
L'équipe du pôle culturel a préparé une anthologie de la bande dessinée sous l'angle de l'alimentation, en présentant de nombreux originaux. «C'est notre première coproduction», se félicite la directrice du pôle culturel, «le sujet est sérieux mais traité avec humour».

Actualisé : L'exposition est prolongée jusqu'au 22 mars.
L'exposition «Croquez ! La BD met les pieds dans le plat» attire plus de 3.000 visiteurs par mois. Dans l'ensemble, l'équipe du pôle culturel de la Cité internationale de la gastronomie et du vin compte bien atteindre les 50.000 visiteurs recensés lors de l'accrochage à Angoulême.
Pour connaître les raisons de cet engouement,
Infos Dijon a rencontré, ce jeudi 24 juillet 2025, Dominique Buccellato, directrice du pôle culturel, qui a supervisé la préparation de cette exposition en place jusqu'au 5 janvier 2026
et prolongée jusqu'au 22 mars 2026.
«Une nouvelle facette du Repas gastronomique des Français»
Depuis 2022, au travers d'expositions permanentes et temporaires, le pôle culturel a pour mission de présenter aux visiteurs la notion de repas gastronomique des Français. Cette tradition culinaire a été inscrite par l'UNESCO au Patrimoine culturel immatériel de l'humanité en 2010.
Une rencontre avec l'équipe Cité internationale de la bande dessinée et de l'image d'Angoulême a fait émerger l'idée d'une exposition commune recourant au medium de la bande dessinée pour évoquer la gastronomie et, plus généralement, d'alimentation.
«Cette nouvelle exposition invite à explorer une nouvelle facette du Repas gastronomique des Français et de la place de l'alimentation dans nos sociétés à travers les regards des auteurs et illustrateurs de bande dessinée», expliquent les commissaires Marine Bidaud et Mathieu Charrier
La première coproduction de la Cité de la gastronomie
«C'est notre première coproduction», se félicite Dominique Buccellato, «dès le début, on a défini le concept». «On a laissé à la Cité de la bande dessinée toute la charge de la conception intellectuelle et du contenu général puisqu'ils ont une expertise particulière sur la bande dessinée. On a apporté notre expertise sur la manière de raconter le repas et cette histoire gastronomique.»
Les équipes d’Angoulême et Dijon ont apporté chacune environ 250.000 euros pour réaliser ce travail. Après une présentation au Musée de la bande dessinée, à Angoulême, durant l'année 2024, l'exposition a été adaptée pour se déployer sur 500 m² à Dijon et ainsi ouvrir le 20 février dernier.
Même si rien n'est prévu à ce jour, les deux Cités n'excluent pas de vendre le concept à l'étranger, en particulier à des structures de pays francophones. Des professionnels belges et suisses sont venus apprécier l'accrochage.
«C'est une histoire française mais pas seulement», relève Dominique Buccellato, «cette exposition montre aussi comment on s'occupe d'alimentation dans d'autres pays».
Un sujet sérieux traité avec humour
«Le sujet est sérieux», indique Dominique Buccellato au regard du repas gastronomique des Français classé par l'UNESCO, «mais la manière de le traiter peut l'être avec humour».
Et de faire le parallèle avec l'exposition permanente «Le Petit Théâtre du bien-boire et du bien-manger» : «la première partie explique cette inscription à l'UNESCO puis on a de petits comics qui se moquent du rapport, parfois snob, qu'ont les Français avec leur repas».
Les visiteurs peu familiarisés avec les codes gastronomiques français gagneront donc à parcourir cette exposition permanente – désormais gratuite – avant de découvrir «Croquez !»
«De l'aliment qualifiant un héros à l'alimentation comme sujet»
La première salle met en avant des personnages emblématiques de bande dessinée fortement associés à l'alimentation : Astérix et Obélix et leurs fameux sangliers, Popeye et ses épinards, Gaston Lagaffe et ses expériences culinaires.
«Il s'agit de partir de l'aliment qualifiant un héros», explique Dominique Buccellato, «pour aller à l'alimentation comme sujet du livre, jusqu'à une vision de l'alimentation dans le futur avec des collaborations exceptionnelles crées pour cette exposition entre une douzaine d'auteurs de bande dessinée nationaux et une douzaine de chefs». «Chaque binôme a donné sa vision de la cuisine du futur.»
L'alimentation pour «se moquer des travers de la société»
Durant le parcours, le visiteurs découvre comment notamment la bande dessinée convoque l'alimentation pour «se moquer des travers de la société, de l'agriculture, de l'économie et des entreprises», l'alimentation comme objet puis des histoires de chefs cuisiniers ou de vignerons, le vin et les étiquettes des bouteilles n'étant pas oubliés.
Ainsi dans «Les Ignorants», le dessinateur Étienne Davodeau s'inspire du reportage et explore l'univers viticole de Richard Leroy en Anjou tout en partageant en retour sa passion de la BD.
Une exposition de planches de BD
«Croquez ! La BD met les pieds dans le plat» est majoritairement constituée de planches, pour beaucoup originales : «L'idée est aussi de montrer comment la production de bande dessinée a été très connectées aux problématiques du moment».
Le propos croise l'histoire de la bande dessinée en présentant des planches dont le format et l'appréhension évolue avec le temps, dustrip des journaux jusqu'au roman graphique.
