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28/08/2020 12:56

VIN : Albéric Bichot se félicite de «vendanges rondement menées» en Bourgogne

Entre adaptation aux étés chauds et taxes américaines, Albéric Bichot aborde les enjeux auxquels les domaines Albert Bichot doivent faire face. L'entreprise familiale de Beaune a conduit des vendanges annonçant un beau millésime pour les vins de Bourgogne.
«Encore une année atypique» constate d'emblée Albéric Bichot alors qu'il s'exprime en bordure du clos des Ursulines, à Pommard, à la fin de la journée de vendanges du 26 août 2020. Albéric Bichot préside à la destinée des domaines Albert Bichot, une maison fondée en 1831. Il représente la sixième génération à la tête de cette maison indépendante et familiale implantée à Beaune.

Quasiment pas de gel ni de grêle et un bel état sanitaire des vignes au printemps étaient de bon augure pour le millésime 2020. Mais l'été est venu marquer cette année par sa chaleur et sa sécheresse. Si la qualité devrait être au rendez-vous, les volumes ne le seront pas. «Sur le secteur Beaune, Volnay, Meursault, Chorey... on n'a pas eu une goutte d'eau» constate Albéric Bichot.

2020 a des airs de 2015


Paradoxalement, cette situation facilite le travail des vendangeurs : «c'est facile à vendanger quand on n'a pas un kilo de boue sous chaque chaussure» indique Albéric Bichot en pensant à ceux qui interviennent dans les vignes. «Ce sont des vendanges rondement menées» constate-t-il avec enthousiasme alors que dix jours auront suffi à récolter la côte de Nuits et la côte de Beaune. Cette année, 200 vendangeurs ont été recrutés pour intervenir sur les six domaines qui vont du Beaujolais à Chablis.

Les volumes seront inférieurs à la moyenne surtout pour les pinots noirs qui ont été marqués par la grillure tandis que les chardonnays ont globalement mieux supporté la sécheresse. En revanche pas de pourriture grise, un millerandage quasiment absent, ce qui fait dire que «qualitativement, on est plutôt optimiste». Les analyses faites par le Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne sur les pinots noirs tendent à révéler des acidités et des teneurs en sucre similaires à celles de 2015, une grande année. Les chardonnays se rapprocheraient plus du millésime 2017, autre belle année.

La prise en compte d'étés plus chauds


Devant le risque d'un été chaud, le travail des sols est adapté avec des labours précoces notamment. Au printemps, les effeuillages sont réduits afin de protéger du soleil les grappes en devenir. De la même façon, l'écimage consistant à couper les rameaux poussant vers le haut est diminué. Le passage aux méthodes culturales de l'agriculture biologique contribue à la résistance de la vigne face à la sécheresse. Cela en favorisant un enracinement profond de la plante. «On voit que les vignes sont encore vigoureuses» constate le vigneron.

En revanche, l'esca, une maladie des ceps de vigne, reste problèmatique. Entre 3% et 8% des pieds de vigne sont détruits chaque année. Cela amène à procéder à des remplacements : chaque année 3% des pieds sont repiqués du fait des champignons de l'esca, du virus du court noué ou tout simplement de l'âge des ceps.

La vinification participe aussi de l'adaptation aux évolutions climatiques. Les vendanges entières incluant les rafles se généralisent, la rafle participant à la structure tannique du vin pour peu qu'elle aussi soit suffisamment mûre. C'est un des équilibres délicats à trouver en 2020 puisque, globalement, les rafles n'ont pas connu leur évolution habituelle au mois d'août.

Le bio, un des outils de la viticulture durable


La prise en compte des questions environnementales remonte aux années 1980 avec la mise en place de méthodes d'agriculture raisonnée dans les parcelles de Chablis. «Il y avait déjà la culture écologique dans l'ADN de la Maison» tient à signaler Albéric Bichot. Cette approche a été étendue à la Côte-d'Or au début des années 2000. «Peu à peu, on est parti sur le bio, sans rien revendiquer, juste pour apprendre» se souvient le vigneron. Une progressivité qui a permis de faire évoluer les mentalités au sein des équipes. «D'année en année, on a adapté le matériel car la plus grande révolution dans le bio, c'est le travail des sols» d'où un investissement dans de nouveaux tracteurs, de nouvelles charrues et la recherche de nouvelles compétences pour les mettre en œuvre.

