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25/12/2020 06:53

POLITIQUE : «Les Nouveaux Démocrates penchent vers les citoyens» assure Sylvain Nocquard

Le parti des Nouveaux Démocrates a été créé le 16 décembre. Sylvain Nocquard en est le référent départemental pour la Côte-d'Or et le référent national sur la thématique de l'écologie. Pour Infos Dijon, il expose son parcours et évoque l'objectif de rassemblement des forces de gauche.

Les Nouveaux Démocrates, le nom fleure bon la France de Giscard. Pourtant, les fondateurs de ce nouveau parti avaient commencé par se réunir autour d'un mot d'ordre issu des années 2010 : #NousDemain. Lancé le 16 décembre 2020, le mouvement est présidé par les députés Aurélien Taché et Émilie Cariou.

Élus en 2017 avec l'étiquette de La République En Marche, les deux députés n'ont pas trouvé l'espace auquel ils aspiraient au sein de la macronie et ont donc construit ce mouvement se revendiquant de centre-gauche, regardant plus vers la social-démocratie que vers la démocratie chrétienne. «Nous nous situons résolument dans le champ de la gauche humaniste, des démocrates convaincus effrayés chaque jour davantage devant les coups de boutoir d’une dérive autoritaire qui ne fera que le jeu des extrêmes, pour l’égalité, la justice sociale et les solidarités» déclarent les deux coprésidents.

Autour d'eux, on retrouve des anciens de l'éphémère groupe parlementaire Écologie Démocratie Solidarité, créé en mai dernier et dissous au mois d'octobre. Il s'agit de Delphine Bagarry, Guillaume Chiche, Paula Forteza, Albane Gaillot et Hubert Julien-Laferrière. À noter que Delphine Batho, présidente de Génération Écologie, n'en fait pas partie. LND annonce 600 adhérents dans toute la France.
Le nouveau parti vise au rassemblement de la gauche en passant par l'écologie politique et une partie des troupes anticapitalistes. On constate que, plus l'élection présidentielle de 2022 approche, plus on compte de mouvements voulant rassembler.

Une ex-socialiste et un ex-Modem


Localement, la référente régionale pour la Bourgogne-Franche-Comté est Nisrine Zaïbi, élue conseillère régionale en 2015 aux côtés de Marie-Guite Dufay avec l'étiquette du Parti Socialiste. Dans la Côte-d'Or, le référent départemental est Sylvain Nocquard qui, lui, est passé par le Modem. Un référent qui est le seul adhérent côte-d'orien mais il faut bien un début. De plus, le nouveau militant est le référent national sur la thématique de l'écologie. Ce mardi 22 décembre 2020, Sylvain Nocquard apporte son éclairage sur la création des Nouveaux Démocrates.

Originaire de Montbard, Sylvain Nocquard a 33 ans et suit actuellement en alternance un master de Management de la transition écologique et solidaire porté par la Green management school dont la formation est dirigé par Audrey Pulvar. Les cours se déroulent en distanciel et l'étudiant est rattaché au campus de Paris. Durant cette formation, Sylvain Nocquard travaille pour une agence de communication dijonnaise en se spécialisant sur le community management des médias sociaux ainsi que sur la responsabilité sociétale des entreprises.

De précédentes études ont conduit Sylvain Nocquard à passer un BTS en informatique de gestion au lycée Saint-Bénigne et une licence en communication à l'IUT de Dijon, en l'alternance avec une association culturelle.

Un récent temps fort de son parcours professionnel a rejoint son engagement citoyen : durant trois ans au sein du média Acropolis, Sylvain Nocquard a contribué à vulgariser la politique auprès de jeunes internautes. Ce média vidéo innovant a été fondé par Jean Massiet qui intervient aussi sur Public Sénat. Sylvain Nocquard commentait notamment les questions au gouvernement comme un jeu vidéo en direct : «ça permet de prendre conscience qu'on n'est pas seul dans le monde et c'est assez important». Malgré la place donnée au champ du numérique dans son parcours, Sylvain Nocquard refuse d'être considéré comme un geek. Il préfère se voir comme un «enfant du numérique».

Militant Modem de 2013 à 2015


Politiquement, Sylvain Nocquard s'est engagé au Modem en 2007, l'année de sa création. «J'ai été séduit par le discours de Bayrou refusant de polariser la vie politique» explique-t-il. Auparavant président de l'UDF, parti d'inspiration démocrate chrétienne, François Bayrou avait fondé le Modem après la présidentielle de 2007 ayant conduit à l'élection de Nicolas Sarkozy.

Ne se résignant pas à devoir choisir entre François Hollande et Nicolas Sarkozy, Sylvain Nocquard s'implique au sein du Modem en 2013 et milite activement : «j'ai envie d'être utile et d'être actif dans la vie publique, ça me semblait être un bon moyen de soutenir des idées qui me semblaient cohérentes».

