Recherche
> Faits Divers > Faits Divers en Côte-d'Or
20/06/2020 21:38

VIOLENCES URBAINES : «L'intervention judiciaire permettra de prendre le pas sur la logique d'affrontements dits communautaires» déclare le procureur de Dijon

Alors que plusieurs personnes de nationalité russe ont été placées en garde à vue à la suite des violences survenues au sein du quartier des Grésilles, une information judiciaire a été ouverte. Quatre hommes, dont deux de Dijon et Dole, ont été mis en examen. Ils pourraient encourir jusqu'à dix ans de prison.
Les services de la justice promettent une mobilisation à la hauteur de l'ampleur des événements survenus du 9 au 16 juin au centre-ville de Dijon puis dans le quartier des Grésilles. Le procureur de la République, Éric Mathais, et le directeur interrégional de la Police judiciaire de Bourgogne-Franche-Comté, Magali Caillat, soulignent le nombre de services impliqués lors d'un point presse tenu ce samedi 20 juin 2020.

Les familles des jeunes victimes de la rixe du 9 juin dernier n'ayant pas prévenu la police, celle-ci n'a pas pu intervenir ni démarrer une enquête à ce moment-là (lire notre article sur les vingt victimes de trois jours de violences).

En revanche, «dès la nuit du vendredi au samedi, le parquet de Dijon a confié une enquête conjointement à la direction interrégionale de la Police judiciaire de Dijon et à la sûreté urbaine de la direction départementale de la sécurité publique de Dijon» indique le procureur.

À cela, depuis le 15 juin, s'ajoute la saisine du directeur central de la police judiciaire afin d'activer le maillage national sur le sujet. Ont été mobilisées la Brigade de Recherche et d'Intervention nationale (BRI) ainsi que les BRI de Dijon, Lyon et Strasbourg ainsi que le RAID pour procéder à des interpellations.

Plusieurs interpellations dans différentes villes


Dans le cadre de cette enquête, six personnes ont été interpellées le 18 juin dans différentes villes. Il s'agissait «d'entendre les premières identifiées qui avaient manifestement pris une part active dans le déroulement des événements et de continuer à bien comprendre ce qui a pu se passer, pourquoi et pas qui précisément» précise Éric Mathais. Deux personnes ont été rapidement mises hors de causes et libérées.

Les perquisitions n'ont pas permis de découvrir d'armes réelles mais «deux armes factices de type Airsoft» ont été trouvées ainsi que 2.600 euros et 12.000 euros dans deux cachettes différentes, une barre de fer et une grenade lacrymogène.

Ouverture d'une information judiciaire


Ce samedi matin, le parquet de Dijon a ouvert une information judiciaire qui sera confiée à deux magistrats instructeurs du fait du nombre des protagonistes et de l'ampleur des événements. «Chaque personne qui sera mise en examen et qui sera impliquée dans ce dossier répondra naturellement de sa propre responsabilité et seulement de sa propre responsabilité». Une mise en examen n'étant qu'«un premier stade de la procédure», les personnes bénéficient de la présomption d'innocence.

Quatre hommes ont été présentés au tribunal, le parquet a requis des mises en examen qui se sont décidées dans la soirée de ce samedi. Ces hommes reconnaissent avoir été présents lors des événements, ils contestent «avoir commis personnellement des violences ou des dégradations».

- un homme de 23 ans,  Russe, résidant à Saint-Étienne (Loire), ayant le statut de réfugié, jamais condamné, a été mis en examen pour association de malfaiteurs en vue de la préparation de délits punis de dix ans d'emprisonnement, pour violences aggravés par trois circonstances (présence d'armes, réunion de plusieurs auteurs, violences commises en raison de l'appartenance vraie ou supposée des victimes à une ethnie, une nation ou une prétendue race), pour dégradations aggravées. Il a été incarcéré.
 
- un homme de 29 ans, Russe, résidant à Troyes (Aube), ayant une carte de résident, jamais condamné, a été mis en examen pour association de malfaiteurs en vue de la préparation de délits punis de dix ans d'emprisonnement, participation à un groupement en vue de la préparation de violences ou de dégradations, pour violences aggravés par trois circonstances (présence d'armes, réunion de plusieurs auteurs, violences commises en raison de l'appartenance vraie ou supposée des victimes à une ethnie, une nation ou une prétendue race), pour dégradations aggravées. Il a été incarcéré.

- un homme de 53 ans, Russe, résidant à Dole (Jura), ayant le statut de réfugié, jamais condamné, a été mise en examen pour association de malfaiteurs en vue de la préparation de délits punis de dix ans d'emprisonnement et pour participation à un groupement en vue de la préparation de violences ou de dégradations. Il a été incarcéré.

- un homme de 41 ans, né en Russie, de nationalité française, résidant à Dijon, jamais condamné mais sous contrôle judiciaire, a été mis en examen pour association de malfaiteurs en vue de la préparation de délits punis de dix ans d'emprisonnement, participation à un groupement en vue de la préparation de violences ou de dégradations. Selon nos informations, il a été remis en liberté sous contrôle judiciaire.

Identifier les auteurs des violences initiales


«L'enquête va se poursuivre activement avec une particulière détermination sous commission rogatoire sous l'autorité des juges d'instruction» déclare le procureur. Il s'agit pour la police judiciaire de continuer à identifier et interpeller les auteurs des faits dont «les violences initiales sur la victime dite d'origine tchétchène», faits «qui n'avaient pas fait l'objet d'une plainte initiale».

«Beaucoup d'autres enquêtes en flagrance sont en cours pour lesquelles un juge d'instruction n'est pas encore saisi» souligne Éric Mathais. Magali Caillat insistant alors sur l'importance des vidéos amateurs diffusées sur les réseaux sociaux et des vidéos de caméras de la Ville de Dijon qui nécessitent un «travail de décryptage» en cours. «Encore faut-il établir leur provenance et leur solidité en termes de vérité» puisque certaines images permettent déjà de reconnaître des montages faits à partir d'images tournées dans plusieurs villes.

«Une enquête très intense»


En conclusion, le procureur tient à saluer l'engagement «considérable» de la DIPJ dont les enquêteurs ont travaillé «sans relâche depuis leur saisine de vendredi soir», de la DDSP et du parquet. Comme l'indique Magali Caillat, plusieurs enquêteurs spécialistes du «crime organisé» sont venus renforcer les équipes régionales même si, à ce jour, il n'y a pas de lien établi entre les personnes mises en examen et la criminalité organisée. La responsable de la police judiciaire confie qu'il s'agit d'une «enquête très intense».

Le procureur de Dijon se dit persuadé que «l'intervention judiciaire permettra de prendre le pas sur la logique d'affrontements dits communautaires pour que les conflits et les infractions commis ne se règlent pas à coup d'expédition punitive mais par l'application de la loi républicaine, par la justice et dans l'enceinte d'un tribunal».

Jean-Christophe Tardivon