
«C'est très bien fait», ont témoigné des Franciliens en vacances, ce jeudi 23 avril, à Alise-Sainte-Reine, en découvrant avec leur smartphone la vie de soldats romains en réalité superposée. «On est le premier site archéologique en France à le proposer», a souligné le directeur Laurent Bourdereau.

Beaux-Arts, contenu numérique, design sonore et bien sûr archéologie... «L'offre d'Alésia est pléthorique», s'enthousiasme Laurent Bourdereau en présentant les principales nouveautés de la saison, ce jeudi 23 avril 2026, à Alise-Sainte-Reine.
Alors que la «destination Alésia» revendique d'allier «plaisir et connaissance», le directeur du musée a signalé la première exposition publique d'un tableau du XIXème siècle sur Jules César et la première utilisation de la réalité superposée par un site archéologique en France.
«César, tous les chemins mènent à Rome», saison II
Le parcours permanent reste le cœur battant d'Alésia, avec l'exposition consacrée à la bataille entre les tribus gauloises de Vercingétorix et les légions romaines de Jules César, en 52 avant notre ère.
Ce parcours est complété par une exposition temporaire qui, cette année, est prolongée par une deuxième saison assortie de quelques modifications.
Avec «César, tous les chemins mènent à Rome», Alésia présente une des rares expositions affichée en France sur la vie de Jules César. Elle raconte «la passionnante histoire après la guerre des Gaules».
Pour cette saison touristique 2026, les deux principales modifications concernent des accrochages. Ainsi, le prêt d'un tableau sur la mort de César par le musée d'art moderne de Bologne arrivant à son terme, le 31 août prochain, des gravures réalisées par les visiteurs durant des ateliers prendront alors sa place jusqu'à la fin de la saison.
Premier accrochage public de «Théodate présentant à César la tête de Pompée»
Déjà en place, le tableau de Pierre-François Jacobs (1780-1808), datant de 1805, figure «Théodate présentant à César la tête de Pompée», épisode crucial du début de la conquête de l’Égypte par le Consul romain, en 48 avant notre ère. Prêté par les musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, il s'agit de la toute première exposition publique de ce tableau.
Réalisé pour un concours de l'académie de Milan, l’œuvre a été retournée au père de l'artiste, à Bruxelles, qui l'a ensuite donné aux musées royaux qui l'ont alors placé en réserve.
Ainsi, ce tableau du XIXème siècle n'a jamais été exposé au public, même en Belgique. Il a fallu la sagacité des équipes d'Alésia pour découvrir l’existence de cette œuvre sur César dans les bases de données muséales.
«On a été en contact avec les musées royaux, ils nous ont accordé le prêt pour cette saison», se félicite ainsi Maud Goldscheider, adjointe de la responsable de l'action culturelle. Après un dépoussiérage du tableau et du cadre, l’œuvre a été accrochée à Alésia, en février dernier.
«Le cartel du cadre est faux», glisse Maud Goldscheider, révélant une anecdote en exclusivité pour les lecteurs d'
Infos Dijon, «quand l'institution a fait le cadre, ils se sont trompés de peintre et ont mis les mauvaises dates de naissance et de mort de l'artiste».
La réalité superposée pour dynamiser l'expérience des visiteurs
La plupart des visiteurs découvrent le bâtiment conçu par l'architecte Bernard Tschumi, suivent le parcours permanent puis l'exposition temporaire avant de prolonger par les fortifications à l'extérieur, accessibles en tout temps par un ponton.
Pour compléter l'expérience des visiteurs et rythmer leurs déplacements, l'équipe du musée a décidé d'implanter un dispositif numérique immersif à base de réalité superposée.
Avec un QR Code, chaque visiteur peut, en utilisant son smartphone personnel, accéder à un contenu numérique qui représente la vie des soldats romains entre les deux lignes de fortifications que Jules César avait installées pour assiéger l'oppidum d'Alésia.
Trois points d'intérêt avec différents niveaux d'information – dont un quiz – sont proposés aux visiteurs : la construction des fortifications, l'entraînement des légionnaires ainsi que leur vie au quotidien. Le tout se parcourt en une quinzaine de minutes.
En quelques clics, en visant l'espace autour de lui, le visiteur voit apparaître des comédiens et des installations qui représentent donc le site et ses occupants en 52 avant notre ère. La scène évolue sur 360°, en même temps que le visiteur se déplace.
«C'est très bien fait !»
Les visiteurs présents, ce jeudi, témoignent avec enthousiasme après avoir découvert ce dispositif de réalité superposée : «c'est très bien fait», indiquent ainsi des Franciliens en vacances scolaires. «Les enfants ne voulaient pas venir et, maintenant, ils ne veulent pas repartir !»
