habituellement, le président du MEDEF 21 s'attend cependant à un «cataclysme» avec 30% de dépôts de bilan dans le secteur de la restauration dans le département de la Côte-d'Or.

Échelonner les futurs paiements des charges reportées


Face à cette sinistre perspective, le syndicat patronal attend de l’État qu'il adapte son dispositif de soutien économique. Le MEDEF 21 salue des «mesures sans précédent» mise en place «rapidement» mais néanmoins «loin d'être à la hauteur de la situation pour beaucoup d'entreprises qui ne rentrent pas dans les cases». De nombreux dirigeants de très petites entreprises, souvent sous-traitants de sous-traitants, «font le dos rond» actuellement mais pourraient être «des victimes en dominos lors de la reprise de tous les dépôts de bilan».

Annoncer des «reports de charges» en globalité n'apparaît pas crédible puisque les charges incluent plus que les cotisations fiscales et sociales, les loyers, l'eau ou l'électricité. Dans l'industrie, par exemple, la maintenance des machines doit suivre son cours afin de permettre la reprise. Qui dit «report» dit décalage dans le temps du problème. Pour David Butet, si le paiement n'est pas a minima échelonné à la reprise, le dépôt de bilan se fera à ce moment-là.

Compenser l'activité partielle avant la fin du mois


Si les mesures ont effectivement été décidées rapidement, le MEDEF 21 s'inquiète de leur déclinaison opérationnelle auprès des entreprises. À ce jour, «les problématiques de déclaration de chômage partielle sur le site de la DIRECCTE, c'est une catastrophe» car il y aurait «plein d'entreprises qui n'arrivent pas à le faire». Si l'activité partielle n'est pas déclarée en mars, elle ne sera pas compensée en avril, ce qui provoquerait l'incapacité de payer les salaires d'avril conduisant donc à un dépôt de bilan.

Face à cela, le directeur de la DIRECCTE annonce que les problèmes se résolvent progressivement (retrouver le point de situation du 7 avril). Les entrepreneurs attendant la compensation par l’État de l'activité partielle pour le 25 avril au plus tard.

Considérer le prêt garanti par l'État comme des fonds propres


Concernant le prêt garanti par l'État (PGE), pour les entrepreneurs, cela reste un emprunt qui «alourdit encore la dette des entreprises». Une dette qu'il faudra bien rembourser ce qui nécessite d'avoir retrouver une exploitation satisfaisante. D'un côté, cela amène plusieurs entrepreneurs à ne pas solliciter ce prêt. De l'autre, les retours parvenant au MEDEF 21 indiquent que «le niveau d'appréciation des banques qui n'est pas identique d'un conseiller à un autre» alors que l'«on parle d'une question de jours pour que les entreprises survivent».

Sur ce point, le MEDEF 21 fait une proposition au gouvernement. Les entreprises qui seront sorties de la crise en mobilisant le PGE se retrouveront avec une notation dégradée de le ratio dette/fonds propres ainsi qu'avec un bilan 2020 en chute. Cela risque d'obérer leur développement et leur capacité d'investissement par la suite.

Le syndicat patronal demande donc que la somme mobilisée par ce prêt garanti à 90% par l’État ne soit pas considérée comptablement comme une dette mais comme des quasi fonds propres. «C'est comme si l’État rentrait au capital des entreprises» souligne David Butet. Cela passerait par une nouvelle disposition législative. Sinon, les chefs d'entreprise risquent d'avoir «un sac à dos tellement lourd à porter qu'ils vont se lever juste pour rembourser de la dette sans pouvoir emprunter».

Le MEDEF 21 demande aussi d'élargir le PGE à toutes les entreprises en difficulté, y compris à celles qui étaient déjà en difficulté avant la crise sanitaire.

Par ailleurs, pour les travailleurs indépendants, c'est «déjà très bien d'avoir mis en place un fonds de solidarité et de considérer les indépendants» mais 1.500 euros, «ce n'est pas non plus extraordinaire» indique David Butet qui souligne le complément apporté par la Région (lire notre article). Il demande que le dispositif soit prolongé pour tous les mois où il y a «zéro chiffre d'affaires».

La situation «va durer quelques mois»


Parmi les principaux secteurs sinistrés, il y a donc l'hôtellerie-restauration ainsi que le secteur du tourisme en général, l'événementiel et la communication. La reprise pourrait être particulièrement douloureuse pour les entreprises de la communication parce que cela risque de faire partie des budgets fortement réduits par les commanditaires habituels.

En ce qui concerne le bâtiment et les travaux publics, l'activité est là mais, pour des raisons de sécurité des employés, les chantiers sont arrêtés. Au-delà des guides sectoriels édités par le ministère du Travail, le MEDEF 21 demande «un guide pratique pour de la reprise d'activité» parce que la situation «va durer quelques mois» et que les entreprises auront à s'habituer à travailler avec des gestes barrière pour sécuriser leurs collaborateurs.

«Accompagner la réindustrialisation en Europe»


Le MEDEF 21 demande un plan de relance équivalent au plan Marshall proposé par les États-Unis à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Un plan qui mobiliserait tous les niveaux institutionnels : Europe, État, Région et territoires.

Cela afin que «toutes les activités qui ont le plus souffert aient un surcroît d'activité potentielle organisée par l'ensemble de la communauté» et afin d'accompagner la «réindustrialisation en Europe».

Des propositions non conventionnelles


À titre personnel, David Butet souhaite contribuer au débat sur la reprise et avance plusieurs propositions. Le chef d'entreprise appelle à «la prise en charge une partie de la perte d'exploitation» des structures à l'arrêt par les assurances dans un contexte où la trésorerie de ces dernières n'est pas altérée puisque les sinistres sont en baisse.

Par ailleurs, l'entrepreneur participe au think tank Ekwee travaillant à l'élaboration d'une monnaie virtuelle du même nom. Il est proposé de créer une monnaie unique souveraine, car «adossée à l'euro», pouvant servir à la réalisation d'un plan de relance. Cette Ekwee permettrait de distribuer un «revenu complémentaire» sans possibilité d'être thésaurisée. Ce serait, en quelque sorte, «un revenu universel fléché sur de la consommation» afin de relancer les entreprises qui ont le plus souffert avec un fléchage responsable, environnemental et local pour ne pas créer d'inflation.

Face à l'annonce de l'exécutif qu'il n'y aurait pas de hausse d'impôt à la suite de la crise, David Butet reste perplexe. Il s'attend plutôt à une hausse de la TVA.

La résilience des entreprises


«Une des entités les plus résiliente, c'est l'entreprise» qui va se recréer. Avant la crise, il était envisagé que 70% de métiers de 2030 n'existaient pas encore. Pour David Butet, «ça va sans doute accélérer cette cadence, notamment vis-à-vis des usages numériques». La question sera celle du rythme de création de nouvelles activités face au rythme des dépôts de bilan. «La résilience et la reconstruction existera» selon lui.

«On se rend compte du renouveau d'un esprit collectif sur beaucoup de sujets» : intelligence collective, transformation de l'outil de production pour produire des masques ou du gel hydroalcoolique... «L'enjeu majeur» au yeux du président du MEDEF 21, c'est de répondre à un «arrêt brutal» par un «redémarrage  brutal» afin d'apporter un renouveau car «ça ne sera plus jamais comme avant».

Jean-Christophe Tardivon