
Au cœur de la forêt incendiée à Couchey, le président du Département de la Côte-d'Or a salué l'action des sapeurs-pompiers, ce lundi 3 août, et a rappelé que «la lutte contre les incendies, c'est l'affaire de chaque citoyen». Celui qui est également président de Départements de France a ajouté que «nous sommes confrontés à un changement climatique pour lequel ça nécessite des moyens nouveaux».

Les sapeurs-pompiers chassent les dernières fumerolles tant le risque de reprise menace encore le massif forestier de Couchey et de Marsannay-la-Côte, à 5 km de Dijon, à vol d'oiseau.
L'incendie a débuté le 29 juillet dernier dans l'après-midi. En trois jours, les flammes ont parcouru 141 hectares – dont 82 ont été totalement brûlés – nécessitant l'intervention de 300 sapeurs-pompiers au total. Comme pour tout feu de forêt, une enquête est en cours pour déterminer son origine.
Déplacement de François Sauvadet auprès des sapeurs-pompiers
Ce lundi 3 août 2026, à la veille d'une étape du Tour de France Femmes passant à Couchey même, François Sauvadet (UDI), président du conseil départemental de la Côte-d'Or, est venu saluer les sapeurs-pompiers en poste parmi les cendres pour, à travers eux, rendre hommage à tous ceux qui ont été mobilisés pour lutter contre ce sinistre majeur.
L'élu côte-d'orien est également président de l'association d'élus Départements de France. À ce titre, le 27 juillet dernier, il a diffusé un communiqué pour rappeler au gouvernement des propositions de financement de la sécurité civile (
lire le communiqué). Les Départements contribuent à plus de 50% aux ressources des services départementaux d'incendie et de secours (SDIS).
Point de situation devant la mairie de Couchey
François Sauvadet débute son déplacement par un point de situation effectué, devant la mairie de Couchey, par le contrôleur général Larry Châtillon-Ouvrard, directeur du SDIS 21, et le commandant Jérôme Theurel, référent feux de forêt du SDIS 21.
Sont présents notamment Gilles Carré (sans étiquette), Catherine Pageaux (sans étiquette), respectivement maires de Couchey et de Marsannay-la-Côte, et Hubert Poullot (LR), vice-président du Département et président du SDIS 21.
Après avoir rendu hommage aux sapeurs-pompiers, professionnels et volontaires, représentés par leurs cadres – «merci pour le service que vous rendez à la nation» –, François Sauvadet salue «l'esprit de solidarité, d'abord des élus qui ont été sur le terrain, mais aussi des agriculteurs, des viticulteurs, des citoyens qui se sont mobilisés» ainsi que «des forces de l'ordre».
Des habitants confinés à cause des fumées
Le 29 juillet, le foyer a débuté dans la combe Vaulon, un vent de sud-sud-est a poussé les flammes vers les hauteurs de la côte, la forêt étant bordée à l'est par le bourg de Couchey et les vignes où sont produits des vins en appellation Marsannay.
À part une langue d'arbres brûlés à quelques dizaines de mètres d'habitations qui témoigne de la menace ayant pesé sur le village, l'incendie s'est développé à distance du bourg mais l'épaisseur des fumées a amené les habitants de Couchey et de Marsannay-la-Côte à se confiner. Le lendemain, toute l'agglomération dijonnaise respirait les fumées.
Conjuguer appui sur les pistes, position des vignes et recours aux bombardiers d'eau pour éviter que tout le massif ne s'enflamme
«Tous les moyens du SDIS 21 ont été engagés, on a réussi à arrêter le feu dans la combe pour qu'il reparte dans le massif», indique Larry Châtillon-Ouvrard. «Des hélicoptères bombardiers d'eau et des renforts terrestres ont arrêté l'incendie à la piste, là». «Si on ne l'arrêtait pas là, il prenait la combe au nord et on l'arrêtait à la RD 108 [NDLR : route située 2,5 km plus loin, reliant Marsannay-la-Côte à Corcelles-les-Monts].»
Les 50 largages d'eau captée dans le lac Kir par les hélicoptères Condor – venus de Saint-Étienne deux heures après l'alerte – ont été effectués dans une zone restreinte au nord-ouest des flammes pour plus d'efficacité. Le lendemain, un hélicoptère Super-Puma prenait la relève avec 8 largages en une heure «sur la zone la plus difficile d'accès» par des moyens terrestres.
«Avec les commandos, pendant le feu, on a refait trois pistes accessibles en poids-lourd», signale le commandant Jérôme Theurel, cela pour permettre l'accès des engins incendie depuis le pied du massif ainsi que sur les flancs de l'incendie. «On a repris des chemins de bûcheron qu'on a ouvert sur 4 mètres. Si on pouvait garder ces pistes ouvertes, ce serait bien.»
«On s'est appuyé sur les vignes, comme espace pyrorésistant, pour s'assurer de la protection des habitants», précise le directeur du SDIS 21. Les vignes ont tendance à résister aux incendies ; il faut des conditions extrêmes de vent et de sécheresse pour qu'elles s'enflamment.
