
«On a percé beaucoup de milieux. Il nous reste à franchir la crédibilité auprès des élus», a déclaré le député René Lioret, soutien de la candidate qui a présenté sa liste, ce mardi 8 septembre, à Chenôve. En matière de d'organisation territoriale, le RN défend «la commune, le département, la nation».
«On n'a rien à perdre !» René Lioret est lucide face à l'élection sénatoriale en Côte-d'Or. Trois sénateurs actuellement au niveau national, 2,36% des voix en Côte-d'Or en 2020 : le Rassemblement national ne peut que faire mieux, surtout qu'il a progressé aux dernières municipales.
Ce mardi 8 septembre 2026, dans les salons d'un hôtel à Chenôve, le parti national-populiste a présenté la liste menée par Tatiana Guyenot dont le programme est axé sur la «démétropolisation» et la «défense des communes».
Le paysage des sénatoriales 2026
En 2020, avaient été élus Anne-Catherine Loisier (divers centre) et Alain Houpert (LR) avec 43,57% des voix ainsi que François Patriat (LREM) avec 26,60% des voix. Ce dernier est décédé, le 19 août dernier (
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Cette année, les deux sénateurs sortants se représentent (
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1,11% en 2008, 2,79% en 2014, 2,36% en 2020 : le Rassemblement national s'est heurté jusque-là à un plafond de verre positionné très bas.
La composition de la liste «Au service des communes, pour défendre la Côte-d'Or»
Tête de liste,
Tatiana Guyenot, 57 ans, habitant Montigny-sur-Armançon, est gérante de société. Ayant adhéré au Front national en 1988, elle est déléguée départementale adjointe de la 4ème circonscription [NDLR : dont Hubert Brigand (LR) est le député] et a été candidate aux élections législatives. «On a voulu faire une liste qui soit au plus près de la représentation des Français», a-t-elle indiqué.
Suit en deuxième position
Antoine de Loisy, 56 ans, habitant Arceau, exploitant agricole et forestier, qui a adhéré au RN en 2022.
Mélanie Fortier, 28 ans, habitant Dijon, se présente comme «mère au foyer». Elle est conseillère régionale d'opposition depuis 2021 et conseillère municipale d'opposition depuis mars dernier.
Matthieu Tillier, 35 ans, habitant Beaune, est professeur d'histoire-géographie et conseiller municipal d'opposition.
Absente ce jour,
Clotilde Gosselin, 34 ans, habitant Til-Châtel, est infirmière en établissement de santé. Elle a été candidate aux départementales de 2015 et 2021. En raison de sa «profession active» et de son ancrage dans «le sud du département», la colistière a été préférée à la Dijonnaise Marie-Claude Mille (UDR), un temps pressentie.
La liste est soutenue par René Lioret, délégué départemental du parti et député de la Côte-d'Or. Ancienne candidate aux législatives, Cyline Humblot-Cornille est directrice de campagne.
Si des listes sont menées avec l'UDR d’Éric Ciotti dans différents départements de France, en Côte-d'Or, tous les colistiers sont adhérents du RN.
À noter que Renaissance, dirigé par Gabriel Attal (REN), conteste devant la justice administrative l'usage du nom du parti comme slogan par le RN (
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Actualisé le 11 septembre 2026 :Présentée sur les affiches avec le nom «Au service des communes, renaissance pour la Côte-d'Or», la liste déposée en préfecture est finalement dénommée «Au service des communes, pour défendre la Côte-d'Or».
«Nous combattons toutes les formes de fascisme»
«Le Rassemblement national fait en sorte d'être présent à toutes les élections parce que nous sommes un parti républicain, que nous avons une certitude que le pouvoir se gagne par les urnes, contrairement à d'autres qui, aujourd'hui, font parler d'eux en disant que, peut-être, ils ne reconnaîtront pas le résultat des urnes», a déclaré René Lioret pour cibler implicitement La France insoumise.
«Je suis dans ce parti depuis de très nombreuses années [NDLR : depuis 1986]», poursuit le représentant du parti à la flamme en Côte-d'Or, «on a rarement gagné sauf ces dernières années mais on a toujours accepté le résultat des urnes». «Dans une démocratie, c'est capital. Si un jour, il y a ça, c'est la forme ouverte à toutes les formes de fascisme que nous combattons, en particulier quand nous sommes accusés par ceux qui se comportent comme des fascistes.»
