Recherche
> Côte d'Or > Côte d'Or
02/07/2020 19:56

ÉLECTIONS : Reporter les départementales et régionales, «c'est faire prendre un risque de grande turbulence» selon François Sauvadet

Depuis Saint-Julien, François Sauvadet a expliqué son opposition au report des élections locales prévues pour 2021. Le président du conseil départemental de la Côte-d'Or a défendu la place du Département entre la Région «qui joue les coucous» et la Métropole «qui se replie sur elle-même».
Certaines présidents de Région, dont Marie-Guite Dufay pour la Bourgogne-Franche-Comté, plaident pour un report des élections régionales à après 2022, le temps d'affronter la crise économique succédant à la crise sanitaire.

En marge d'un déplacement ce mercredi 1er juillet 2020 à Saint-Julien pour la signature d'un contrat Cap 100% Côte-d'Or avec la communauté de communes Norge et Tille, François Sauvadet (UDI) a répondu aux questions d'Infos Dijon sur le principe d'un tel report et sur le rôle du Département dans l'articulation des différents échelons de collectivités territoriales.

«Il y a la nécessité qu'il y ait un Département qui agisse en proximité»


Est-ce le retour en force des Départements aux yeux d'Emmanuel Macron ?

«Oui, je l'ai rencontré. Nous avons échangé longuement avec lui il y a une semaine. Nous avons évoqué les suites de la crise. On a bien vu l'importance des Départements entre les grandes Régions, qui ce sont éloignées et qui ont des missions de structuration de l'économie mais qui ne sont pas en situation de répondre en proximité aux difficultés des personnes, et les Métropoles dont on voit bien, en Côte-d'Or, que la Métropole se replie sur elle-même.»

«Il y a la nécessité qu'il y ait un Département qui agisse en proximité, qui puisse être aux côtés des élus locaux, on a vu pendant toute cette crise que l'on n'a pas fait de bruit, on n'a pas fait de communication mais l'on a agit concrètement parce qu'on est présent sur tout le département, dans les quartiers comme dans les villages. On est présent avec nos agents, nos centre routiers, nos agences Solidarité familles, nos services départementaux d'incendie et de secours, nos  collèges...»

«On est présent partout. Évidemment que c'est une force quand on est dans une situation de grande difficulté comme on a connu avec une crise inédite de pandémie à laquelle il fallait apporter des réponses en proximité, on a vu la chance que représentent les Départements. Tout le monde annonçait à grand renfort de publicité qu'on avait acheté des masques. Quand il s'est agi de distribuer les masques – ou même simplement de les recevoir – on a vu que le Département était en capacité. D'ailleurs, on a aidé les communes, on a aidé les assistants familiaux, on a aidé les EHPAD – même si c'était le rôle de l'ARS en priorité – on était présent partout, tout le temps. Dans les familles qui connaissaient des difficultés, on était à leurs côtés même pendant la pandémie. Je veux vraiment saluer tous nos agents. Ils ont fait preuve d'un engagement et d'une conception du service qui est à l'honneur du Département.»

«Emmanuel Macron a vécu la première crise des Gilets jaunes en redécouvrant les communes. Je crois qu'il a vécu la deuxième crise que l'on a vu dans les urnes, une crise aussi sanitaire, en voyant combien il avait besoin d'un relais parce que les maires, lorsqu'ils ont une difficulté, vers qui ils se tournent ? Ils ne se tournent pas vers la Métropole ou vers des Régions lointaines. Ils sont tournés vers nous, en permanence. Ce couple républicain, d'un côté commune et intercommunalité, de l'autre Département, il est est puissant, il est fort, il est actif. Il est au cœur de la République.»

«Il y a beaucoup de gens qui s'interrogent sur l'avenir, qui s'inquiètent. Nous sommes en capacité ensemble de faire émerger de nouveaux projets, de répondre aux aspirations de qualité de vie, à un équilibre de vie. Le département, c'est la terre d'équilibre, c'est l'espace d'équilibre. J'ai même dit au président de la République, 'c'est l'espace de vision que l'on doit avoir pour l'avenir d'un territoire'.»

