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03/04/2022 03:17

GUERRE EN UKRAINE : «Le drame, c’est que tout dépend d’un seul homme et on ne sait pas où on va», déplore Arnaud Danjean

Député européen du PPE possédant une solide expérience professionnelle ainsi qu’une connaissance avisée de la géopolitique, Arnaud Danjean a exposé les enjeux et conséquences de la guerre en Ukraine lors d’une réunion à Saint-Apollinaire le 24 mars. L’élu membre également des Républicains a aussi pointé des ratés d’Emmanuel Macron sur le plan international.
Arnaud Danjean est non seulement député européen depuis 2009 mais aussi ancien fonctionnaire civil affecté à la DGSE, notamment mobilisé durant le siège de Sarajevo au milieu des années 90.

Le 24 mars 2022, Rémi Delatte, député de la deuxième circonscription de la Côte-d’Or, avait invité «un expert en géopolitique» à venir exposer les enjeux et perspectives du conflit en Ukraine, un mois après le début de cette guerre le 24 février, «une date qui va nous faire basculer dans une nouvelle ère», a posé d’entrée Arnaud Danjean pour bien souligner la dimension ainsi que les conséquences du conflit, «bien au-delà de la guerre à Sarajevo, qui était circonscrite à la Yougoslavie».


«On ne sait pas ce qui se passe à Moscou»


Premier paramètre difficile à jauger selon Arnaud Danjean : «On ne sait pas ce qui se passe à Moscou». Le député européen «ne pense pas que Poutine soit fou. La façon dont il appréhende les paramètres n’est pas la même que la nôtre, et je ne pensais pas qu’il irait aussi loin. Le drame, c’est que tout dépend d’un seul homme et on ne sait pas où on va». Deuxième paramètre à l’avantage peut-on dire du pays attaqué : «Poutine s’est trompé sur l’Ukraine».

Cela dit, la menace russe est pesante. «L’étape nucléaire ne se justifie pas. L’attaque chimique, c’est autre chose…», n’a pas caché Arnaud Danjean, tout en balayant les idées lancées par Poutine : «Il n’y a pas de génocide russe dans le Donbass, c’est une fable».

«Il faut garder nos nerfs»


Comment sortir de cette guerre ? «Sachant qu’aucun pays ne va capituler». Arnaud Danjean s’est exprimé avec conviction sur une sortie du conflit par un compromis, en espérant que les Russes évaluent les gains marginaux dans cette guerre et se lassent en raison du coût que ce conflit engendrerait sur la durée. «À Kiev en plus, les Ukrainiens les attendent de pied ferme», a affirmé le député européen qui échange avec Vitali Klitschko, membre comme lui du parti populaire européen.

Ce ne sera pas une surprise, «les Russes gagneront quelque chose» et «le médiateur ne peut être l’Europe car elle est aujourd’hui trop impliquée». L’occasion aussi pour Arnaud Danjean de tacler le président de la République Emmanuel Macron sur ses appels à Vladimir Poutine : «Leur caractère public et répété met mal à l’aise. Si on voit que ça ne marche pas, on arrête. Ces appels n’apportent rien».

Faut-il alors un embargo total sur le gaz et le pétrole ? Un «dilemme se pose et le risque de voir d’autres pays comme la Chine, l’Inde ou même les Pays du Golfe prendre les marchés existe» selon Arnaud Danjean.

Quant à l’armement livré aux Ukrainiens, le député européen a également ajouté que les États-Unis «leur fournissent des renseignements précieux en temps réel». Mais fournir des avions qualifierait en revanche les pays européens et les USA de co-belligérants. «Il faut garder nos nerfs», a insisté Arnaud Danjean.

«Il faudra être agile pour savoir où sont nos intérêts»


Pour le député européen, comme évoqué, il y aura un avant et un après le conflit en Ukraine. «L’Est de l’Europe va être totalement paralysé tant que Poutine sera au Kremlin. Il y aura de l’incertitude, de la trouille, un degré de crispation inédit. Et attention à qui lui succèdera car je me souviens qu’après Milosevic on a eu en fait quelqu’un qui était aussi nationaliste que lui», a déploré Arnaud Danjean, en ajoutant tout de même qu’«il est important que la Russie perde la guerre», car un succès russe en Ukraine pourrait entraîner des tentations «de la Turquie sur Chypre, de l’Inde sur le Pakistan, de la Chine sur Taïwan, ces territoires à deux peuples. Si la Russie gagne la guerre, ça créera un dangereux précédent, mais je ne crois pas non plus qu’elle la perdra».

Arnaud Danjean voit à l’issue du conflit «une polarisation du monde pour le meilleur et pour le pire». En prévenant : «Dans un monde qui bouge, il faudra être agile pour savoir où sont nos intérêts». Plus largement, «on est en terre inconnue, c’est assez angoissant».

«Comme si le monde n’avait pas existé» avant Emmanuel Macron


À l’heure de conclure son intervention, le député européen, aussi membre des Républicains et soutien de Valérie Pécresse dans la campagne à l’élection présidentielle, n’a pas épargné Emmanuel Macron sur le plan international, en rappelant d’abord ses «couacs» concernant les sous-marins australiens ou le coup d’état au Mali, en notant également que «tout le monde parle à Poutine».
Et le député européen a lancé : «Les pays de l’Est ne croient pas en nous. Il y a une suspicion depuis que le chef de l’État a reçu tout seul Poutine au Fort de Brégançon pour parler de l’architecture de défense européenne. Et puis, je me souviens que notre président avait dit que l’Otan était en état de mort cérébrale».

Concernant les annonces sur le budget militaire de la France, Arnaud Danjean a jugé «insuffisants» les trois milliards d’euros annoncés par an. En glissant : «Je n’ai pas vu d’annonces fortes, à part chez Valérie».

D’après Arnaud Danjean, le conflit actuel va faire ressurgir le sentiment de défense des pays, «mais pas l’Europe de la défense». Le député européen a alors critiqué «une autosatisfaction permanente de la part du président de la République, comme si le monde n’avait pas existé avant lui. Sur l’agriculture, sur le nucléaire, «on s’est pris des leçons d’une arrogance inouïe».

La problématique du «personnage» Vladimir Poutine


Pour en revenir et terminer sur la Russie, Arnaud Danjean a encouragé à «être gaullien, à faire la différence entre la Russie et le personnage, entre la Russie et le régime soviétique», l’une des problématiques aujourd’hui est que «Poutine, c’est le régime soviétique».

En ouverture de la réunion du 24 mars, débuté par quelques mots d’accueil du maire de Saint-Apollinaire Jean-François Dodet, Rémi Delatte avait parlé de «peur du lendemain», en exprimant toute sa solidarité envers la population ukrainienne et son président.
Un contexte international qui pour le député de Côte-d’Or ne doit pas non plus totalement occulter «un rendez-vous important pour les Français qu’est l’élection présidentielle», le président du comité de soutien de Valérie Pécresse en Côte-d’Or qui a relevé notamment «une dette incontrôlée et un manque de compétitivité de nos entreprises».

Au premier rang dans la salle, on notait aussi les présences de Emmanuelle Coint, première vice-présidente du Conseil départemental de la Côte-d'Or, mais aussi de François-Xavier Dugourd et Valérie Grandet, candidats LR déclarés aux élections législatives, et Marie-Claire Bonnet-Vallet. Coordinateur du comité de soutien de Valérie Pécresse en Côte-d’Or, Laurent Bourguignat était retenu au conseil métropolitain.

Alix Berthier
Photos : Alix Berthier

Valérie Pécresse, «candidate de la raison», selon Arnaud Danjean









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