Quelques projections
Les media numériques sont donc peu présents, ce qui n'empêche pas l'accrochage de sortir des cases.
Une séquence drolatique d'«Astérix et Cléopâtre», réalisé par René Goscinny et Albert Uderzo (1968), permet de faire résonner la chanson «Quand l'appétit va, tout va» dans la première salle.
Un espace évoque le roman «La Vie et la Passion de Dodin-Bouffant gourmet» de Marcel Rouff (1924) en BD et en long-métrage (réalisé par Trần Anh Hùng, sorti en 2023).
Par ailleurs, au gré du parcours, des indicateurs incitent également petits et grand à toucher des textures et à sentir des arômes.
Les salles présentent des auteurs européens – français, belges et même bourguignons comme Fred Bernard et Mathieu Sapin – ainsi que d'autres continents comme l'Argentin Quino – qui a inventé le personnage de Mafalda –
et l'Iranienne Marjane Satrapi. «Le sujet de l'alimentation est universel», résume la directrice du pôle culturel.
«La bande dessinée érotique fait aussi partie du sujet»
L'alimentation est un sujet très intime. Aussi, de sages évocations de l'alimentation et de la sensualité émergent parfois des planches. Pour mieux explorer cet aspect en préservant les yeux des enfants, un passage orné de rose a été réservé aux plus de 18 ans avec des oculus en hauteur pour observer des œuvres érotiques.
«Les parents sont prévenus lorsqu'ils achètent le billet», précise Dominique Buccellato qui assume ce choix, «personne n'est obligé de regarder». «C'est, fondamentalement, quelque chose qu'on ne pouvait pas éviter. Le rapport à l'intime a été beaucoup développé par Aurélia Aurita. La bande dessinée érotique, la bande dessinée pornographique fait aussi partie du sujet.»
Un accrochage rythmé
La production contemporaine de bandes dessinées permet aux commissaires de l'exposition d'envisager plusieurs modalités d'accrochage, ce qui rythme l'exposition.
Le visiteur passe ainsi de la planche apposée au mur, à la page de roman graphique présentée encadrée et même jusqu'aux mangas affichés en kakemonos flottant dans l'air.
Des originaux de «La Vie gourmande» d'Aurélia Aurita côtoient ainsi «Les Gouttes de Dieu», le manga écrit par Tadashi Agi et dessiné par Shū Okimoto, ou encore la saucisse-pop star «El Chipo» de Nikola Witko.
Des collaborations entre des chefs et des auteurs
L'exposition se prolonge en faisant le lien avec la gastronomie d'aujourd'hui. Ainsi, dans le cadre de la préparation de l'exposition, la dessinatrice Chloé Cruchaudet a suivi l'évolution de la bridage du restaurant deux-étoiles Le Clarence, à Paris, conduite par le chef Christophe Pelé. Le travail est filmé comme un
work in progress et le résultat est affiché aux murs.
Autre collaboration affichée : le chef Alain Passard a accueilli le dessinateur Christophe Blain dans les cuisines de son restaurant trois-étoiles L'Arpège, à Paris.
«Les chefs ont bien compris l'intérêt du média bande dessinée pour raconter leur démarche et leurs collaborations, expliquer aussi leurs questionnements», souligne Dominique Buccellato.
Vers la cuisine du futur
«Le repas est un patrimoine vivant», explique la directrice du pôle culturel sous les éclairages de la «cuisine du futur» qui reprend les codes de la science-fiction.
Le recueil de BD «Bouchées doubles» fait office de catalogue, publié chez Keribus éditions. Il rassemble quatorze binômes qui livrent leur vision prospective de la gastronomie dont celle du dessinateur Sole Otero associé au chef Mauro Colagreco, conduisant le Mirazur, à Menton, Meilleur Restaurant du monde 2019.
«Le COVID nous a fait évoluer dans nos manières de manger. La question qui se pose aujourd'hui c'est si le format classique du repas, assis, en famille, autour d'une table va rester», relaie-t-elle. «Une enquête l'année dernière auprès d'un échantillon de jeunes montrait que l'attachement au repas familial ressortait. Ça n'empêche que les évolutions que l'on voit aujourd'hui dans l'utilisation des restaurants nous alertent. La restauration traditionnelle stagne et la restauration dans un format
street food est en train de croître.»
Une potentielle prolongation
Comptez entre 45 et 90 minutes pour suivre le parcours. Des tables et chaises sont à disposition pour bouquiner, effectuer des pauses en cours de chemin et même passer l'après-midi.
Devant son succès, l'exposition «Croquez ! La BD met les pieds dans le plat» pourrait faire l'objet d'une prolongation début 2026, ce qui permettrait d'organiser parallèlement des projections de films.
Jean-Christophe Tardivon
(article publié le 28 juillet 2025)
«Croquez ! La BD met les pieds dans le plat»
Cité internationale de la gastronomie et du vin à Dijon
Du 20 février 2025 au
22 mars 2026Commissariat d'exposition : Marine Bidaud et Mathieu Charrier
Scénographie : Marine Brunet (SOPLO)
Graphisme : William Girault
Agencement : Averty / Adimes
Réalisation audiovisuelle : Nicolas Behar
Impressions : Traphot / AVS
Encadrement : Art image
Éclairage : Gabrielle Trévise / Anthony Perrot















