L'ambition d'être «l'aiguillon de la majorité au Sénat»
«Le Sénat a une majorité droite-centre qui, parfois, fait des bonnes analyses, malgré tout ne vas pas toujours au bout par des propositions et quand il fait des propositions, ne vas pas toujours au bout de l'application», a considéré le député du camp national, dont l'objectif est d'«avoir un groupe au Sénat» pour «avoir de la représentation et des moyens».
«On veut, par ce groupe, être l'aiguillon de cette majorité au Sénat», a poursuivi René Lioret. «Le groupe au Sénat permettrait d'avoir une niche parlementaire qui permettrait de porter nos lois et de faire des commissions d'enquête», a insisté Tatiana Guyenot.
La «démétropolisation» pour favoriser «le développement des communes»
Après une soixantaine de rendez-vous – où «l'accueil est très bon» –, principalement avec des maires, Tatiana Guyenot a partagé leur «véritable volonté de changement» de façon à «prendre en compte de leurs difficultés, d'autant plus quand ce sont des petites communes».
«Notre principal axe, c'est la démétropolisation», a exposé la candidate pour qui «tout concentrer dans les capitales de département ou dans des très grosses villes, ça affaiblit le territoire rural et c'est la mort, petit à petit de ce qui représente la ruralité en France et de notre patrimoine rural».
Cela se décline par la «défense des communes» face à la «complexité» des dossiers de subvention notamment. La militante du camp national considère que le développement des communes est «entravé par le [zéro artificialisation net des sols]». «Être freiné pour pouvoir construire plus de 3-4 nouvelles maisons par an, ça empêche de pouvoir recruter de nouvelles familles pour les écoles et ça provoque une fermeture de classe.»
«Il est important de soutenir nos agriculteurs»
«Nous avons un territoire qui est très ancré avec l'agriculture, l'agriculture est très importante pour notre ruralité, c'est ce qui façonne notre territoire, il est important de soutenir nos agriculteurs», a-t-elle ajouté.
«Les forêts ont beaucoup souffert cet été», a relevé l'habitante de l'Auxois, «la forêt doit être entretenue, préparée et doit être accompagnées par rapport au risque incendie».
Concernant la gestion de l'eau, la candidate prône la «réfection des réseaux d'alimentation» et le développement des «possibilités de stockage» sans évoquer pourtant les pistes de financement de ces mesures coûteuses pour les communes rurales.
Concernant d'autres services publics, l'oratrice a proposé également d'«investir sur la scolarité» et de «faire très attention aux pompiers volontaires».
Une priorité pour le «patrimoine de chaque petit village»
En matière de cadre de vie, la priorité serait donnée au «patrimoine de chaque petite ville, de chaque petit village», comme «nos églises, nos lavoirs, nos calvaires, nos monuments», car «c'est la transmission de la mémoire pour avoir nos racines représentées dans nos villages».
Alors que les sondages sont, à ce jour, favorables à Marine Le Pen, Tatiana Guyenot fait d'une éventuelle victoire du RN à la présidentielle, en mai prochain, un argument de campagne pour ces sénatoriales, arguant d'une «capacité de pouvoir discuter avec un gouvernement».
«Nos élus ne peuvent pas se passer d'un parlementaire qui soit rattaché à la majorité présidentielle», a-t-elle insisté, «les élus doivent faire un vote stratégique même s'ils ne sont pas d'accord à 100% avec une liste». Un argument qui peut aisément se retourner contre la candidate elle-même en fonction de ce qu'anticipe chaque grand électeur.
Le RN défend «la commune, le département, la nation»
«Traditionnellement, on a trois niveaux : la communes, le département, la nation», a déclaré René Lioret, «se sont greffés l'intercommunalité, la Région et l'Union européenne». «On ne veut plus sortir de l'Union européenne, on veut la réformer de l'intérieur pour avoir des libertés dans un certain nombre de traités, dont les traités sur l'immigration, pour une certaine forme de souveraineté. La Région, on la critique pour sa gestion très loin des communes, l'intercommunalité aussi.»
«Si on n'est pas dans la com' com' Arnay-Liernais, on est mort», a donné pour exemple le député de la cinquième circonscription, «c'est bien d'être dans Rives de Saône». En revanche, selon Tatiana Guyenot, «à Châtillon, la communauté de communes concerne 107 communes, les petites maires n'y vont plus».
Également conseiller communautaire à Beaune, Matthieu Tillier a témoigné que «c'est difficile de faire entendre sa voix dans une communauté d'agglomération de 53 communes». «Les maires auraient envie que les spécificités de leur commune soient mieux prise en compte.»
