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20/06/2020 20:18

DIJON : Une vingtaine de victimes identifiées à l'issue de trois jours de violences

Rappel de l'enchaînement des faits du 9 au 16 juin par le procureur de la République de Dijon lors d'un point presse ce samedi 20 juin. Un focus particulier a été fait sur les différentes victimes tant de l'expédition punitive que des violences urbaines survenues dans le quartier des Grésilles.
Une vingtaine de victimes sont identifiées à ce jour, cela mérite que le procureur de la République de Dijon, Éric Mathais, ait une attention particulière à leur égard. Comme il l'avait fait lors de l'affaire d'enlèvement d'un jeune de Chenôve pour un règlement de compte résolu en 24 heures par la police judiciaire (lire notre article), le procureur revient en préambule sur le principe de traitement indifférencié des victimes : «la loi s'applique à tous, comme le rappelle la Déclaration des Droits de l'Homme de 1789, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse, quelque soit l'origine sociale, géographique ou autre des personnes».

«Mon équipe et moi faisons en sorte que les infractions à la loi soient traitées, quand c'est nécessaire qu'elles soient jugées de la même façon quelque soit les auteurs présumés, nous prenons en compte la situation des victimes de la même façon, égale» ajoute-t-il.

«Ce à quoi nous avons assisté était tout à fait imprévisible et, heureusement, totalement inhabituel» souligne Éric Mathais avant de revenir sur l'émotion suscitée par les violences urbaines : «le procureur de la République que je suis ne peut être que choqué et préoccupé face à des affrontements communauté contre communauté sur fond de discrimination voire de racisme».

Point de départ au Black Pearl


La première victime est donc un jeune homme membre de la communauté dite «tchétchène» qui a subi des «violences sérieuses» commises par des personnes venant du bar à chicha le Black Pearl en utilisant des armes «de type batte de base-ball» dans la nuit du 9 au 10 juin 2020.

Des violences qui n'ont pas généré de plainte auprès des services de police donc «la police ne peut pas faire son travail d'enquête» a contrario de l'affaire d'enlèvement où la famille du jeune enlevé avait très rapidement contacté le commissariat.

Il y aurait au moins une autre victime ce soir-là mais l'enquête est encore en cours à ce sujet le procureur ne souhaite pas apporter d'information puisque les auteurs de l'agression sont actuellement recherchés.

«Une sorte d'expédition punitive»


À la suite d'appels sur les réseaux sociaux, une centaine de «Tchétchènes» arrivent à Dijon le vendredi 12 juin dans la nuit pour «une sorte d'expédition punitive». Masqués et armés de barres de fer, de bâtons et de battes de base-ball, certains commettent des «violences importantes» au sein du Black Pearl. Le procureur de la République dénombre quatre victimes physiques induisant des interruptions temporaires de travail de 7 à 42 jours suivant les personnes.

Alors, «la police intervient et reprend la maîtrise de la situation avec l'utilisation de gaz lacrymogènes mais, compte tenu des circonstances, pas d'interpellation possible» insiste le procureur de la République. Dans la nuit du 12 au 13 juin 2020, le convoi se dirige à Quetigny puis dans le quartier des Grésilles et commet des violences sur des personnes «selon leur origine supposée» en dehors de la vue des policiers et des caméras. Là, ce sont neuf victimes qui sont identifiées, pour des ITT allant de 0 à 30 jours.

Fusillade rue d'York


Dans la nuit du 13 au 14 juin 2020, une cinquantaine de personnes de ce groupe se rassemblent rue d'York, en bordure du quartier des Grésilles. Des échanges de tirs ont lieu avec les occupants d'une Clio RS qui sera retrouvée plus tard brûlée dans un village près de Dijon. À bord de la Clio RS, une arme de poing et une arme longue sont utilisées.

Un des occupants, un Dijonnais de trente ans, a eu le dos traversé par une balle et a été transporté au CHU Dijon Bourgogne, induisant 30 jours d'ITT. «Vingt-six étuis de munitions ont été retrouvés sur place» précise Éric Mathais qui qualifie les faits de «tentative d'homicide volontaire». Pour l'instant, les personnes interpellées ne le sont pas à propos de cette fusillade et l'enquête se poursuit de manière «active».

Un conducteur accidenté avenue des Grésilles


La troisième séquence du dimanche 14 juin 2020 a généré une victime d'un accident de voiture alors que la personne conduisant une Peugeot 307 semblait vouloir foncer sur un groupe de «Tchétchènes» rassemblés avenue des Grésilles. Ayant perdu le contrôle du fait d'un état d'ivresse, le conducteur fait des tonneaux avec son véhicule et est conduit à l'hôpital pour de graves blessures induisant 90 jours d'ITT.

Un enquête distincte est en cours et le procureur souligne qu'il existe des différences d'interprétation de la situation selon que l'on visionne les images diffusées par les protagonistes sur les réseaux sociaux et les enregistrements des caméras de vidéosurveillance de la Ville de Dijon. «Nous exploitons toutes les vidéos» rappelle Éric Mathais.

Le groupe a alors déambulé dans les Grésilles puis s'est rassemblé sur le parking du Zénith avant de quitter l'agglomération dijonnaise.

Des montages vidéos présentés comme dijonnais


Les «événements violents de type émeutes urbaines» survenus dans le quartier des Grésilles à Dijon et dans des quartiers de la commune de Chenôve du lundi 15 juin 2020 et dans la nuit de lundi à mardi, font l'objet d'une attention particulière du procureur de la République dans ce point presse.

«De nombreuses dégradations, dont certaines par incendie, ont notamment été commises» rappelle le procureur. Ont été diffusées sur les réseaux sociaux «de nombreuses images très marquantes de personnes brandissant des armes à feu, réelles ou factices» dont «certaines images ont été prises dans d'autres villes» puisque «les enquêteurs ont pu vérifier que sur certaines images où on voyait des gens brandissant des armes à feu soi-disant ce soir-là, ce n'étaient pas des poubelles de la Ville de Dijon».

Des traumatismes physiques et psychologiques


Globalement, du 12 au 15 juin 2020, «à ce jour, nous dénombrons vingt victimes physiques identifiées dont certaines gravement blessées, je pense notamment à la victime du coup de feu, je pense notamment à la victime de l'accident [de voiture]» indique le procureur.

«J'ai évidemment une pensée pour ce qu'elles ont subi à la fois physiquement et dans le traumatisme que de tels faits peuvent représenter. Elles auront d'ailleurs la possibilité de se constituer partie civile dans le cadre des procédures pour faire valoir leur droit» précise le procureur. Éric Mathais a demandé à l’association France Victimes 21 d'intervenir et une cellule psychologique sera mise en place.

Jean-Christophe Tardivon

La compilation de vidéos des réseaux sociaux par le Parisien


Ouverture d'une information judiciaire et quatre personnes mises en examen



Une voiture en feu dans le quartier des Grésilles le lundi 15 juin 2020 (photo Fabrice Aubry)


Le procureur de la République de Dijon, Eric Mathais, ce samedi 20 juin 2020 (photo JC Tardivon)