Les équipes du musée constatent que les familles ont tendance à se centrer sur un seul smartphone et à partager leurs impressions. «C'est un outil collectif, un outil de jeu et de communication», s'enthousiasme Stéphanie Focé, responsable de l'accueil et du développement du musée.
Une médiation culturelle préparée par le musée
Il s'agit
bel et bien de médiation culturelle puisque ce contenu réalisé par
Overlap Factory a été préparé et vérifié par l'équipe du musée tandis
que les reconstituteurs spécialisés dans les légions romaines de Pax
Augusta ont fourni les reproductions d'équipements militaires.
Les contenus textuels et sonores sont disponibles en français, anglais, espagnol et allemand. En cas d'intempéries, un repli est possible à partir de panneaux
positionnés dans l'atrium, à proximité des tables de jeux antiques
imaginées par le designer Jules Levasseur.
«On est le premier site archéologique en France à le proposer»
«Au moins la moitié des visiteurs ont recours à ce dispositif», relève Laurent Bourdereau qui dispose de statistiques de consultation, «c'est énorme pour un début de système». «On est le premier site archéologique en France à le proposer.»
«Ça vient compléter le parcours de visite, ça ne se substitue pas», ajoute Stéphanie Focé. «À l'intérieur, les visiteurs ont les clés de lecture du paysage. Ces outils-là remettent du récit sur l'extérieur pour comprendre le paysage, l'ampleur des événement et se remettre dans l'ambiance de l'époque.»
«On constate que le point d'intérêt sur l'entraînement des légionnaires romaines a le plus de succès», précise le directeur d'Alésia. Un succès qui est dû au thème en question mais aussi à la présence de bancs à proximité.
Ce dispositif immersif est l'aboutissement d'un projet européen cofinancé à hauteur de 230.000 euros par l'Union européenne, la Région Bourgogne-Franche-Comté et le Département de la Côte-d'Or.
Imaginer «la violences des combats» depuis le toit-terrasse
Parallèlement, au niveau du toit-terrasse, les visiteurs peuvent apprécier le travail du designer sonore Samy Bardet pour évoquer «la violences des combats», ainsi que le signale Mathilde Le Piolot-Ville, responsable de l'action culturelle du musée.
En deux séquences totalisant quinze minutes, le dispositif «Entrez dans la bataille d'Alésia» permet d'imaginer entendre la voix de Vercingétorix tout en embrassant du regard la colline et la plaine où se sont déroulés le siège et les combats qui ont marqué un tournant dans l'histoire des peuples gaulois.
«Mosaïque romaine en mouvement» en mai
Durant le mois de mai, le studio Théoriz proposera un autre dispositif interactif : «Mosaïque romaine en mouvement». Dans l'auditorium plongé dans le noir, un paysage de mosaïque va se construire et se déconstruire avec une thématique sur la faune et la flore à partir de motifs de villas romaines.
Concrètement, dans un espace de 8 par 6 mètres, sur 4 mètres de hauteur, accessible à une vingtaine de personnes simultanément, des capteurs permettront de repérer les déplacements des visiteurs, ce qui modifiera les projections vidéos en continu et permettra donc une interaction.
La Table de Victor se renouvelle
Le restaurant évolue également. En cuisine, la pâtissière Laura Coucheney a rejoint la brigade du chef Victor Lamy. Dans la salle d'une centaine de couverts, une séparation en bois distingue la partie bistro – formule à partir de 13 euros – et la partie gastronomique – menu à partir de 35 euros. Des étagères proposent des produits du terroir 100% Côte-d'Or. Un brunch sera lancé le dimanche matin, à partir de mi-juillet.
Si la terrasse du restaurant sera prochainement végétalisée, au deuxième étage, des tables ont déjà été installées sur le toit-terrasse et un espace pique-nique est accessible au pied des escaliers menant aux fortifications.
Les visiteurs peuvent consommer là des produits du restaurant à emporter. De tels produits sont également très demandés par les camping-caristes notamment.
«60 % des visiteurs qui arrivent le matin vont déjeuner au restaurant», signale Laurent Bourdereau.
La brigade de cuisine permet également à l'équipement culturel de développer une offre événementielle destinée aux entreprises, aux institutions où à différents groupes pouvant aller jusqu'à 2.000 personnes quand est privatisé l'ensemble du musée.
Jean-Christophe Tardivon
