Par ailleurs, après l'alerte, RTE a coupé le courant alimentait la ligne à haute tension traversant le massif. Bien dégagés, ses abords ont constitué un autre pare-feu.
Environ 300 sapeurs-pompiers ont été engagés, en comptant les renforts d'autres départements
Dans l'ensemble, 204 sapeurs-pompiers côte-d'oriens ont été engagés contre cet incendie en mobilisant 76 engins. Tous les centre de secours du département ont participé, sauf celui de Châtillon-sur-Seine qui a son propre enjeu de surveillance du parc national de forêts.
«Grâce aux caméras, dès la détection faite, le volume de fumée et l'importance du panache, j'ai demandé des renforts extra-départementaux», glisse le directeur du SDIS 21.
Les agents côte-d'oriens ont ainsi reçu le renfort d'une centaine de collègues venus du Doubs, du Jura, de la Haute-Marne, de la Meurthe-et-Moselle, de la Nièvre, de la Saône-et-Loire et de l'Yonne. «La solidarité entre les départements, elle joue», se félicite alors François Sauvadet.
Par ailleurs, depuis le début de l'été, déjà 145 sapeurs-pompiers côte-d'oriens sont partis temporairement en renfort, particulièrement en Gironde et dans le Var.
Au cœur de la forêt sinistrée
Après la théorie, la pratique. La délégation a été conduite en 4x4 au cœur de la zone sinistrée, dans la forêt communale de Couchey, pour mieux appréhender l'étendue des dégâts sur la végétation et la faune. Une odeur âcre et persistante se fait d'emblée sentir. De la suie soulevée à chaque pas colle aux vêtements.
Dans ce massif de résineux et de feuillus, les pins ont flambé comme des allumettes. Les arbres sont noircis, parfois avec un houpier encore intact quand les flammes sont passées rapidement. Il n'y a plus d'animaux, de rares oiseaux survolent parfois les restes calcinés.
«Les collègues qui ont fait l'attaque ont vu des sangliers, des marcassins et des biches traverser», relaie directeur du SDIS 21. «On voit encore des chevreuils dans ce qui n'a pas brûlé.»
Noyer les derniers points chauds
«C'est un travail pied à pied», constate François Sauvadet en voyant s'activer les neuf agents du SDIS 21 en surveillance. Il s'agit de «gratter, éteindre, regratter, rééteindre, c'est un travail de sape», confirme Larry Châtillon-Ouvrard.
Les sapeurs-pompiers s'aident d'une caméra thermique qui indique les écarts à la température moyenne du sol – 43°C en plein après-midi – pour localiser les points chauds afin de les noyer soit directement avec une lance à eau, soit en parcourant la forêt avec une réserve d'eau dorsale.
«On a des problèmes de promeneurs sur le site», déplore néanmoins le commandant Jérôme Theurel. À la suite de la reprise de l'incendie, le 2 août dernier, la préfète de la Côte-d'Or a interdit l'accès au public du secteur incendié et un barriérage a été mis en place à l'entrée des chemins (
lire notre article).
François Sauvadet dénonce à la fois«les gestes de négligence» et les actes «criminels»
Devant les agents du SDIS 21 dont il remercie «l'engagement», François Sauvadet adresse une pensée en hommage aux sapeurs-pompiers tués en service et partage son «émotion» devant les pertes subies par les victimes des incendies survenus dans toute la France.
«Je voudrais dénoncer l'irresponsabilité d'un certain nombre de citoyens qui participent, par leur comportement complètement suicidaire, aux déclenchements de feux, soit par des gestes de négligence, soit par des gestes délibérés qu'on peut qualifier de criminels», déclare avec gravité le président de Départements de France.
«Nous sommes confrontés à un changement climatique pour lequel ça nécessite des moyens nouveaux»
«Les méga-feux de Gironde, en 2022, c'était un avertissement ; 2026, c'est un basculement», alerte François Sauvadet, «on va connaître, partout dans nos départements, des épisodes de cette nature».
«Nous sommes confrontés à un changement climatique pour lequel ça nécessite des moyens nouveaux. On ne pourra pas rester sur les financements d'hier pour assurer une couverture du risque qui est devenu une réalité dans l'ensemble du pays», analyse-t-il.
«Il faut des moyens supplémentaires qui relèvent de l’État»
«Notre système est à bout de souffle, on ne pourra pas continuer avec un système de sécurité civile financé, pour l'essentiel, sur l'effort des collectivités, et, singulièrement, sur l'effort des Départements», anticipe le président de l'association d'élus.
«La sécurité civile, c'est 5,8 milliards d'euros, les Départements contribuent à hauteur de 54%, parfois 60%», relève François Sauvadet. «Il faut des moyens supplémentaires, notamment des moyens qui relèvent de l’État. Après 2022, les promesses qui avaient été faites n'ont pas été tenues ! (…) Il faudra revoir notre système de financement. L'effort supplémentaire ne pourra plus reposer sur les seuls Département qui sont déjà dans des situations financières explosives», développe-t-il.