«On restera présent en ville comme à la campagne»


Le Département retrouverait donc sa place dans un mille-feuille territorial critiqué ?

«Je récuse le mot 'mille-feuille territorial' ! Ça n'a pas de sens. Les Régions doivent revenir à leur mission première qui est celle de travailler sur les grandes stratégies, de travailler à la synergie entre les universités, de travailler sur les grands projets industriels, de travailler sur le soutien à l'agriculture sur les grandes filières. On voit bien qu'il y a encore beaucoup à faire en Bourgogne-Franche-Comté. Il faut que chacun joue son rôle.»

«On voit bien que la Métropole vit d'abord pour elle-même. La conception qu'en a François Rebsamen, c'est une vision de repli donc qui n'est pas ouverte sur le département. Il n'y a pas d'alliance territoriale. On restera présent en ville comme à la campagne.»

«La Région aujourd'hui joue les coucous sur l'opération J'veux du local»


N'est-ce pas un effet des compétences économiques partagées entre la Métropole et la Région ?

«Il n'y a pas des compétences économiques Métropole-Région. Il y a un environnement auquel nous contribuons. Lorsque l'on investit 100 millions d'euros comme nous le faisons, c'est un soutien direct à l'économie. 80 % des marchés publics de Côte-d'Or : nous sommes le premier investisseurs. Ils sont réalisés par des entreprises de Côte-d'Or. Quand on travaille à l'équilibre territorial, on travaille pour un nouvel équilibre de vie. Quand des salariés se cherchent un destin dans un territoire, on voit bien que le fait que d'avoir un environnement en termes d'écoles, de culture, de sports, ça lui permet de s'installer. Tout ça, c'est de l'économie.»

«La seule chose qu'on ne peut plus faire, c'est l'économie directe. La Région aujourd'hui joue les coucous sur l'opération J'veux du local en venant dire 'on lance une opération' mais l'opération, ce sont les Départements avec les chambres d'agriculture départementales qui l'ont conduite en proximité. Quand on aide les communes comme nous le faisons aujourd'hui avec Ludovic Rochette, Norge et Tille, on investit 1,2 millions d'euros pour quatre gros projets structurant d'écoles, de sport, de culture, on fait de l'économie ! Maintenant, on ne peut plus faire d'aides directes sauf pour l'agriculture. Chacun c'est rendu compte que ce n'était pas du tout la même chose entre la Nièvre et le Territoire-de-Belfort.»

«La fin du cycle électoral, ce sont les élections départementales et régionales»


La prochaine actualité des Départements, ce sont les élections. Il y a une hypothèse de report des élections départementales et régionales. Qu'en pensez-vous ?

«C'est dans huit mois ! Il va se passer plein de choses. Je vais rester au travail. Les élections, on verra ça plus tard.»

«J'entends ceux qui disent qu'il faudrait, dans la période de crise que l'on va traverser, avec les conséquences économiques et sociales, de ne pas se 'payer le luxe' d'avoir des élections locales entre temps, régionales qui sont au cœur de l'économie, départementales qui sont au cœur des solidarités territoriales et humaines.»

«C'est un argument que j'entends mais que je ne partage pas. Je pense au contraire que si on reportait les élections, ce que je ne souhaite pas, on se retrouverait avec des élections nationales – et l'incertitude qu'elles comportent – et, en même temps, des collectivités territoriales qui seraient en période électorale.»

«Aujourd'hui, les reporter, c'est faire prendre un risque de grande turbulence avec des élections nationales en même temps que des élections territoriales. (…) On peut considérer que la fin du cycle électoral, ce sont les élections départementales et régionales. (…) Il faut terminer ce cycle d'élections territoriales. On repart pour six ans sur des bases et, après, il y aura le débat national. Je suis contre un report de ces élections.»

Et si les départementales et régionales étaient découplées ?

«Je suis contre aussi. D'abord, je ne suis pas favorable au couplage des élections qui va poser beaucoup de problèmes mais ça je l'ai dit en son temps.»

Propos recueillis par Jean-Christophe Tardivon


François Sauvadet, président du conseil départemental de la Côte-d'Or, le 1er juillet 2020 à Saint-Julien