«On nous parle surtout du pouvoir d'achat»
Selon René Lioret et Tatiana Guyenot, les dossiers judiciaires du Rassemblement national ne seraient pas abordés par leurs interlocuteurs. «On nous parle surtout du pouvoir d'achat», a indiqué René Lioret, «on nous parle beaucoup des 3.600 milliards [d'euros] de dette, on commence à parler des retraites des retraités aisés».
«On nous parole du gazole à 2,30 euros», a abondé Tatiana Guyenot, «dans la ruralité, on ne peut pas se passer de la voiture». «La perte de pouvoir d'achat lié au coût énergétique est très pénalisante pour la population.»
Les futurs Services express régionaux métropolitains ne suscitent pas l'adhésion des militants du RN, tout à leur «démétropolisation» : «ce sera difficile à mettre en place, on pense plutôt qu'il faudrait aider les entreprises à s'installer dans la ruralités» par «des exonérations de charges».
«La proximité permet de favoriser l'adaptation des solutions aux problèmes concrets des communes plutôt que d'avoir des carcans complètement rigides», a assuré Antoine de Loisy.
«Une vraie liste d'opposition au macronisme»
Face aux «deux principales listes adverses», Tatiana Guyenot voit en François Rebsamen «un ancien ministre de Monsieur Macron» et considère que la liste menée par Anne-Catherine Loisier constitue une liste «LR-centriste et macroniste avec la présence de Monsieur Rochette qui fait partie d'Horizons et qui est avec Édouard Philippe qui était Premier ministre d'Emmanuel Macron».
«François Rebsamen en homme libre, personne n'y croit, ça ne veut rien dire», a glissé René Lioret. Par ailleurs, «la liste LFI se positionne comme la vraie liste de gauche».
«L'inversion de la liste [Loisier-Houpert], il y a des gens qui ne l'ont pas bien vécu», a-t-il ajouté, «il y a des gens qui étaient à droite et qui voient en tête de liste une personne centriste».
«La liste du Rassemblement national est une vraie liste d'opposition au macronisme et au délabrement dans lequel il a mis notre pays», a revendiqué la candidate.
«Faire ne serait-ce que 15% des voix, ce serait un tremblement de terre pour la Côte-d'Or»
Logiquement, les élections sénatoriales sont la conséquence des municipales qui contribuent à renouveler le corps des grands électeurs. Toutefois, René Lioret envisagent une certaine liberté de vote, en particulier dans les petites villes et les communes rurales qui représentent la moitié de la population de la Côte-d'Or.
Dans ces communes, «les maires qui sont très proches de leurs administrés». «Ils ne sont pas forcément politisés ; ils peuvent, dans certaines proportions, voter comme leurs administrés».
À l'échelle de la Côte-d'Or, en 2024, le RN avait récolté 33,4% aux européennes et totalisé 37% des voix au premier tour des législatives, avec ses alliés.
«On peut s'attendre à avoir de très bonnes surprises lors de ces élections sénatoriales», a anticipé René Lioret, « on n'a rien à perdre, (…) ne faire ne serait-ce que 15% des voix, ce serait un tremblement de terre pour la Côte-d'Or».
«Cela voudrait dire que même les grands électeurs nous suivent et ça renforcerait notre crédibilité comme parti de gouvernement. On a percé beaucoup de milieux : leader chez les ouvriers, chez les jeunes maintenant chez les seniors. Il nous reste à franchir la crédibilité auprès des élus», a-t-il développé.
«On est dans le processus électoral jusqu'en 2028»
Le Rassemblement national s’inscrit pleinement dans le phénomène d'élection permanente instauré par les législatives anticipées de 2024 et entretenu par la menace de dissolution qui plane sur l'Assemblée nationale de façon plus ou moins importante en fonction des aléas politiques.
«On est dans le processus électoral jusqu'en 2028», a indiqué René Lioret en se projetant vers les départementales en Côte-d'Or notamment. «On sera présent dans tous les cantons. Il y a des gens que nous rallions et des gens d'autres partis qui s'intéressent à nous.»
Dans ce contexte, René Lioret donne rendez-vous aux sympathisants, le 9 octobre prochain, à Nuits-Saint-Georges, pour une réunion à laquelle participera Gaëtan Dussausaye, ancien responsable du Front national de la jeunesse, actuel député des Vosges et secrétaire de l'Assemblée nationale, pour «faire un bilan des sénatoriales».
Jean-Christophe Tardivon











