«Laissons nos haies tranquilles pour protéger nos oiseaux qui luttent naturellement contre les ravageurs et les vecteurs de maladie qui impactent nos fermes», revendiquent les militants côte-d'oriens du syndicat agricole.
Communiqué de la Confédération paysanne du 12 mars 2026 :Alors que les services de l'Etat étudient une demande de dérogation aux périodes réglementaires de tailles de haies et d'arbres, la Confédération Paysanne de Côte d’Or rappelle les impacts négatifs de ces pratiques à ces périodes sensibles.
Pour la troisième année consécutive, la période pendant laquelle les interventions sont interdites, à savoir entre le 16 mars et le 31 août, pourrait encore être raccourcie. Alors que les oiseaux ou autres chiroptères ont tendance à nicher de plus en plus tôt avec le changement climatique, il est évident que ces dérogations fragiliseront encore l'état de ces populations et de la faune en général.
Les populations d'oiseaux s'écroulent. En France, ce sont particulièrement les oiseaux des milieux agricoles qui sont en déclin prononcé depuis 1930, de l'ordre de 30% en 20 ans pour certaines espèces. Nos pratiques sont directement impactantes : remembrements, destructions de haies, retournements de prairies, drainages, pesticides et vermifuges...
Nous, paysan.ne.s, avons une influence majeure, au-delà même du respect de la loi qui les protège et fixe les modalités de leur protection.
D'un point de vue agricole, nous constatons que les dérèglements climatiques rendent les accès aux terres plus difficiles en hiver et limitent nos possibilités d'intervention (ce qui laisse l'automne pour agir). Cependant, il n’est pas crucial d'entretenir par la taille et le broyage nos haies chaque année, coûte que coûte. Ainsi, au regard du préjudice sur le vivant, nous demandons instamment à l'Etat de ne pas déroger une troisième année consécutive et de conserver les dates réglementaires usuelles d’interdiction d’intervention du 16 mars au 31 août.
Au-delà de notre responsabilité à "protéger pour protéger", nous voulons insister sur l'utilité de cette avifaune pour les agriculteurs et plus largement pour les humains. Ces oiseaux sont pour beaucoup des régulateurs naturels. Des pyrales aux campagnols, des carpocapses aux mulots, les oiseaux sont de véritables régulateurs naturels de ravageurs. Et notamment des vecteurs de maladies de nos élevages, en consommant les moustiques et mouches de vecteurs de la DNC, de la FCO ou encore de la dengue. Des écosystèmes forts nous rendent des services écosystémiques majeurs, directement utiles à nos fermes, à nos productions, à nos revenus.
Mais au-delà des dates d'entretien des haies, le sujet doit être élargi. 70 % des haies ont disparu en France depuis l'apogée du bocage en 1930, soit l’équivalent de 2 millions de km ou de 50 fois le tour du monde. Le rythme de disparition est estimé à 23 500 km/an entre 2017 et 2021, programmes de plantation compris, soit une perte six fois supérieure au linéaire replanté chaque année. Ce rythme a doublé comparé à la période 2006-2014. Le remplacement de haies détruites par des haies jeunes ou l'entretien excessif des haies (taillées trop souvent, taillées trop fines ou trop basses) limitent fortement leurs fonctionnalités écologiques.
Notre syndicat exprime son inquiétude face à la simplification réglementaire de la gestion des haies dont le décret est annoncé cette année et les dérives possibles face aux pressions. Les haies constituent un patrimoine paysager, naturel et culturel commun, dont la destruction dépasse la seule instruction administrative et ne sont pas remplaçables par de seuls linéaires plantés.
Nous souhaitons que la chambre d'agriculture et les organismes professionnels compétents continuent à accompagner les changements de pratiques au plus près des agriculteurs : plantations des haies, formations sur l'entretien des haies, recherches et applications sur les luttes intégrées...
Nous encourageons la diffusion de ces savoirs scientifiques qui favorisent l'évolution des mentalités et pratiques.
Le projet d'Agriculture paysanne, soutenu par la Confédération paysanne, intègre dans ses fondements la nécessité de travailler avec la nature, le vivant. Nous devons reconnaître et intégrer les services écosystémiques que représentent pour nous les éléments paysagers naturels et la biodiversité de nos campagnes. Il est de notre devoir mais aussi de notre intérêt de prendre soin de l'avifaune de nos milieux agricoles et de leurs habitats. C'est pour cela que nous demandons à chaque agriculteur, si la dérogation venait à être autorisée, de ne plus intervenir malgré tout sauf impératifs majeurs.