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02/09/2020 12:27

EXPOSITION : Dijon, grande ville viticole

«Jusqu'au XIXème siècle, toute la population de Dijon a vécu en symbiose avec la vigne» explique le géographe Jean-Pierre Chabin qui a conçu une exposition centrée sur le passé viticole de Dijon, présentée à Icovil jusqu'au 12 septembre 2020.

L'inscription des Climats du vignoble de Bourgogne au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2015 a relancé l'intérêt pour la dimension viticole de Dijon. En effet, des vignobles de Marsannay-la-Côte, Chenôve et même de Dijon font partie de la zone centrale ainsi délimitée avec respectivement le clos du roy, le chapitre et montre-cul pour ne prendre que quelques exemples.

À cela s'ajoute le «secteur sauvegardé» du centre-ville historique de Dijon, fort de sa dimension patrimoniale. Depuis 2015, Dijon revendique ainsi une place dans l'histoire du vin. En 2012, le livre «Vignes et vins du Dijonnois» de Jacky Rigaux et Jean-Pierre Garcia, paru aux éditions Terre en vues, avait apporté un éclairage nouveau sur le lien de ce territoire avec la vigne mais sans effectuer de focus particulier sur Dijon.

L'empreinte du passé viticole de Dijon


Avec l'exposition «Dijon, grande ville viticole» visible à Icovil jusqu'au 11 septembre 2020, c'est aujourd'hui ce que propose Jean-Pierre Chabin : aborder spécifiquement la place qu'a pris la culture de la vigne et la production de vin à Dijon de la fin du Moyen-Âge jusqu'à nos jours.
Géographe spécialisé en climatologie, maître de conférence honoraire à l'Université de Bourgogne, Jean-Pierre Chabin est aujourd'hui à la retraite mais continue de se passionner pour le sujet. Sachant qu'il avait contribué à la préparation du dossier UNESCO des Climats du vignoble de Bourgogne, le président d'Icovil Jean-Pierre Gillot l'a incité à produire cette exposition centrée sur Dijon.

«Dans l'esprit des gens, il ne reste quasiment rien de visible du passé viticole de Dijon» indique Jean-Pierre Chabin qui a cherché à battre en brèche cette idée reçue. «Si on regarde bien, il y a énormément de choses» ajoute-t-il. Urbanisme, architecture, ornements, toponymie... nombreuses sont les empreintes du passé viticole de Dijon. À commencer par l'hôtel Bouchu d'Esterno, surélevé pour accueillir des caves et cuisines.

L'importance de l'aire de la culture de la vigne


Plus évident, la pérennité des parcelles de vignes «En Montre-cul» dans le quartier des Bourroches est un témoignage du prolongement du vignoble la côte de Nuits jusqu'à Dijon. «Ce sont des vignes anciennes qui ont été sauvées de la destruction du phylloxéra» souligne Jean-Pierre Chabin.

L'universitaire invite le visiteur de l'exposition à observer l'aire de répartition du vignoble jusqu'au milieu du XIXème siècle au regard de l'urbanisme dijonnais actuel grâce à des cartes de son cru. La surface de vigne était très importante avant les ravages du puceron originaire des États-Unis.

Le vin, une source de conflit social


Le géographie a aussi œuvre d'historien en s'intéressant aux rapports de pouvoir liés à la production de vin : «on sait que les ducs Valois, au XIVème siècle et début du XVème siècle, vendaient les meilleurs vins qu'ils pouvaient posséder dans la région pour représenter leur puissance aux papes, aux rois et aux grands invités étrangers». Ainsi, une grappe de raisin figure au pied de Philippe Le Bon tel que représenté par la statue sculptée par Henri Bouchard en 1942 et installée dans le square à l'arrière du palais des ducs de Bourgogne.

La production de vin n'étaient pas réservée aux nobles et aux bourgeois. Un grand nombre de Dijonnais cultivaient quelques pieds de vigne, pour leur consommation personnelle ou pour en vendre le vin aux tavernes locales, en complément d'une autre activité. «Depuis la fin du Moyen-Âge, jusqu'au XIXème siècle, toute la population de Dijon a vécu en symbiose avec la vigne» analyse Jean-Pierre Chabin. La qualification de «vigneron» est alors valorisante pour ceux qui ont au moins une surface de vignes d'un hectare et demi à cultiver.

Se met alors en place une confrontation entre l'ensemble des petits vignerons et les élites. Les vignobles de Dijon se situent à l'extrémité nord de la côte de Nuits, en limite d'aire climatique favorable à la culture du pinot noir. Les nobles cultivent le cépage pinot noir sur ces coteaux tandis que les vignerons de la population travaillent le cépage gamay dans la plaine. On retrouve inscrit socialement la distinction entre «le bon plant» de Philippe Le Hardi et le «déloyal gamay» des paysans polyculteurs. «Une partie de l'expansion de Dijon et du fait qu'elle est devenue capitale tient à la vigne, en même temps, c'est source de conflit social, de lutte des classes, entre les gros et les petits» considère Jean-Pierre Chabin.

Un passé viticole mythifié


Entre la crise du phylloxéra, un microclimat peu favorable et une surabondance de la production de gamay, les éléments étaient réunis pour conduire à une chute de la production de vins à Dijon au tournant du XXème siècle. «Le vignoble a disparu et la ville a commencé de s'étendre» rappelle le géographe alors que la population croît depuis le milieu du XIXème siècle avec l'arrivée du chemin de fer puis l'après-guerre de 1870.

Ce déclin économique marque les esprits jusqu'au XXème siècle et incite des élus à utiliser un passé mythifié pour leur communication politique. Ainsi, peu après la Première Guerre Mondiale, le maire de Dijon Gaston Gérard cherche à «rendre à Dijon son ancien rang de capitale» convoquant la notoriété liée au vin et renvoyant au centre d'un quasi-royaume allant de Dijon aux Flandres. Gaston Gérard instaure en 1921 la Foire gastronomique de Dijon en mobilisant l'actualité agroalimentaire, alors en plein essor, sans oublier le vin.

Pour l'avenir, Dijon cherche à étendre son vignoble considéré comme le premier kilomètre de la route des Grands crus. La Métropole envisage de replanter 300 hectares de vigne, en grande partie à Marsannay-la-Côte et en partie dans des secteurs n'étant pas historiquement dédiés à la viticulture. «Est-ce que le terroir est compatible avec l'expansion d'un vignoble de qualité ?» s'interroge Jean-Pierre Chabin. Pour autant, avec sa casquette de climatologue cette fois, il souligne l'inconnue liée au réchauffement climatique : «on a aucune idée du climat qu'il fera dans dix ou quinze ans».

Jean-Christophe Tardivon

Informations pratiques
Dijon, grande ville viticole
Du 25 août au 12 septembre 2020
ICOVIL
Hôtel Bouchu d'Esterno
1 rue Monge à Dijon
Ouvert du mardi au samedi, de 13h30 à 19h
Entrée libre et gratuite
Visite guidée par l'auteur sur rendez-vous
Tél : 03.80.66.82.23
Emai : icovil@orange.fr
Web : icovil.com