En 2014, Sylvain Nocquard devient président des jeunes démocrates de Côte-d'Or, succédant à Stéphane Daloz. Aux élections départementales sur le canton de Dijon 5, il est le suppléant de Marien Lovichi qui fait 6% face à Colette Popard (PS, élue) et Franck Ayache (UDI). Aujourd'hui, Marien Lovichi est conseiller municipal dijonnais au sein de la majorité de François Resbamen (PS).

En mai 2015, se tient à Dijon le Printemps des démocrates, c'est-à-dire le congrès national des jeunes démocrates, réunissant une soixantaine de personnes venues de toute la France. L'absence de soutien de l'échelon national provoquera une fissure avec le parti : «les aînés du parti n'ont pas été très mobilisés» indique-t-il avec euphémisme, ressentant alors le poids d'une «technostructure». Sylvain Nocquard considère depuis que «le Modem n'a de démocratie que le nom, surtout en interne».

Après les élections régionales de décembre 2015, le jeune militant quitte le Modem pour «passer à autre chose». Là, il tente un contact avec les Verts. Si des liens semblent se créer avec les élus dijonnais d'Europe Écologie Les Verts, le soutien de Yannick Jadot à Benoît Hamon pour la présidentielle de 2017 dissuade le centriste de prolonger les échanges.

Toujours en 2015, Sylvain Nocquard contribue au collectif dijonnais Pas en campagne. Initié après les élections municipales de 2014, le collectif cherche à rapprocher des personnes proches idéologiquement bien qu'étant dans des partis différents. Le militant du Modem apprécie le climat de «débat public permanent». Aujourd'hui, Pas en campagne existe toujours ; le confinement a conduit à un fonctionnement très numérique avec des visioconférences qui abordent des thématiques plus larges que le contexte dijonnais.

«Il y a plusieurs façons de s'engager»


Son travail chez Acropolis sera le prolongement de son militantisme. «Il y a plusieurs façons de s'engager» assure Sylvain Nocquard. Acropolis représente alors «une forme d'engagement assez similaire : se battre pour la démocratie, pour que tout le monde se sentent concerné, que tout le monde ait les clés pour avoir une lecture de la vie publique». Les rencontres avec les élus participent également de sa construction politique.

Arrive la présidentielle de 2017. Alors qu'émerge un candidat se positionnant à gauche et à droite, un candidat soutenu par François Bayrou, Sylvain Nocquard ne le suit pas : «Macron ? J'avais le profil idéal pour suivre Macron. Dès le début, je ne l'ai pas senti, il y avait quelque chose qui ne me ressemblait pas».

«Acropolis m'a éveillé au clivage gauche-droite et que Macron pensait pouvoir faire disparaître et qui revient encore plus clairement» analyse aujourd'hui le centriste qui reconnaît néanmoins que «le candidat Macron était intéressant en termes de démarche, en termes de communication».

«Un nouveau mouvement qui se lève, de nouvelles idées, de nouvelles énergies»


Tournant la page Acropolis, Sylvain Nocquard quitte Paris et revient à Dijon courant 2020. Il suit l'ébauche de #NousDemain, irrigué par «des personnalités inspirantes» comme Noam Leandri, président de l'Observatoire des inégalités, ou comme Latifa Chay, auteure du livre «Sois une femme ma fille». La rencontre avec Nisrine Zaïbi sera décisive : elle lui propose de gérer le mouvement en Côte-d'Or, il saisit l'opportunité.

Parallèlement, proposant des contenus sur l'écologie, le nouveau militant devient référent national sur cette thématique dans une acception de «l'écologie au sens le plus large possible» : «ma mission est d'organiser les groupes de travail qui vont approfondir la ligne défendue par les Nouveaux Démocrates»

«Un nouveau mouvement qui se lève, de nouvelles idées, de nouvelles énergies», cela passionne le centriste. Alors que les fondateurs sont souvent taxés de «macronistes de gauche» en rupture de ban avec Emmanuel Macron, Sylvain Nocquard souligne qu'il n'a pas adhéré à La République En Marche, pas plus que Nisrine Zaïbi : «les députés [fondateurs] ont toujours été gauche, ils ont cru qu'avec Macron, il pouvait y avoir un espace pour porter une transformation. Ils ont vu que ça ne marchait pas et que Macron allait vers la droite. Ils en sont revenus parce qu'ils ont compris que ce n'était pas possible de pouvoir agir».

«Les Nouveaux Démocrates, c'est un mouvement de gauche»


Interrogé sur l'acception un rien datée du nom du parti, Sylvain Nocquard assure que l'important  est «le mot démocrate» : «quand on voit les mouvements de jeunesse dans la rue pour le climat, les gilets jaunes, une réappropriation du champ du débat public, on peut parler de nouvelle méthodes de faire, de nouvelles approches du débat public, (…) ça ne peut pas passer sans la démocratie, on l'a vu sur la taxe carbone». «Les Nouveaux Démocrates penchent vers les citoyens» assure Sylvain Nocquard qui ajoute que «les Nouveaux Démocrates, c'est un mouvement de gauche, c'est plutôt la social-démocratie».

