
C’est lors de l’assemblée générale de la mission locale qu’Hamid El Hassouni s’est confié à Infos-Dijon sur les enjeux majeurs qui traversent aujourd’hui l’action en faveur des 16-25 ans.
À l’heure où les jeunes rencontrent des difficultés toujours plus complexes pour s’insérer dans le monde professionnel et trouver leur place dans la société, les missions locales jouent un rôle essentiel. Au coeur de ce dispositif, Hamid El Hassouni, président de la Mission locale de Dijon et de son agglomération, dresse un bilan lucide de l’année écoulée. C’est à l’occasion de l’Assemblée générale de la structure qui avait lieu au cinéma Pathé de Dijon, en présence notamment de Nadjoua Belhadef, adjointe à la maire de Dijon, qu’il revient sur les enjeux majeurs qui traversent aujourd’hui l’action en faveur des 16-25 ans. Entre engagement des équipes, fragilisation du public accueilli, et incertitudes financières, il alerte sur les moyens nécessaires pour poursuivre cette mission fondamentale, tout en réaffirmant la place centrale de la mission locale dans le paysage local : un acteur de terrain, à l’écoute, et résolument tourné vers l’avenir.
Hamid El Hassouni
Président de la Mission locale de Dijon
Pouvez-vous nous dresser un bilan de l’année écoulée pour la Mission locale ?
« Le bilan reflète un peu l’état général de notre société. Nous avons des professionnels très investis qui œuvrent pour l’intégration des jeunes de 16 à 25 ans, souvent dans des conditions extrêmement difficiles. Notre priorité est toujours de trouver une solution pour chacun des jeunes qui pousse la porte de la Mission locale.
Mais il y a tout de même des inquiétudes, notamment sur le plan financier. Depuis deux ans, l’État diminue sa contribution, ce qui impacte directement le modèle économique de notre structure. On essaie d’être inventifs, de chercher d’autres pistes pour continuer notre mission, mais il faut vraiment que nos partenaires financiers fassent un effort. Il y a urgence.
Cela n’empêche pas de saluer le travail formidable de nos collaborateurs, malgré le contexte. La Mission locale joue un rôle central, voire vital, pour la jeunesse de la métropole mais aussi à l’échelle de l’arrondissement de Dijon. Nous sommes devenus un acteur incontournable de l’intégration, à travers tous les aspects périphériques de la vie d’un jeune. »
Justement, qu’en est-il du soutien des collectivités ?
« Nous avons commencé un travail avec Anthony Bonnevie (Directeur Mission Locale Dijon) pour mobiliser les communautés de communes, la Région, mais aussi le Département. C’est important de le dire : la Côte-d’Or fait partie des rares départements en France à ne pas subventionner les budgets de fonctionnement de la Mission locale. C’est incompréhensible vu le contexte. Nous avons besoin de tous les soutiens pour continuer à œuvrer pour le bien-être des jeunes. »
Quelles sont aujourd’hui les principales difficultés que rencontrent les jeunes ?
« Le Covid a laissé des traces profondes. Il a fragilisé une partie de la jeunesse, qui se montre de plus en plus pessimiste sur son avenir. Beaucoup pensent qu’ils vivront moins bien que leurs parents ou leurs grands-parents.
Malgré une reprise affichée de l’emploi, la réalité est plus complexe. Les jeunes ont du mal à trouver un emploi stable. Ils sont à cheval entre un monde ancien et un monde nouveau, et peinent à trouver leurs repères.
Et ce qui nous alerte particulièrement, ce sont les souffrances psychiques. On constate une vraie détresse chez une partie de la jeunesse. Heureusement, grâce à la présence d’un psychologue, nous pouvons leur offrir une oreille attentive. Mais globalement, c’est une jeunesse qui doute, qui peine à se projeter.
Notre rôle, c’est de les accompagner, de leur montrer qu’ils ont un potentiel réel, et de les aider à le révéler pour qu’ils puissent avancer. »
Comment interprétez-vous l’augmentation de 10 % des jeunes accueillis ?
« Il y a deux lectures possibles. La lecture pessimiste, c’est que le système scolaire n’est plus en mesure de répondre aux attentes de certains jeunes. Mais on peut aussi avoir une lecture plus optimiste : la Mission locale est aujourd’hui mieux identifiée, mieux perçue.
On est loin de l’image qu’elle avait il y a 10 ou 15 ans, où elle était vue comme un lieu réservé aux jeunes en très grande difficulté. Aujourd’hui, on accueille aussi des jeunes diplômés (Bac, Bac+2, Bac+3…) ce qui montre qu’on a une vraie place dans le paysage dijonnais. Et c’est plutôt encourageant. »
Quels sont les objectifs pour les années à venir ?
« Continuer à faire ce que l’on sait faire. On propose un accompagnement global, sur toutes les problématiques de la vie d’un jeune : l’emploi, le logement, la santé, l’insertion sociale…
Nous devons rester ce pivot, ce repère, qui aide les jeunes à voler de leurs propres ailes. C’est dans notre ADN. Notre slogan, c’est : « Venez comme vous êtes ». Et on continuera de l’incarner. »
Manon Bollery


