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07/11/2020 19:24

BANDE DESSINÉE : Le personnage d'Astérix est au coeur du «Roman des Goscinny»

Le MuséoParc Alésia a contourné les contraintes du confinement en diffusant une visioconférence ce samedi 7 novembre avec la dessinatrice Catel qui raconte le cheminement de René Goscinny et les étapes qui donneront naissance au personnage d'Astérix le Gaulois. L'autrice dévoile également ses projets en cours de préparation.

Le MuséoParc Alésia avait concocté tout un programme pour cet automne avec notamment une exposition temporaire «Le roman des Goscinny - Naissance d’un Gaulois» prévue du 17 au 8 novembre. Le confinement a quelque peu abrégé ce programme.

Pour contourner les mesures restrictives, le centre d'interprétation propose sur son site web une visite virtuelle de l'exposition «Dans les cuisines d'Alésia» (lire notre article). Autre exploitation des possibilités du numérique, le rendez-vous avec la dessinatrice Catel a été maintenu en visioconférence ce samedi 7 novembre 2020.

Pour interroger l'autrice se succèdent Michel Rouger, directeur du MuséoParc Alésia, et Christophe Vilain, journaliste spécialisé bande-dessiné et commissaire de l'exposition «Le roman des Goscinny - Naissance d’un Gaulois».

Une collaboration avec Anne Goscinny

Catel est connue pour ses monographies consacrées à des femmes : la révolutionnaire Olympe de Gouges, la danseuse Joséphine Baker ou encore la romancière Benoîte Groult. Cette fois, son ouvrage «Le roman des Goscinny», publié en 2019 chez Grasset, concerne un homme et une femme. Le scénariste de bande-dessiné René Goscinny et sa fille Anne Goscinny. C'est bien celle-ci qui a apporté «le fil directeur de l'histoire» comme l'explique Catel à partir de son regard, son histoire, de ses souvenirs ainsi que du matériau qu'elle a fournit pour raconter l'aventure des Goscinny, des parents de René jusqu'à sa fille devenue romancière.

L'ouvrage aborde donc «l'épopée romanesque d'une famille d'immigrés arrivés en France au début du XXème siècle» puis «repartis au bout du monde», en Argentine, avant de revenir dans l'Hexagone et «créer la mascotte la plus connue de la France». La dessinatrice précise qu'elle a elle-même été inspirée par Goscinny en étant nourrie par les aventures d'Astérix, de Lucky Luke ou encore d'Iznogoud. Son roman nous plonge donc dans le parcours de l'auteur et dans le travail acharné avant d'arriver à créer ce personnage d'Astérix.

Du dessin au scénario


Après avoir étudié au Lycée français de Buenos Aires, René Goscinny s'imaginait un avenir professionnel dans le dessin. Établi à New-York après la Seconde Guerre Mondiale, «il a essuyé beaucoup de refus» en montrant ses dessins publicitaires et ses planches humoristiques. René Goscinny s'oriente alors vers l'écriture et devient scénariste.

En filigrane, se trouve «l'histoire de la BD moderne, ça se passe en Belgique et ça se passe à New-York, Goscinny est au carrefour de toutes ces tendances» s'enthousiasme Catel. Le cheminement permettant de saisir le génie de Goscinny.

«Il voulait exprimer les valeurs françaises»


Au travers de ce roman graphique, on suit René Goscinny qui décrypte étape par étape comment il découvre la France au début des années 1950 et comment il conçoit ce Gaulois et l'univers gallo-romain. «Il est plus Français que les Français parce qu'il avait le recul sur ce peuple» souligne Catel. «Il voulait exprimer les valeurs françaises, liberté-égalité-fraternité, c'est ce qui ressort dans ses discours» insiste Catel.

Catel explique qu'il y eut «beaucoup de galops d'essai» parfois inspiré d'autres personnages mais qu'Astérix fut «le bon personnage, au bon moment». Le déclic venant de la rencontre avec Albert Uderzo «son alter ergo qui dessine de façon incroyable».

La méthode de travail très personnelle de Catel


C'est bien cette histoire qui intéressait le MuséoParc Alésia pour son exposition d'automne déjà fréquentée par 1.500 personnes avant le couperet du confinement. Le directeur du centre d'interprétation signalant que «la moitié des visiteurs ont Astérix comme référence» de l'époque gallo-romaine.

Les planches exposées permettaient de découvrir la «méthode très personnelle» de Catel. La dessinatrice commence par des dessins sur papier avec de l'encre, du feutre et des crayons. Puis elle écrit le texte. Le tout est numérisé pour être retravaillé. «La moitié du travail est fait à l'ordinateur» indique Catel. L'exposition dévoilait donc «la matrice du travail».

Dans l'exposition sont notamment présentés les essais de couleurs. Le roman donnant la parole successivement à René et Anne Goscinny, des couleurs bleu et orange indiquent les narrateurs.

René Goscinny, «un laborieux de la futilité»


Ensemble, Anne Goscinny et Catel ont également créé la BD «Le monde Lucrèce» qui narre les aventures d'une collégienne de 11 ans vivant dans une famille recomposée un rien loufoque. Le personnage de Lucrèce est souvent présenté comme «la grande sœur du Petit Nicolas». Le tome 5 se passe en Normandie et le tome 6 est en préparation. Accessible à partir de huit ans, «Le monde de Lucrèce» s'adresse tout autant aux garçons, aux filles qu'aux parents.

Confiant qu'elle a toujours sept projets en cours de travail, Catel indique qu'elle planche actuellement sur une monographie d'une pionnière du cinéma, Alice Guy. Sténographe dans une société de Léon Gaumont, elle tente sa chance en dehors des heures de travail pour tourner des vues comiques. En 1896, elle devient la première réalisatrice de l'histoire du cinéma et crée le premier film fantastique avec «La fée aux choux». Elle tournera ensuite 500 films courts et fondera une maison de production aux États-Unis.

«On a envie de rendre hommage à une clandestine de l'histoire avec l'histoire du cinéma en filigrane» signale Catel. Le scénariste est José-Louis Boquet. La parution est prévue en septembre 2021.

Concernant René Goscinny, le tome 1 va de sa naissance jusqu'à la création du magazine Pilote, en 1959. Cela appelle donc un tome 2 sur lequel Catel travaille actuellement. En moyenne, l'autrice travaille trois ans sur un livre.

Il se pourrait que ce soit Lucrèce qui permette à Catel de venir physiquement à Alise-Sainte-Reine pour une séance de dédicaces dès que la situation sanitaire le permettra. D'autant plus que la dessinatrice imagine volontiers une séquence de Lucrèce en «voyage scolaire à Alésia».

En attendant, Catel invite à retenir une phrase de Goscinny qui se voyait comme «un laborieux de la futilité», une phrase à «se répéter en ces temps difficiles pour s'alléger l'esprit».

Jean-Christophe Tardivon






Visioconférence réalisée par Sébastien Pitoizet / MuséoParc Alésia