Recherche
POUR JOINDRE INFOS-DIJON
redaction.infosdijon@gmail.com (à privilégier)
SMS et MMS au 07 86 17 77 12
> Côte d'Or > Côte d'Or
09/12/2020 20:14

TOURISME : Le MuséoParc Alésia ou l'anti-parc à thème sur les Gaulois et les Romains

Une page se tourne au centre d'interprétation de la bataille d'Alésia, quand les guerriers de Vercingétorix sont assiégés par les légionnaires de Jules César en 52 avant notre ère. Ce mercredi 9 décembre, l'équipe du site dévoile la future scénographie avec plus d'interactivité, plus d'archéologie, plus de décryptage du mythe du Gaulois et toujours sans fake news.

Les attentes du public ont changé, la médiation culturelle a évolué depuis la création du MuséoParc Alésia dans le bâtiment conçu par l'architecte Bernard Tschumi en 2012. Le conseil départemental de la Côte-d'Or et l'équipe du site se sont donc lancés un défi pour faire découvrir aux visiteurs une nouvelle scénographie de 1.100 m² en juin 2021.

L'exposition permanente installée en 2012 est presque totalement démontée ce mercredi 9 décembre 2020 (lire notre article). Dans le plateau à nu du premier niveau, Marc Frot, vice-président du conseil départemental de la Côte-d'Or et président de la société publique locale du MuséoParc Alésia, explique la volonté d'une transformation radicale : «on veut que ce soit un peu plus interactif avec plein de jeux tactiles très nouveaux, on veut inclure plus de choses que l'on a trouvées sur les fouilles».

«On a des trésors de découvertes sur le site»

Le projet de construction d'un musée au niveau du site de fouilles venant en complément du centre d'interprétation a été repoussé par le Département. Le musée associatif d'Alise-Sainte-Reine qui a fermé en 2003 contient des collections archéologiques et historiques : «on a dans l'ancien musée des trésors de découvertes sur le site» s'enthousiasme Marc Frot. Une partie de ces collections intégrera la nouvelle scénographie.

Une dizaine de propositions ont répondu à l'appel d'offres. Le projet de l'agence Clémence Farrell a été finalement retenu. C'est celui qui s'est montré «le plus interactif, le plus nouveau, le plus proche des gens, proche de l'histoire» explique Marc Frot.

La nouvelle scénographique représente un budget de 3 millions d'euros financé par la DRAAC Bourgogne-Franche-Comté (1,4 million d'euros), le Département (1,1 million d'euros) et la Région Bourgogne-Franche-Comté (600.000 euros). Marc Frot reconnaît un apport «important» de l’État qui est dû aux reconnaissances nationales dont a bénéficié le MuséoParc Alésia ces dernières années. «On est assez content» ajoute-t-il à propos de la participation du conseil régional.

Objectif 100.000 visiteurs en 2022


Après une fréquentation importante en 2012, le flux des visiteurs avait ensuite nettement diminué. Ces dernières années, les entrées étaient reparties à la hausse. Jusqu'à la crise sanitaire. Le MuséoParc met en avant la venue de 40.000 visiteurs tout en ayant été fermé la moitié du temps. Ce serait donc en droite ligne avec les 80.000 personnes de 2019. 2021 devrait être une année de transition.

Post-Covid 19, Marc Frot table sur une fréquentation de 100.000 personnes en 2022 grâce à la nouvelle scénographie, la visite des fouilles accompagnées d'un support en 3D et la communication autour des 10 ans du MuséoParc.

«Le MuséoParc s'est bien inscrit dans la haute Côte-d'Or, il est vraiment incontournable, c'est la figure de proue du tourisme» assure Marc Frot qui ajoute : «le tourisme, je le lie toujours à l'économie». «Le département, c'est 80% de ruralité, la ruralité a le droit d'avoir ses institutions haut de gamme» insiste le conseiller départemental.

Des interfaces ludiques dotées de détecteurs de mouvement


Pour Infos Dijon, le directeur du MuséoParc Alésia dévoile ce que les visiteurs découvriront dans la nouvelle exposition temporaire. La part belle sera donnée aux manipulations et mises en situation grâce aux outils numériques.

Par exemple, le visiteur pourra se retrouver face à un guerrier gaulois ou à légionnaire romain en vue de se mesurer à lui. Un dispositif de type Kinect sera utilisé. Bien connu des amateurs de jeux vidéos sur Microsoft Xbox, Kinect permet de contrôler une interface sans utiliser de manette mais en bougeant par exemple les bras devant des capteurs qui reproduisent ensuite le mouvement à l'écran pour interagir avec l'environnement numérique.