Localement, à Dijon notamment, «les Nouveaux Démocrates se situent entre l'opposition verte et la majorité socialiste». La nuance est subtile puisque cela correspond justement à l'espace du groupe municipal participant à la majorité conduit par l'élu du Modem François Deseille et rassemblant des écologistes de l'UDE et des ex-Marcheurs soutenant à présent le socialiste François Rebsamen. «L'objectif est de travailler avec tous les acteurs de gauche» insiste Sylvain Nocquard.

A contrario, le Nouveau Démocrate ne se reconnaît pas dans une autre démarche portée au centre durant les municipales, celle de Sylvain Comparot (tête de liste de Dijon l'avenir ensemble) : «il avait des idées de droite, on ne s'accapare pas la parole des citoyens ; il y a des gens qui y ont cru, qui ont été très déçus, notamment de son soutien à Emmanuel Bichot [NDLR : élu des Républicains, tête de liste Agir pour Dijon]». Sylvain Nocquard voit là «l'exemple inverse de Pas en campagne».

Toujours concernant le spectre politique local, le Nouveau Démocrate se situe «dans une opposition claire à la majorité actuelle au Département» conduite par François Sauvadet (UDI). Celui-ci aurait «une vision très conservatrice du Département qui est très endormi mais qui mériterait tellement plus». En revanche, Sylvain Nocquard se dit «pleinement en ligne avec l'action régionale» menée par Marie-Guite Dufay (PS) même si «sur la thématique sur la transition écologique, ma vision des choses, c'est que l'on a fera jamais assez».

Alors que le parti vient d'être fondé, le référent départemental se refuse à aborder toute perspective électorale : «on est en train de construire le projet, aujourd'hui, ce n'est pas d'actualité». «Si on construit un projet et que, en rencontrant les autres forces politiques de gauche, ça a un sens de participer aux élections, on verra à ce moment-là» glisse-t-il néanmoins.

«L'élection ce n'est pas un but, c'est un moyen de porter un projet» analyse Sylvain Nocquard qui ajoute : «on veut débattre pour construire un projet et on suivra la personne qui est le mieux à même de le porter». De ce fait, «une lettre a été envoyé aux responsable des partis politiques de gauche», c'est à dire Olivier Faure (PS), Julien Bayou (EELV), Jean-Luc Mélenchon (LFI), Guillaume Lacroix (PRG), Jean-Christophe Cambadélis (Nouvelle Société), Laurent Joffrin (Les Engagés), Delphine Batho (Génération Écologie), Claire Monod (Génération.s) et Corinne Lepage (Cap 21).

«Ne pas perdre du temps» avec le nucléaire et le bio


La thématique de l'écologie est abordée selon trois angles par le nouveau référent LND : comment lutter contre le réchauffement, comment s'adapter alors que les conséquences des émissions actuelles se dérouleront dans 50 ans, comment rendre acceptables les mesures par les citoyens (ce qui implique de donner une place au citoyen dans les décisions qui le concerne). «La convention citoyenne pour le climat est un formidable exemple d'expérimentation qu'il faut mener» s'enthousiasme le Nouveau Démocrate qui envisage une déclinaison régionale de la dite convention.

Le référent ne veut pas «perdre du temps et des efforts sur des débats qui n'en sont pas» et donne deux exemples avec le nucléaire et le bio. Deux sujets qui vont permettre d'envisager les convergences ou les divergences avec les différents mouvements de l'écologie politique.

«La question de l'énergie en France est moins prioritaire que la biodiversité : à court terme, le nucléaire est plutôt une solution qu'un problème, à l'échelle mondiale c'est autre chose. C'est plutôt une chance de l'avoir aujourd'hui que d'avoir des centrales à charbon» estime Sylvain Nocquard.

«Comment on fait pour avoir une agriculture qui permette aux agriculteurs de vivre ? Le bio, c'est très bien. Mais comment on fait pour produire localement ? Mais comment on fait pour ne pas avoir des monocultures qui tuent la biodiversité ? Si c'est pour avoir des monocultures de produits bio, c'est aussi dévastateur sur la biodiversité que de grands champs de monoculture. Il faut repenser l'agriculture dans son ensemble» martèle Sylvain Nocquard.

«On ne peut pas avoir de modèle viable tant que le libre-échange international permet la spéculation sur l'ensemble des ressources» assure le Nouveau Démocrate qui se dit «contre le libre-échange absolu et dérégulé, oui pour les échanges internationaux avec du sens et de l'intelligence collective». En réponse, Sylvain Nocquard considère qu'«il faut diffuser l'information, il faut diffuser le savoir scientifique» avec l'objectif d'atteindre «un mode de vie avec le moins d'impact possible sur l'environnement».

Jean-Christophe Tardivon


Membre des Nouveaux Démocrates, Sylvain Nocquard est référent pour la Côte-d'Or et référent national sur l'écologie