
Du 22 mai au 20 septembre 2026, le musée des Beaux-Arts de Dijon et le musée national Magnin consacrent une exposition exceptionnelle à Djamel Tatah nommée «Répéter-Muter». Entre figures silencieuses, corps en chute et mémoire des drames contemporains, l’artiste livre un parcours bouleversant où les œuvres parlent d’elles-mêmes, sans artifices ni grands discours.
Le musée des Beaux-Arts de Dijon et le musée national Magnin unissent leurs forces pour présenter, du 22 mai au 20 septembre 2026, une exposition temporaire consacrée à Djamel Tatah, figure majeure de la peinture contemporaine française.
Déployée sur les deux institutions dijonnaises, l'exposition "Répéter-Muter", présentée ce mardi 19 mai 2026, propose un parcours immersif où les oeuvres de l’artiste dialoguent avec les collections anciennes des musées dans une réflexion autour de la répétition, de la mémoire et de la circulation des images.
Mais au-delà du discours théorique, ce sont surtout les œuvres elles-mêmes qui frappent le visiteur. Chez Djamel Tatah, les silhouettes humaines suffisent souvent à raconter le drame du monde contemporain. Une femme palestinienne figée dans le silence de la guerre, des corps qui semblent sombrer comme des migrants disparus en Méditerranée, des figures isolées dans des aplats de couleurs monumentaux : la puissance émotionnelle des tableaux rend presque les mots inutiles.
Les personnages de l’artiste ne crient jamais. Ils demeurent immobiles, suspendus, silencieux. Et pourtant, chaque toile semble porter le poids des conflits, de l’exil, de la solitude ou du deuil. L’exposition repose justement sur cette capacité de l’artiste à faire surgir des tragédies collectives à travers des figures épurées, répétées de toile en toile, comme une mémoire obstinée des violences contemporaines.
Lors de la présentation de l’exposition, la directrice du Musée des Beaux-Arts Frédérique Goerig-Hergott a rappelé la volonté des musées dijonnais de renforcer leur place dans le champ de l’art contemporain. « Il y a un grand effort pour le Musée des Beaux-Arts de Dijon et pour les musées de Dijon de se positionner en matière d’art contemporain », a-t-elle affirmé.
En 2025, le Musée des Beaux-Arts de Dijon a accueilli 258 666 visiteurs, tandis que l’ensemble des musées dijonnais a enregistré 470 800 visiteurs. Des chiffres qui témoignent de l’attractivité des institutions culturelles de la ville et du poids majeur des musées dans le paysage touristique et culturel dijonnais.
Le partenariat entre les deux établissements s’inscrit dans une continuité amorcée en 2023, mais prend cette fois une dimension plus ambitieuse. « La volonté était vraiment pour nous de créer une exposition sur les deux lieux », a expliqué la directrice. « Une exposition dans deux musées qui ne sont pas des musées d’art contemporain, mais qui sont des institutions culturelles fortes à Dijon, complémentaires et voisines. »
Du côté du musée Magnin, Sophie Harent (directrice du musée) a insisté sur le caractère inédit de cette collaboration. « Cette fois, il y a un catalogue commun aussi, une publication qui retranscrit vraiment ce parcours établi entre nos deux établissements », a-t-elle souligné. « Pas deux étapes, mais un continuum entre les deux. »
Elle a également rappelé les différences profondes entre les deux institutions : « Le musée Magnin est un musée national. Ça peut paraître étonnant parce que c’est un petit musée dans un hôtel particulier. Ici, on est dans un palais, avec une collection extrêmement importante. »
L’exposition a été pensée comme une traversée entre les deux sites, articulée autour de motifs et de thèmes récurrents dans l’œuvre de Djamel Tatah. Figures humaines, corps solitaires, silhouettes démultipliées ou suspendues dans de grands aplats colorés composent un univers où les images se répètent sans jamais être identiques. Variations de couleurs, inversions, recadrages et dédoublements transforment constamment les œuvres et nourrissent une réflexion sur les tragédies contemporaines, l’exil, la guerre ou encore l’isolement.
Au Musée des Beaux-Arts de Dijon, plus de quarante œuvres provenant de collections publiques françaises, de collections privées et de l’atelier de l’artiste retracent l’évolution de son travail, des premières recherches picturales aux créations les plus récentes. Le parcours met également en regard peintures, lithographies, documents photographiques et œuvres issues des collections anciennes du musée.
À partir de ses découvertes au musée des Beaux-Arts lors d'une précédent visite, Djamel Tatah a construit l’exposition comme un espace mental proche de son atelier. « Comme je pouvais m’amuser de ce que je voulais, j’ai fait comme dans mon atelier : j’ai reconstitué un univers », explique-t-il. « J’ai fait des liens improbables pour un historien de l’art traditionnel, mais pour un artiste c’est important. »
L’artiste revendique un mélange d’influences et de temporalités. « J’ai un grand penchant pour l’art africain, l’art égyptien, l’art italien », dit-il. « Et j’ai mélangé les choses, de période à période, comme si j’étais dans mon atelier ou dans mon ordinateur. » Dans l’exposition, œuvres anciennes, images personnelles, extraits de films et références artistiques se répondent librement.
La commissaire de l’exposition, Caroline Fournillon-Courant, a expliqué que le parcours avait été pensé autour de plusieurs « mots à dire » structurant à la fois la visite et le catalogue. « Nous avons pris le choix avec Sophie de vous expliquer à la fois le niveau de l’exposition, mais aussi le découpage que l’on retrouve partout, à travers plusieurs niveaux », a-t-elle indiqué. « Des mots qui viennent scander le parcours. » Selon elle, l’exposition s’est construite progressivement au contact des œuvres elles-mêmes. « Ce sont les œuvres qui sont venues se répondre entre elles et construire d’elles-mêmes le propos que nous avons souhaité présenter », explique-t-elle.
La commissaire insiste également sur la volonté de ne pas réaliser une exposition strictement monographique. « Nous n’avions pas volonté de créer une exposition qui aurait eu un caractère monographique sur Djamel Tatah », souligne-t-elle. « Il était important d’avoir une démarche dynamique, à la fois dans le catalogue et dans le parcours de visite. »
Elle rappelle enfin que le parcours met particulièrement en valeur le rapport de l’artiste à la figure humaine. « Le travail de Djamel est un travail sur la figure humaine, sur la grandeur nature, qui fait aussi toute la force de son œuvre », conclut la commissaire.
Manon Bollery

























