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04/01/2021 06:53

POLITIQUE : Territoires de Progrès entend «réconcilier les classes populaires et moyennes avec l'idée de gauche et de progrès» indique Pierre Bruynooghe

Ex-socialistes et ministres, Jean-Yves Le Drian et Olivier Dussopt ont lancé en 2020 le parti Territoires de Progrès pour renforcer l'aile gauche de la majorité autour d'Emmanuel Macron. Étudiant en droit à Dijon, Pierre Bruynooghe a été nommé délégué départemental en Côte-d'Or. Pour Infos Dijon, il présente son parcours, du PS à Territoires de Progrès en passant par les Jeunes avec Macron.

En février 2020, d'anciens socialistes lancent officiellement Territoires de Progrès. Parmi eux, Jean-Yves Le Drian (actuel ministre des Affaires étrangères) et Olivier Dussopt (alors secrétaire d’État, il deviendra en juillet ministre des Comptes publics, nouvelle appellation pour le ministre du Budget). Le délégué général est l'ancien député Gilles Savary.

Se revendiquant de la «gauche républicaine», le parti soutient l'action d'Emmanuel Macron en considérant qu'elle s'inscrit dans la «continuité» des réformes de François Hollande tout en se déclarant «indépendant» de La République En Marche. «Nous voulons incarner une social-démocratie adaptée à notre époque, au sein de la majorité présidentielle et loin des radicalités populistes» déclarent les fondateurs (lire le manifeste).

Étudiant en droit et délégué départemental de Territoires de Progrès

Originaire de Dijon, Pierre Bruynooghe est un étudiant en droit de 24 ans. Le jeudi 31 décembre 2020, il présente son parcours pour Infos Dijon. Pierre Bruynooghe s'intéresse au droit du travail, de la protection sociale et de la santé. Passé par Paris II Panthéon-Assas et Paris-Saclay, il a travaillé sur le système hospitalier, la responsabilité médicale et la procréation médicalement assisté avant de se spécialiser en droit des biotechnologies.

«J'ai choisi Assas parce que c'était une très bonne fac juridique avec des professeurs très compétent» indique Pierre Bruynooghe à propos de son cursus au sein d'une université considérée comme droitière. «La ligne politique a énormément changé : aujourd'hui, il y a une ligne politique qui est plus centriste, plus écologistes aussi, la gauche gagne les élections étudiantes, ce n'est plus la réputation d'Assas dans les années 90 même si les professeurs sont plutôt conservateurs» analyse l'étudiant.

Dans ce contexte, Pierre Bruynooghe a cocréé l'association étudiante Rose Libre, qu'il préside, en vue d'«incarner une offre étudiante entre le PS et La République En Marche» et «faire de la gauche un acteur constructif de la majorité présidentielle, critique parfois mais constructif». Avec d'autres associations, il a notamment organisé dans cet université une journée de sensibilisation aux droits des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, trans, queers, intersexes et asexuelles.

L'association est toujours active et anime des cycles de conférences en distanciel en invitant «de grandes personnalités de centre-gauche». Actuellement, Pierre Bruynooghe termine ses études à l'Institut d’Études Judiciaires de Dijon et ambitionne de devenir avocat dans la capitale régionale en se spécialisant en droit social.

Un des premiers Jeunes avec Macron


Dès les tout débuts des Jeunes avec Macron, en 2015, Pierre Bruynooghe rencontre Pierre Person et Sacha Houlié et s'engage dans «les dix ou vingt premiers» du nouveau mouvement. «C'est eux qui m'ont vraiment poussé en politique et à qui je dois, en partie, mon héritage situé à gauche» signale-t-il, ajoutant : «je m'intéressais à Emmanuel Macron dès sa nomination à Bercy». Emmanuel Macron étant devenu ministre de l'Économie, de l'Industrie et du Numérique en août 2014 durant le quinquennat du socialiste François Hollande.

Le jeune homme participe alors aux travaux de la Gauche Libre, un laboratoire d'idées destiné à peser dans les débats de la présidentielle, puis travaille durant l'été 2016 au sein du secrétariat général de La République En Marche. «Ça ne m'a pas plu parce qu'il y avait une verticalité – qui a fait son succès quand il fallait mobiliser des troupes pendant la campagne de 2017 – mais je trouvais qu'il y avait toujours le même profil (Sciences Po, HEC...), je trouvais que cela manquait de diversité d'opinions dans les instances dirigeantes» se souvient-il.

Le PS pour espérer «participer à une ligne constructive de gauche gouvernementale»


Pierre Bruynooghe rejoint alors le Parti Socialiste en tant que conseiller fédéral à Paris pour «participer à une ligne constructive de gauche gouvernementale autour d'Emmanuel Macron». L'expérience le déçoit : «j'ai vu que c'était le règne de la non-pensée : aucun fond idéologique, une dérive assez inquiétante, à l'époque, sur le communautarisme, sur la décroissance, une alliance sans programme avec les Verts».

