
En route pour intégrer le patrimoine culturel immatériel, le cancan voit les artistes, les gérants de salles et le ministère de la Culture se fédérer. Les 25 et 26 septembre prochains, à Dijon, «le cabaret investit la ville» avec un show gratuit, ainsi que l'a annoncé Christophe Gonnet pour qui «le cancan est une danse que tout le monde connaît internationalement».
De danse subversive à composante du patrimoine français, le cancan a fait son chemin depuis sa création, autour des années 1830. Une démarche d'inscription à l’inventaire national du patrimoine culturel immatériel est en cours, en attendant de rêver à l'UNESCO. Pour soutenir les acteurs du secteur, le ministère de la Culture a lancé le tout premier Plan Cabaret de son histoire en 2025 et l'a renouvelé en 2026.
Dans le cadre de sa Saison Cabaret, le ministère a laissé la liberté aux acteurs culturels de monter des projets pour contribuer à sa démarche. Ainsi, Christophe Gonnet, propriétaire du Cabaret Odysséo, à Plombières-lès-Dijon, a imaginé l'événement «Les Trois Temps du cancan».
Un spectacle gratuit établissant un parallèle entre le cancan et Gustave Eiffel
En particulier, les 25 et 26 septembre prochain, à Dijon, le public pourra découvrir «le cancan traditionnel, le cancan des territoires et le cancan du futur»
Le vendredi, le programme propose de s'informer sur les métiers du cabaret d'échanger avec les artistes. Le soir, «le cabaret investit la ville» avec un spectacle gratuit, port du Canal.
Pour concevoir ce show, Christophe Gonnet a tissé un lien entre le cancan et Gustave Eiffel qui sont contemporains l'un de l'autre. Le cancan apparaît au tournant des années 1830 ; Gustave Eiffel est né en 1832, près du port du canal, à Dijon. En 1889, le Moulin-Rouge a ouvert ses portes et l'ingénieur a finalisé la Tour Eiffel pour célébrer le centenaire de la Révolution française.
Le samedi, est prévue une déambulation d'une centaine d'artistes en costumes jusqu'à la place de la Libération pour réaliser une photographie historique associant les patrimoines immatériel et matériel au pied du palais des ducs de Bourgogne. Connus pour avoir participé à l'émission de TF1 «Danse avec les stars», Jean Marc Généreux, Coralie Licata et Christophe Licata ont annoncés leur participation à différentes séquences.
En Alsace, un programme similaire est prévu au centre-ville de Guebwiller et au cabaret Le Paradis des sources, à Soultzmatt, respectivement les 26 et 27 septembre prochains.
La dimension culturelle du cabaret
Pour animer le Cabaret Odysséo, Christophe Gonnet doit composer avec certains préjugés encore associés au cabaret, parfois vu comme un lieu de débauche ou présentant un spectacle daté, et appelle à «dépoussiérer» l'image du cabaret.
«Ce sont des lieux très sains, des lieux de création», revendique l'homme de spectacle, ce jeudi 17 septembre 2026, à Plombières-lès-Dijon, «ce sont des lieux qui s'adaptent à la société». «C'est un lieu d'expression de la liberté, c'est la signature française. On retrouve parfois des attitudes, des gestes des artistes qui sont un peu dans la provocation. La sensualité est une autre signature du cabaret à la française, c'est glamour, c'est la liberté de la femme, de l'homme aussi.»
«Je considère que le cabaret a contribué à ce qu'en France, on accepte le mariage homosexuel», enchaîne Christophe Gonnet sur la dimension culturelle, «il y a des gens qui ont osé et incité à réfléchir. Il y a aussi du message dans le cabaret. C'est du divertissement, c'est parfois des messages de réflexion de la société contemporaine».
«La vie est un cabaret, venez au cabaret»
«Aujourd'hui, on a besoin de dire que le cabaret, c'est sympa, il faut venir au cabaret», insiste Christophe Gonnet en référence à la chanson «Cabaret : Willkommen, bienvenue, welcome » – paroles de Fred Ebb et musique de John Kander pour la comédie musicale créée en 1966 – qui évoque la montée du nazisme dans les années 1930, à Berlin, et qui fut popularisée par l'actrice Liza Minnelli dans l'adaptation cinéma de Bob Fosse en 1973 : «La vie est un cabaret, venez au cabaret.»
«Pour qu'on s'affirmer, il faut aussi qu'on soit aidé», considère l’entrepreneur du secteur culturel, «le ministère de la Culture a pris les choses en main, c'est parfait !» «Faisons reconnaître ces lieux de création qui sont partout en France, ça envahit les campagnes, ça amène du divertissement, ça transmet de la culture un peu partout sur le territoire.»
«Le cancan fait partie de notre patrimoine français»
«Le french cancan est sorti de l'opéra, les pas de danse du cancan viennent de l'opéra», souligne-t-il, «c'était une manière de montrer la liberté». «À cette époque, c'était censuré. C'est revenu plus tard avec le Moulin rouge. Le cancan fait partie de notre patrimoine français, c'est une danse que tout le monde connaît internationalement.»
«Allons plus loin», exhorte le show man, «essayons de la faire rentrer au patrimoine immatériel de l'UNESCO». «Je partage la démarche du ministère de la Culture avec d'autres établissements. On parle de transmission d'un patrimoine : il faut qu'un patrimoine soit créé, qu'ils se transmette et qu'il tienne dans le temps, qu'il se réactualise, qu'il se réinvente.»
«Le cancan peut s'adapter à notre époque avec des touches de modernité»
La démarche du ministère de la Culture constitue «une bonne nouvelle» aux yeux de Ludivine Cornec, meneuse de revue au Cabaret Odysséo : «On parle beaucoup de certaines difficultés pour les artistes à se produire. Venir chercher cette danse qui est un événement historique et une essence française –j'ai travaillé à l'étranger, on nous parle de cabaret et de cancan –, c'est quelque chose qui a une valeur et qui a du sens. Plus on y croit, plus ça sert la démarche donc je pars confiante !»
«Le cancan associe ce qu'on aime», s'enthousiasme la meneuse de revue, «il associe une technique impressionnante – pour faire un sauté-grand écart, il faut quand même le maîtriser –, de l'humour et du dynamisme». «Il y a aussi des acrobaties dans le cancan, notamment chez les hommes mais chez les femmes aussi. C'est aussi la mise en valeur de la danse qui associe souplesse, force et émotion.»
Vers le «Cancan du futur»
«Bien sûr, il y a des codes mais il y a aussi toute une part de liberté, de comédie, d'
acting avec le public», revendique l'artiste, «il peut totalement s'adapter à notre époque avec des touches de modernité».
«Au-delà de la fête, les Trois Temps du cancan veulent transmettre et réinventer cet élément emblématique du cabaret à la française», abonde Christophe Gonnet. «Un Cancan du futur, mêlant musique contemporaine, nouveaux costumes et éléments lumineux, est ainsi développé. Il intégrera ensuite la nouvelle revue d'Odysséo et continuera à évoluer au fil des saisons».
Jean-Christophe Tardivon
Programmation nationale de la Saison Cabaret 2026
https://saisoncabaret.culture.gouv.fr/
Site des Trois Temps du cancan
https://les3tempsducancan.fr/











Tableau «French Cancan», extrait de la revue «Nuances» (photographies JC Tardivon)