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11/12/2020 20:08

CULTURE : L'Opéra de Dijon présente «Le Palais enchanté» en ligne

Prévues du 11 au 17 décembre, les représentations du «Palais enchanté» de Luigi Rossi ne pourront avoir lieu. L'Opéra de Dijon diffusera gratuitement en ligne aux mêmes jours et mêmes heures cette oeuvre, recréée par Leonardo García Alarcón et Fabrice Murgia, qui fait écho au confinement.

L’Opéra de Dijon présente sa nouvelle production en ligne


A la suite des dernières annonces officielles du Président de la République et du Premier Ministre les 24 et 26 novembre, nous avons le plaisir de vous indiquer que nous mettons dès maintenant tout en œuvre pour accueillir à nouveau notre public en salle dès le 1er janvier prochain

Concernant les représentations du Palais enchanté prévues initialement du 11 au 17 décembre, les conditions de réouverture des salles à partir du 15 décembre telles qu’annoncées par le gouvernement, ne nous permettent malheureusement pas de les maintenir. Nous donnons à tout notre public, rendez-vous aux mêmes jours, et aux mêmes heures, sur notre site internet pour découvrir cette œuvre gratuitement, puis en accès libre jusqu’au 31 décembre.

Nous communiquerons prochainement les nouveaux horaires des concerts et opéras du mois de janvier pour respecter le couvre-feu annoncé.

La billetterie ouvrira de nouveau ses portes aux horaires habituels dès mardi 1er écembre, du mardi au samedi de 11h à 18h.

Pour procéder au remboursement des billets du Palais enchanté, nous invitons le public à suivre les modalités suivantes :

Par correspondance :
Les billets accompagnés de votre RIB sont à retourner à :
Opéra de Dijon / Service Billetterie
18 Boulevard de Verdun
21000 Dijon
Le remboursement de vos billets se fera par virement bancaire dans les meilleurs délais.

Aux guichets de la billetterie, 18 Boulevard de Verdun – 21000 Dijon : du mardi au samedi de 11h à 18h.

Pour toute autre information, l’équipe de billetterie est disponible au 03 80 48 82 82 du mardi au samedi de 11h à 18h.

Le Palais enchanté de Rossi recréé par Leonardo García Alarcónet Fabrice Murgia

Conformément aux déclarations du Premier Ministre permettant de poursuivre le travail de création artistique dans le plus strict respect des consignes sanitaires, les répétitions du Palais enchanté de Rossi se poursuivent sur le plateau l’Opéra de Dijon.

Dans quel contexte historique cette œuvre a-t-elle été créée ? Comment cet opéra fait écho au confinement ? Comment relever le défi de mettre en scène un labyrinthe sur scène? Le chef d’orchestre Leonardo García Alarcón et le metteur en scène Fabrice Murgia partagent leur vision de la recréation de ce palais-labyrinthe enchanté :

leonardo garcía alarcón, directeur musical
« (...) Lorsque Luigi Rossi compose Il Palazzo, l’opéra à Rome a déjà une histoire très riche. Il y avait une véritable course à l’invention et à la création de nouvelles œuvres. La tradition romaine, en terme de livret, se focalisait essentiellement sur des histoires religieuses, morales, édifiantes, comme dans le Sant’Alessio de Stefano Landi, sur un livret de Giulio Rospigliosi comme Il Palazzo. (...)
Une ombre plane cependant sur toute cette époque : celle de Monteverdi, influence majeure de tous ces compositeurs pour qui il est un modèle. (...)
L’impact de Rossi peut se reconnaître à travers trois éléments : un orchestre véritablement écrit à plusieurs voix ; la présence de danses à la fin de chaque acte ; enfin un sujet élevé, de l’ordre du mythe ou de la pastorale. Ce sont des éléments qui deviendront constitutifs de la tragédie lyrique. (...)
Le Palazzo marque aussi la fin de l’opéra romain, non pas parce que le genre s’épuise, au contraire, mais parce qu’une décision politique du nouveau pape interdit le théâtre, source de subversion et de perdition. Sans doute le livret du Palazzo, un peu plus irrévérencieux que les précédents, et sans doute aussi les échos de ce qui se passe au même moment à Venise jouent-ils dans cette décision. 1642 : c’est aussi l’année de la création du Couronnement de Poppée, qui peut presque valoir comme une offense contre Rome ! (...)
En travaillant sur ce Palazzo, je me suis soudain pris à rêver : et si Don Quichotte n’était autre qu’Atlante après sa défaite ? (...)
Ce Palazzo devient comme une sorte de métaphore de la situation extérieure ! Nous sommes ici, à l’opéra, en confinement de travail pour répéter des scènes qui mettent les personnages en confinement dans un palais qui en quelque sorte organise la distanciation sociale entre eux, les sépare, les empêche de se retrouver, de s’aimer, de s’embrasser. Cet écho, cette mise en abyme de notre situation extérieure dans l’intimité du travail de plateau est vraiment en train, je crois, d’influencer notre état d’âme dans l’interprétation. Nous sommes plongés dans une sorte de concentration sublimée, dans notre propre Palazzo. (...) »