La décision d'une conversion effective pour obtenir le label Agriculture Biologique a été prise en 2009 avec une certification en 2014. Pour autant, la Maison Bichot n'appose pas encore le label sur ses étiquettes, la réputation du bio ne semblant pas encore suffisamment établie aux yeux des consommateurs. Cela arrive finalement sur les étiquettes à partir du millésime 2018 et la mention «vin biologique».

Aujourd'hui, le bio apparaît comme une des tonalités de la palette de la viticulture durable : diversité dans le choix des plants, développement de la biodiversité et recherche d’alternance et d’alternatives dans le choix des produits de traitement et leur mode d’action afin d’encourager la plante à développer ses défenses naturelles.

Si l'adaptation au changement climatique ne faisait pas partie des motivations pour s'orienter définitivement vers l'agriculture biologique, le bénéfice de cette approche durable apparaît aujourd'hui évident. «Il me semble que la vigne nous le rend bien» estime Albéric Bichot, «on constate que la vigne résiste mieux, au moins à la sécheresse».

En résumé, pour Albéric Bichot, «cette longue transformation» menant au bio a d'abord été opérée en premier pour «la protection de nos terroirs» et en second grâce à «une conviction personnelle» partagée unanimement par les personnels. «C'est le sens de l'histoire» analyse-t-il. «On a été le premier négociant-viticulteur à passer en bio, aujourd'hui, entre nos domaines et nos achats de raisin, on a la plus large offre de vins bio de Bourgogne avec 47 appellations» revendique Albéric Bichot.

Diversification des achats dans les hautes-côtes


Plus globalement, en termes de stratégie d'entreprise, Albéric Bichot regarde en direction des hautes-côtes de Nuits : «en l'espace de dix ans, on a quadruplé nos apports en raisin» sur la partie négoce de l'activité. La Maison Bichot développe ainsi des partenariats avec d'autres domaines afin de proposer des hautes-côtes de Nuits et des hautes-côtes de Beaune dans sa gamme. En retour, les partenaires sont formés à des principes de l'agriculture biologique avec l'espoir que cela amène à des conversions proprement dites.

La Maison Bichot ne néglige pas non plus le Bourgogne Côte-d'Or avec 40 hectares destinés à cette appellation près de Meursault et de Saint-Romain pour les blancs et près de Gevrey-Chambertin et de Morey-Saint-Denis pour les rouges. Cette jeune appellation, apparue en 2017, sera la vedette de la Saint-Vincent tournante 2021 pour mieux la faire connaître.

Des vins de Bourgogne un peu trop chers


L'instauration de nouvelles taxes américaines sur les vins français en octobre 2019 révèle un «souci sur le prix des vins». Le millésime 2019 ayant atteint des records de cherté. «On espérait que les prix se détendent un peu» confie Albéric Bichot avec un brin de fatalisme, «ce sont les marchés qui vont trancher».

Paradoxalement, le négociant souhaiterait que les vins de Bourgogne soient un peu moins chers, «pour relancer la machine, notamment aux États-Unis». L'impact des taxes étant d'autant plus sensible auprès de la clientèle américaine pour les vins d'entrée de gamme, les appellations régionales et villages. Malgré cela, le potentiel de développement reste considéré comme important.

En regard, la gamme des domaines Albert Bichot est étagée afin de proposer aux consommateurs des bouteilles à des prix variés allant des hautes-côtes au grand cru. Il s'agit ainsi d'assurer le rayonnement partout dans le monde du vin de Bourgogne vu comme «la quintessence de cette alliance parfaite entre la nature, l’homme et le patrimoine».

Jean-Christophe Tardivon

Les domaines Albert Bichot
Maison fondée en 1831
105 hectares en propre :
Domaine Long-Depaquit à Chablis (65 ha)
Domaine du Clos Frantin à Nuits-Saint-Georges (7,3 ha)
Château-Gris à Nuits-Saint-Georges (3,5 ha)
Domaine du Pavillon à Pommard (17 ha)
Domaine Adélie à Mercurey (7,8 ha)
Domaine de Rochegrès à Moulin-à-Vent (5,2 ha)
L'achat de raisin représente plus de 350 hectares
Le chiffre d'affaires annuel avoisine 60 millions d'euros
L'entreprise compte 172 employés
Un tiers des ventes sont réalisées en France
Deux tiers des ventes se font à l'exportation en direction de 100 pays

Au coeur des vendanges à Pommard