«Les premiers jours décident de la suite», souligne le spécialiste de la rénovation en bâtiment au sein d'une entreprise lyonnaise.
Communiqué Éliot Dupond du 25 octobre 2026 :Vitrines brisées, rideaux tordus, marchandises abîmées : après les dégradations de ces derniers jours, des commerçants de Dijon et de Côte-d'Or se retrouvent face à un chantier qu'ils n'avaient pas prévu, en plein dans leur activité. Les démarches sont nombreuses et les délais courts.
Voici, du point de vue de ceux qui réparent, ce qui fait la différence entre un dossier qui avance et un dossier qui s'enlise.
Mettre en sécurité avant tout
La première urgence n'est ni l'assurance ni le devis : c'est de fermer le local et d'éviter que les dégâts ne s'aggravent. Une vitrine brisée laisse entrer la pluie, le froid et parfois de nouveaux visiteurs. Un panneau de bois vissé dans l'encadrement ou un film de protection posé par un vitrier suffit souvent pour quelques jours.
Il faut aussi penser à ce qui ne se voit pas. Un rideau métallique forcé peut avoir endommagé son moteur ou ses fixations ; mieux vaut ne pas le manœuvrer avant vérification. Si des câbles, une enseigne lumineuse ou un tableau électrique ont été touchés, l'électricité doit être coupée sur la zone et contrôlée par un professionnel avant toute remise sous tension.
Ces mesures de mise en sécurité ne sont pas seulement du bon sens : le contrat d'assurance demande en général à l'assuré de prendre les dispositions raisonnables pour limiter les dommages. Gardez les factures de ces interventions d'urgence, elles font partie du sinistre.
Constituer la preuve
Avant de ranger, de balayer ou de jeter quoi que ce soit, photographiez tout : la façade, les vitrages, les serrures, l'intérieur, les stocks abîmés, les équipements. Filmer en continu en parcourant le local est souvent plus parlant qu'une série de photos isolées. Notez l'heure à laquelle vous avez constaté les dégâts et les éventuels témoins.
Ne jetez pas les marchandises détériorées ni les équipements cassés avant que l'assureur ou son expert ne les ait vus ou ne vous ait autorisé à vous en débarrasser. C'est l'une des erreurs qui retardent le plus les indemnisations.
Le dépôt de plainte, au commissariat ou à la gendarmerie, est presque toujours demandé par l'assureur pour les actes de vandalisme et les vols. Le récépissé est à joindre au dossier.
Respecter les délais de déclaration
Le code des assurances fixe des délais minimaux que le contrat ne peut pas raccourcir : en cas de vol, la déclaration doit être faite dans les deux jours ouvrés ; pour les autres sinistres, le délai prévu par le contrat ne peut pas être inférieur à cinq jours ouvrés (article L113-2 du code des assurances). Votre contrat peut prévoir plus long, mais il ne faut pas compter dessus : déclarez le plus vite possible, par écrit, en gardant une trace de l'envoi.
La déclaration n'a pas besoin d'être complète dès le premier jour. Elle peut être suivie d'un état des pertes plus détaillé, une fois l'inventaire fait. Ce qui compte, c'est de signaler le sinistre dans les temps.
Relisez aussi votre contrat multirisque professionnelle sur deux points souvent méconnus : la garantie « émeutes et mouvements populaires », qui couvre les dommages causés lors de rassemblements, et la garantie « perte d'exploitation », qui compense une partie du chiffre d'affaires perdu pendant la fermeture. Toutes les polices ne les incluent pas, et leurs conditions varient.
Ce que l'État peut avoir à indemniser
Le débat sur la prise en charge par l'État, porté ces jours-ci par des organisations de commerçants, repose sur un texte ancien : l'État est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis à force ouverte ou par violence par des attroupements ou rassemblements (article L211-10 du code de la sécurité intérieure).
Son application dépend des circonstances, et la procédure passe généralement par l'assureur, qui peut ensuite se retourner contre l'État. Un commerçant non assuré, ou mal assuré, peut engager lui-même une demande, mais c'est une démarche longue qui mérite l'appui d'un avocat ou de la chambre de commerce.
Obtenir des devis utilisables
L'expert de l'assurance aura besoin de devis de réparation. Un devis utilisable n'est pas un montant griffonné : il décrit précisément chaque élément à remplacer, le type de vitrage, les dimensions, la serrurerie, la motorisation du rideau, la reprise de peinture ou d'enseigne. Plus il est détaillé, moins il soulève de questions.
Deux conseils pratiques :
- Séparez la réparation de l'amélioration. Si vous profitez des travaux pour poser un vitrage plus résistant ou un rideau plus solide, demandez que la différence apparaisse sur une ligne distincte. L'assurance indemnise la remise en état ; l'amélioration reste à votre charge ou peut relever d'une aide spécifique.
- Attendez l'accord avant les gros travaux. En dehors de la mise en sécurité, ne lancez pas le remplacement définitif d'une vitrine ou d'un rideau avant que l'expert ne l'ait validé, sauf accord écrit de l'assureur. Sinon, vous risquez de devoir justifier une dépense déjà engagée.
Rouvrir, même partiellement
Une boutique fermée perd des clients qui prennent d'autres habitudes. Dès que la sécurité est assurée, une réouverture partielle, derrière un panneau provisoire et avec une simple affiche expliquant la situation, maintient le lien avec la clientèle.
Les assureurs y sont en général favorables, puisqu'elle réduit la perte d'exploitation. Encore faut-il que l'électricité ait été vérifiée, que les débris de verre aient été évacués et que les issues restent dégagées pour accueillir du public.
Penser aux autorisations
Remplacer une vitrine à l'identique ne demande en général aucune formalité. La changer pour un modèle différent, poser un coffre de rideau en façade ou modifier une enseigne peut en revanche imposer une déclaration préalable en mairie ; au cœur historique de Dijon, classé site patrimonial remarquable, le dossier ira en outre chez l'ABF (architecte des Bâtiments de France).
Pour une boutique située dans un immeuble en copropriété, il faudra peut-être aussi un vote des copropriétaires avant de toucher à la façade. Le service urbanisme de la ville répond à ces questions avant la commande ; c'est plus simple que de devoir démonter après coup.
L'essentiel en quelques lignes
Quand : Quoi
Le jour même: Mise en sécurité, coupure électrique si besoin, photos et vidéo
Dans les 24 à 48 heures : Plainte, déclaration écrite à l'assureur
Les jours suivants : Inventaire des pertes, devis détaillés, relecture du contrat
Après l'expertise : Travaux définitifs, démarches d'urbanisme si la devanture change
Personne n'est préparé à voir son commerce saccagé. Mais les commerçants qui s'en sortent le plus vite sont ceux qui ont sécurisé, photographié et déclaré dans les premiers jours, avant de penser à la suite.
Eliot Dupond travaille chez Serenobat (
https://www.serenobat.fr/nos-agences/agence-cote-...), entreprise nationale de rénovation qui intervient notamment en Côte-d'Or.