Sans adhérer à LREM, le jeune militant participe à la campagne d'Emmanuel Macron pour la présidentielle : «je trouvais que c'était un projet extrêmement progressiste et qu'il fallait aligner d'autres forces que la gauche social-démocrate et, pourquoi pas, une alliance de circonstance avec le centre-droit». Il travaille notamment à la préparation de la Grande Marche fin 2016 mais est rapidement accaparé par ses examens en 2017.

Après 2017, en parallèle de ses études, Pierre Bruynooghe devient collaborateur parlementaire de la députée du Val-de-Marne Albane Gaillot (élue LREM en 2017, rejoignant Écologie Démocratie Solidarité en mai 2020 puis les non-inscrits en octobre 2020). Il planche sur le projet de loi Ma Santé 2022 porté par la ministre Agnès Buzyn. «Albane Gaillot fait beaucoup pour les droits des femmes, l'égalité femmes-hommes donc ça correspondait vraiment avec ma ligne politique» explique l'ancien collaborateur parlementaire.

La ligne d'Olivier Faure entraîne la rupture de Pierre Bruynooghe avec le PS


Le soutien du PS à la candidate de La France Insoumise contre l'ancien premier ministre socialiste Manuel Valls lors des législatives de 2017 dans l'Essonne  avait déjà enfoncé un coin entre la direction et le conseiller fédéral. La ligne d'Olivier Faure, premier secrétaire depuis 2018, achève de l'éloigner : «je trouvais que le PS et ses alliés s'adressaient à une certaine gauche plutôt urbaine, assez bourgeoise».

Le militant quitte le PS en 2019 pour rejoindre Territoires de Progrès début 2020 : «c'est un espace qu'il fallait prendre pour infléchir l'action du gouvernement un peu plus à gauche, même si c'est une majorité progressiste, je pense que la droite a pris un peu trop de poids alors qu'il ne faut pas oublier qu'Emmanuel Macron vient de la gauche et que ses premiers soutiens – je parle des Jeunes avec Macron – et sa première garde rapprochée venaient du PS» déclare le nouvel adhérent.

«Porter nos idées dans la ruralité et dans la France périphérique»


Fin 2020, Pierre Bruynooghe est désigné délégué départemental pour la Côte-d'Or par le comité exécutif de Territoires de Progrès. Le département compte une quinzaine d'adhérents «extrêmement actifs, avec une expertise certaine sur certains sujets notamment tout ce qui est santé, science aussi». Ces adhérents du jeune parti sont principalement Dijonnais mais le délégué départemental entend développer des actions en dehors de la métropole : «il est nécessaire de porter nos idées dans la ruralité et dans la France périphérique».

Nationalement, le nouveau parti revendique l'adhésion de dix ministres et d'une cinquantaine de parlementaires dont les députés du Doubs Éric Alauzet, Frédéric Barbier et Denis Sommer ainsi que le député de la Saône-et-Loire Rémy Rebeyrotte.

Régionalement, les codélégués de Territoires de Progrès pour la Bourgogne-Franche-Comté sont Muriel Verges-Caullet et Christophe Chamoux. Élue en 2015 conseillère régionale avec l'étiquette du PS, Muriel Verges-Caullet participe toujours à la majorité de Marie-Guite Dufay. Haut-fonctionnaire au sein du ministère des Armées, Christophe Chamoux a été conseiller municipal PS à Sauvian (Hérault). Parmi les autres personnalités de Bourgogne-Franche-Comté ayant adhéré au nouveau parti, on peut également citer Jean-Louis Fousseret, ancien maire de Besançon et actuel délégué départemental du Doubs.

Concernant les élus locaux, Territoires de Progrès apporte «un soutien total» à l'action du socialiste François Rebsamen en tant que maire de Dijon, ce qui s'était notamment manifesté dans un communiqué au sortir du deuxième confinement (lire le communiqué). Autre socialiste bien vue par le nouveau parti, Marie-Guite Dufay qui, en tant que présidente du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, «a très bien géré la crise du Covid, notamment sur le plan des masques, (…) notamment sur le soutien aux entreprises» signale Pierre Bruynooghe. En revanche, le président du conseil départemental de la Côte-d'Or François Sauvadet, «ce n'est pas un UDI, c'est un Républicain de droite assez forte» selon le délégué de Territoires de Progrès.

«Les grandes personnalités locales doivent prendre leurs responsabilités»


«C'est sûr», il y aura des candidats Territoires de Progrès aux prochaines échéances électorales mais il n'y aura sans doute pas de liste autonome explique le délégué départemental. Des coalitions pourraient donc se former avec des Modem, «des PS constructifs» ou des candidats divers gauche qui soutiennent la majorité présidentielle. Rappelons que la date des élections départementales et régionales n'est cependant pas encore officiellement fixée.

Concernant les régionales, Pierre Bruynooghe attire l'attention sur la Bourgogne-Franche-Comté : «Julien Odoul [RN] et Gilles Platret [LR], c'est blanc-bonnet, bonnet-blanc, c'est l'extrême-droite et la droite totale. Je pense qu'il y a une très grande nécessité que l'on discute tous ensemble de la droite humaniste à la gauche républicaine et laïque et, pourquoi pas, la gauche forte».