En 2022, André Accary, président du Département de la Saône-et-Loire et président de la commission SDIS pour Départements de France, et Jean-Luc Gleyze, président du Département de la Gironde, avaient copiloté une mission flash à l'issue de laquelle un rapport avait été remis à la ministre Caroline Cayeux (
lire notre article).
D'où les propositions de «moyens nouveaux» pour «rendre plus robuste le système de sécurité civile». Ainsi, en vue de la loi de finances pour 2027, Départements de France suggère de relever la taxe sur les compagnies d'assurances – «la reconnaissance du sauvé» – ou encore revendique une «meilleure indemnisation des missions sanitaires ne relevant pas des missions des SDIS», c'est à dire quand un SDIS pallie la carence ambulancière.
«La sécurité, la lutte contre les incendies, c'est l'affaire de chaque citoyen»
Avec gravité, le président de Départements de France souligne «l'attachement au système de sécurité civile français, fondé à la fois sur des pompiers professionnels et volontaires» car «face à des défis d'une telle ampleur, il faut vraiment que la société toute entière se saisisse et se responsabilise par rapport au risque que nous avons face au changement climatique».
«La sécurité, la lutte contre les incendies, ce n'est pas l'affaire des autres, c'est l'affaire de chaque citoyen. Chacun doit se dire que sa responsabilité, c'est aussi de participer à la sécurité d'autrui par un engagement personnel, par une formation», développe-t-il.
Une demande de Canadair prépositionné à l'aéroport Dole-Jura
De plus, François Sauvadet insiste sur la «dimension départementale» de l'organisation des services de sécurité civile car «toute réorganisation territoriale conduirait à des difficultés supplémentaires».
«S'il y avait une réorganisation territoriale, elle devrait se faire que sur les moyens aéroportés», considère-t-il avant de «regretter qu'en Bourgogne-Franche-Comté et dans tout le Grand-Est, nous n'ayons pas de prépositionnement de moyens aériens, ça relève de la responsabilité de l’État». «Avec les collègues, ça fait partie des demandes qu'on va reformuler dans le cadre des conclusions du Beauvau de la sécurité.»
Selon le SDIS 21, le quart nord-est de la France ne compte aucun moyen aérien – de type Canadair – qui serait prépositionné. François Sauvadet propose donc qu'un tel équipement puisse être basé, par exemple, à l'aéroport Dole-Jura.
Le Département de la Côte-d'Or et l’État ont investi dans du matériel après les incendies de 2022
Depuis le début de l'été, la Côte-d'Or a connu 265 départs de feu. Près de 500 hectares ont été détruits par les flammes.
«Si on veut éviter la propagation du feu, c'est au tout début qu'il faut intervenir», commente François Sauvadet, «tous les facteurs sont réunis pour que les incendies se développent à une vitesse effroyable». «Nous avons des forêts qui sont très exposées avec des risques de développement d'incendie, aussi bien dans le Morvan qu'ici même.»
Le président du Département rappelle ainsi la doctrine des SDIS et, en particulier, l'enjeu de l'investissement de 5 millions d'euros ces dernières années – abondés d'1,5 million d'euros par l’État – pour permettre au SDIS 21 de prépositionner 26 engins en différents points sensibles de la Côte-d'Or, à la suite des incendies de 2022.
Après les incendies de Landiras notamment, en Gironde, l’État avait abondé un «pacte capacitaire» de 150 millions d'euros. «Ce n'est pas à la hauteur des enjeux», estime néanmoins François Sauvadet.
Des «caméras IA» surveillent les fumées depuis le mont Afrique
Le SDIS 21 continue de s'équiper. Depuis juin dernier, il participe, avec quatre autres SDIS, à l'expérimentation d'un système d'analyse d'images par une intelligence artificielle.
Situées sur la tour de radio et de télécommunications du mont Afrique, culminant à 670 mètres d'altitude, les caméras peuvent surveiller un secteur dans un rayon de 20 km. 80% de départs de feu en Côte-d'Or ont été détectés par ces nouveaux outils numériques au «concours extrêmement précieux».
«L'IA distingue une fumée qui pourrait être celle d'un échappement d'une fumée provoquée par un incendie», remarque François Sauvadet.
«Avec l'intelligence artificielle et notre Côte-d'Or Map, on va pouvoir travailler avec un niveau de précision centimétrique en 3D et on va pouvoir regarder massif par massif, en prenant en compte les conditions de vent», ajoute-t-il, «les caméras avec l'IA, c'est saisissant».
«On va vivre avec les incendies et les inondations, tout ce que l'on pourra faire en prédictif permettra de conforter les moyens», insiste le responsable de l'exécutif côte-d'orien avant d'annonçant la tenue d'une session extraordinaire, en septembre prochain, pour examiner le financement de l'acquisition de nouvelles «caméras IA» afin de couvrir tout le département avec «un outil extrêmement opérationnel».
Jean-Christophe Tardivon

































