fabrice murgia, metteur en scène
« (...) Je suis très intéressé par l’image, en tout cas le texte n’est pas le premier élément de mon langage au théâtre. La  caméra me permettait d’architecturer les choses avec des gros plans, de montrer les visages, qu’on voit trop peu au théâtre, comme des paysages, de travailler dans un ici et maintenant, et j’en suis venu pour certains spectacles, comme celui-ci, à faire véritablement un film en live. (...)
Je suis surtout intéressé par l’idée d’être dans l’ici et maintenant et de l’assumer. Je déteste quand les personnages entrent ou sortent par des portes seulement parce qu’ils doivent sortir de scène. Je préfère les portes qui flottent et les gens qui apparaissent et qui disparaissent. (...)
C’est un scénario choral. Il a fallu travailler en identifiant qui étaient les personnages, dans quels univers ils évoluaient. Et je me suis rendu compte qu’on était devant une série. (...)
Comment peut-on se perdre dans 10 x 10 mètres ? Un labyrinthe au théâtre cela ne fonctionne jamais. Nous avons peu à peu inventé avec le scénographe un module qui permet de changer rapidement les espaces, de les modifier aussi en coulisse, à travers une grammaire qu’on utilise beaucoup, à savoir les portes et les fenêtres. Nous avons en fait utilisé un vieux truc de théâtre, le même qu’on pouvait avoir sans doute en 1642 : des tournettes. Simplement la caméra permet d’amener une nouvelle dimension à cette machinerie. (...)
À la fin de l’histoire, le labyrinthe se détruit. L’idée était donc de faire mourir notre langage et de le transformer pour atteindre une forme de pureté. Alors qu’au début du spectacle on est dans quelque chose de très maîtrisé, où le regard du spectateur est conduit, à la fin on n’est plus qu’avec l’émotion brute et le corps. Il ne reste que cela, tout le reste a été enlevé. Le vocabulaire se réduit à ses éléments essentiels et les plus intenses, entiers, bruts. (...)
Le plus troublant est que le livret du Palazzo raconte un événement qui s’abat sur plusieurs personnes différentes, alors que nous sommes justement en train de vivre une crise qui est un des premiers grands évènements globaux. (...) Ce spectacle est comme un mirage, en sortir est comme se réveiller d’un rêve. (...) »
Extraits des propos recueillis par Stephen Sazio, dramaturge de l’Opéra de Dijon

La recréation du Palais enchanté de Rossi à l’Opéra de Dijon

Après trois semaines de répétitions confinées à l’Auditorium de l’Opéra de Dijon, Laurent Joyeux directeur général et artistique de l’Opéra de Dijon continue d’encourager la création artistique par la redécouverte d’œuvres oubliées et pourtant fondatrices de l’histoire de l’opéra.

laurent joyeux, directeur musical et artistique
« (...) C’est en effet à Rome que fut crée le Palazzo en février 1642, premier opéra du compositeur Luigi Rossi. Rome, étape incontournable pour comprendre comment s’est créé le genre opéra. Après la naissance du genre à Florence (La Pellegrina, recréée à Dijon en 2014), puis Mantoue et Venise (avec La trilogie Monteverdi : Le Couronnement de Poppée en 2012, L’Orfeo en 2016, Le Retour d’Ulysse en 2017 mais aussi Le Nozze di Teti e di Peleo de Cavalli que nous souhaitions aussi recréer avec Leonardo García Alarcón), sa diffusion en France avec La Finta Pazza, premier opéra donné à Paris à l’initiative de Mazarin en 1641, ou encore son rayonnement jusqu’à Vienne – El Prometeo, en 1669 – je souhaitais pouvoir faire découvrir l’opéra romain au public. L’opéra napolitain aurait dû suivre les années suivantes, avec des œuvres de compositeurs comme Alessandro Scarlatti et bien sûr Nicolò Porpora et Domenico Cimarosa...
Cette étape romaine est donc indispensable pour qui s’intéresse à la naissance de l’opéra en Italie. Œuvre capitale donc mais si singulière et fort différente des opéras vénitiens, par la nature des effectifs demandés, des 17 solistes, du triple chœur, aux musiciens d’orchestre bien plus nombreux. Œuvre complexe aussi, tant musicalement que du point de vue de la dramaturgie. Les défis posés par le magicien Atlante qui façonne, donne vie, fait disparaître tout ou partie de son labyrinthe, n’occultent en rien ceux posés aujourd’hui par la compréhension du poème de l’Arioste qui tisse, mêle et entremêle les situations et les amours des personnages, où chacun poursuit sa propre quête.
Si dans la Rome des années 1640 on connaissait son Arioste sur le bout des doigts, il n’en est rien aujourd’hui et ce monument fondateur de la littérature italienne, à l’égal du legs de la Divine Comédie de Dante Alighieri, a hélas été oublié du grand public, qui n’en connaît souvent que quelques aventures utilisées par Haendel dans ses opéras. C’est assurément un défi pour tout metteur en scène de cette œuvre, mais le talent et la virtuosité de Fabrice Murgia devraient, je le crois, permettre à chacun d’être d’abord touchés par ces cœurs errants enfermés, ces cœurs souffrants, Frères et Sœurs Humains si proches de nous, portés par une distribution exceptionnelle et tout le savoir-faire de Leonardo García Alarcón et de Cappella Mediterranea.

Communiqué