Plutôt que de parler de front républicain, Pierre Bruynooghe envisage un «front populaire» pour les régionales : «il faut que Marie-Guite Dufay, [François] Patriat, [Didier] Paris, [François] Rebsamen et d'autres discutent ensemble parce qu'on ne peut pas arriver aux régionales divisés avec trois-quatre listes, les écologistes, le PS, la Maison commune, les communistes, etc. pour arriver à des listes de 5-10% pendant que [Julien] Odoul fera 30% au premier tour et que [Gilles] Platret ne sera pas loin». «Je pense que les grandes personnalités locales doivent prendre leurs responsabilités avant de penser aux présidentielles» insiste le militant car «il y a de très grandes chances que le Rassemblement National gagne la Région».

«Il y a une question sur les classes populaires et moyennes à traiter parce que ce sont des gens qui sont d'accord sur rien mais qui ont le point commun d'être assez isolés par rapport aux gagnants de la mondialisation. Il faut se préoccuper de leur sort, notamment en ruralité. Avant de mettre en place la 5G, il faut penser à la fibre, aux transports. On ne peut pas leur dire : 'il faut mener des actions écologiques, faut changer votre véhicule, faut changer votre fioul, etc.' alors que leur seule préoccupation, c'est les fins de mois» analyse Pierre Bruynooghe. D'où cet appel à une convergence entre «modérés, démocrates et progressistes».

«On n'est pas une succursale de La République En Marche»


«Je pense qu'il faut réconcilier les classes moyennes et populaires qui se trouvent en partie dans les territoires ruraux et périurbains avec l'idée de progrès et avec la gauche» déclare Pierre Bruynooghe pour expliquer le choix du nom Territoires de Progrès. Il y aurait donc les métropoles et les «territoires». Le mot «territoire» a priori neutre dans son acception géographique tend à devenir dans la phraséologie politique un synonyme de «ruralité» avec une acceptation à peine élargie afin d'englober les habitants des zones périurbaines qui ne se sentent pas campagnards.

Selon Pierre Bruynooghe, les métropoles concentreraient le «vote modéré» des «gagnants de la mondialisation» tandis que les zones périurbaines et rurales verraient poindre le «vote contestataire» des «perdants de la mondialisation» comme «les indépendants, les agriculteurs, les petits commerçants». Une lecture qui plaque certaines problématiques typiquement américaines sur les spécificités françaises pour tenter de comprendre l'émergence du Rassemblement National dans les campagnes.

«Nous pensons que la coalition actuelle est progressiste» lance le délégué départemental pour expliquer le soutien de Territoires de Progrès à l'action du président de la République, «elle a mené des mesures nécessaires, notamment la baisse de la fiscalité, la défiscalisation des heures supplémentaires, la baisse de l’impôt sur le revenu pour 17,3 millions de foyers fiscaux, la baisse des cotisations sociales donc une revalorisation du travail et une justice sociale». Dédoublement des classes de CP et CE1 dans les zones d'éducation prioritaire et pluralité des formations accessibles via Parcoursup font partie des bons points attribués par Pierre Bruynooghe aux gouvernements depuis 2017.

«On n'est pas une succursale de La République En Marche. C'est une majorité qui a un bon bilan mais il faut faire plus» tempère néanmoins le délégué départemental. «On préfère être dans la majorité présidentielle et apporter des mesures de gauche plutôt que d'être dans l'opposition constante» martèle l'ex-PS en référence à Olivier Faure.

Une prochaine tournée des maires ruraux


«L'électorat de gauche, dans la population française, c'est 20%. Aujourd'hui, la réalité, c'est que l'électorat que l'on identifie à gauche, c'est un électorat en partie de gauche urbaine assez bourgeoise qui a des intentions nobles mais qui ne fait plus que du sociétal, ce qui est nécessaire – et je suis un grand défenseur des réformes sociétales – mais il y a des gens qui sont partis à droite et – je n'ai pas peur de le dire – à l'extrême-droite qui étaient auparavant communistes, mitterrandiens et qui se disaient de gauche et qui sont partis depuis bien longtemps et maintenant que l'on identifie à droite. L'idée n'est pas de fracturer un quelconque électorat de gauche, l'idée est d'apporter des réponses pour réconcilier les classes populaires et moyennes avec l'idée de gauche et de progrès» explique Pierre Bruynooghe. Le délégué de Territoires de Progrès adhère aux mots d'ordre de «justice sociale», de «liberté» et de «vivre de son travail dignement».

En ce début d'année 2021, crise sanitaire oblige, l'agenda du nouveau délégué départemental verra s'inscrire des rendez-vous en visioconférence. Des acteurs associatifs, des conseillers départementaux de Côte-d'Or et des conseillers municipaux de différentes communes ont été contactés pour leur présenter le nouveau parti et envisager la construction d'un projet. Un «travail d'approche» qui concernera tout particulièrement des maires de communes rurales.

Jean-Christophe Tardivon


Pierre Bruynooghe, délégué départemental de Territoires de Progrès pour la Côte-d'Or