Le choix a été fait de développer l'interactivité et les outils numériques mais sans concentrer l'expérience dans la manipulation d'un smartphone ou d'une tablette. «L'idée est d'inciter les gens à regarder les collections» souligne Michel Rouger, «on a utilisé les technologies au service de notre propos». En feuilletant un livre numérique, les visiteurs pourront entendre le texte en latin.

Il sera aussi possible de toucher des objets comme pour soupeser un bouclier gaulois par exemple ou encore mettre un casque sur la tête. Les publics en situation de handicap pourront notamment profiter de toute cette dimension tactile.

«Le high-tech reste à sa place en tant qu'outil»


Les technologies viendront enrichir le parcours classique sans le remplacer. «À certains moments, on aura du numérique, on peut y aller, ne pas y aller, on n'est pas obligé de jouer au soldat mais, si on ne joue pas, on aura les infos». «Il faut que le high-tech reste à sa place en tant qu'outil, on a un discours à tenir, le numérique vient nourrir notre propos et alimenter la part de ludique – qui est un peu notre marque de fabrique aujourd'hui – tout en amenant tout une part sérieuse» considère le directeur en évoquant un «bac à fouilles numérique».

Les personnes qui ne sont pas attirées par le numérique auront donc des textes à parcourir pour retrouver des informations. La totalité des contenus seront traduits en anglais et en allemand et sous-titrés pour l'audiovisuel. La galerie des combats sera remplacée par un grand film et des gradins autour d'un grand écran viendront à la place de l'ancienne salle de cinéma.

«À la fois grand public et lieu de référence scientifique»


Dès 2021, l'équipe du site aura recours à des escape games pour dynamiser le parcours du visiteurs. Dans cette veine, au-delà de 2022, le MuséoParc réfléchit à la mise en place d'hébergements insolites en pleine saison pour dormir sur le site, peut-être dans une tente de légionnaire romain ou dans une hutte de Gaulois ?

«L'année particulière que l'on a vécue a montré l'importance de l'extérieur, du plein air, de la campagne. On a la chance d'être au cœur de tous ces points positifs donc il faut absolument qu'on les valorise» analyse Michel Rouger. Le restaurant le Carnyx travaille sur les filières courtes et envisage d'être labellisé 100% Côte-d'Or (lire le communiqué sur le label départemental).

Néanmoins, le futur du MuséoParc s'éloigne du centre d'interprétation et se rapproche d'un musée accompagné d'animations et d'expériences. Même avec la nouvelle médiation culturelle et les futures mises en situation, «on n'est pas un parc à thème» martèle Michel Rouger, «on a une vraie carte à jouer d'un lieu à la fois grand public et d'un lieu de référence scientifique et archéologique» renchérit le directeur en évoquant la convention avec l'université de Bourgogne. Le MuséoParc Alésia comme anti-parc à thème ?

«La nouvelle scénographie montrera que l'on sait faire quelque chose de sérieux et de fiable scientifiquement mais accessible à tous» déclare Michel Rouger. «On est anti-fake news, on est le lieu de la recherche, du vivre ensemble, de la tolérance, de l'ouverture à la culture. Ce sont des valeurs que MuséoParc doit véhiculer et transmettre notamment à toutes les écoles que l'on reçoit» ajoute-t-il.

«On va retrouver l'archéologie comme jamais on en a parlé ici»


La direction artistique est donc confiée à l'agence Clémence Farrell qui a conçu l'exposition sur l'Orient-Express présentée à l'Institut du Monde Arabe et qui a renouvelé la scénographie du Musée Océanographique de Monaco. Les outils numériques et les contenus audiovisuels seront développés par Muséomaniac. La visite en 3D des fouilles sera, elle, conçue par Ohrizon.

Un des effets attendus de la nouvelle mise en scène est de donner envie d'aller sur le site des fouilles. La complémentarité entre les deux sites devrait être ainsi renforcée. En plus des collections du musée d'Alise-Sainte-Reine, seront exposées des découvertes de fouilles à la Croix Saint-Charles qui n'ont encore jamais été présentées au public.

«La grande nouveauté pour nous est de parler du siège et de la ville gallo-romaine d'Alésia d'après le siège» s'enthousiasme Michel Rouger. L'espace archéologique ira du Néolithique au IIIème siècle de notre ère et s'ajoutera un espace moderne traitant du XIXème au XXIème siècle. Celui-ci décryptera le mythe du Gaulois du Second Empire à nos jours.

«On va retrouver l'archéologie comme jamais on en a parlé ici» insiste le directeur, «l'archéologie sera le vrai fil rouge pour comprendre que ces collections viennent de l'oppidum d'Alésia et de la plaine autour». Un espace sera dédié à la présentation de l'archéologie et de ses métiers. «Alésia continue de vivre et on n'a pas fini d'en découvrir» souligne Michel Rouger pour faire le lien avec un futur ouvert sur de nouvelles découvertes.

Jean-Christophe Tardivon