
Princesse wisigothe mariée à un petit-fils de Clovis, reine et régente d'un territoire comprenant l'actuelle Bourgogne, Brunehaut a marqué son époque. Maire de Renève, dans le val de Vingeanne, Bernard Petit lui a dédié un musée, la Halte Brunehaut.

À l'heure où de nouvelles figures féminines sortent progressivement des oubliettes de l'histoire, le parcours et les idées de la reine mérovingienne Brunehaut restent encore trop méconnus.
À Renève, dans le val de Vingeanne, la Halte Brunehaut entretient le souvenir de celle qui fut probablement suppliciée là, en 613, à l'âge de 66 ans. Le musée privé est constitué de pièces archéologiques, de maquettes et d'éléments didactiques rassemblés par Bernard Petit, maire de la commune, depuis plus de 50 ans.
Une longue histoire, de la période gallo-romaine au Moyen-Âge
Féru d'histoire, Bernard Petit, menuisier de profession, a découvert des mentions de Brunehaut en parcourant des ouvrages sur la Côte-d'Or, entre Antiquité et Moyen-Âge.
Guidé par la toponymie, il émet alors l'hypothèse que le territoire de Renève, traversé par une branche de la voie romaine reliant Dijon à Langres, pourrait avoir été un foyer d'activité conséquent durant les périodes gallo-romaine et mérovingienne. En 1972, en survolant des champs en avion, Bernard Petit remarque des traces de constructions s'étendant sur près de quatre hectares.
Autorisé à inspecter le champ par l'agriculteur concerné, Bernard Petit collecte patiemment ce que le sol veut bien lui offrir : fragment de marbres, de céramiques, de tuiles ou encore d'outils et même des sarcophages mérovingiens.
La fouille des sols est réglementée, celui qui se passionne désormais pour l'histoire du site ne peut creuser. Ses sollicitations de la direction régionale des affaires culturelles (DRAC) restent lettres mortes : aucun financement n'est accordé pour mobiliser des archéologues professionnels. Son souhait d'explorer avec le renfort de bénévoles est découragé.
Bernard Petit est intarissable sur la reine Brunehaut
Dans la Halte Brunehaut, sur 70 m², sont triées, rangées et exposées les trouvailles faites d'année en année, au gré des labours du champ qui remontent des pièces archéologiques à la surface. Bernard Petit assure lui-même la médiation culturelle, intarissable sur l'histoire de sa commune et du potentiel lieu de supplice de la reine Brunehaut.
D'après les photographies aériennes et les objets collectés, l'occupation du site remonte au moins à la seconde moitié du Ier siècle de notre ère. Bernard Petit postule qu'un domaine agricole s'est développé autour d'une villa gallo-romaine, parallèlement à l'installation de la Legio VIII Augusta, créée par Jules César et stationnée des années 68 à 90 sur le territoire de l'actuelle commune de Mirebeau-sur-Bèze.
L'activité aurait perduré jusqu'au déclin de l'Empire romain d'Occident. Au milieu du Vème siècle, les Burgondes ont probablement occupé le territoire. Par la suite, les lieux seraient devenus une étape des dignitaires mérovingiens qui parcouraient leur royaume.
Brunehaut, princesse wisigoth, épouse le roi d'Austrasie
Petit-fils du roi légendaire Mérovée (411-458) et roi des Francs saliens implantés au niveau de l'actuelle Belgique, Clovis (466-511) a mené une politique d'expansion territoriale faite d'alliances et de conquêtes finissant par être approuvée par l'Empire byzantin. Il a fait de Paris la capitale d'un vaste royaume unifiant les Francs, allant du Rhin aux Pyrénées.
Sur deux générations, en raison des règles de succession, le royaume est divisé. Fille d'un roi des Wisigoths établis en Espagne, Brunehaut (547-613) épouse, en 566, un petit-fils de Clovis, Sigebert Ier qui règne sur l'Austrasie, incluant l'actuelle Bourgogne.
Galswinthe, sœur de Brunehaut, épouse Chilpéric Ier, un frère de Sigebert, qui règne sur le royaume voisin de Neustrie, s'étendant au nord de Langres. En 570, Frédégonde, la concubine de ce dernier tue Galswinthe pour prendre sa place. S'ensuivra une longue période de guerres entre l'Austrasie et la Neustrie.
Sigebert Ier meurt en 575, assassiné par des envoyés de Chilpéric Ier. Un temps prisonnière à Rouen, Brunehaut s'échappe et rejoint, à Metz, son fils Childebert II (570-596). Celui-ci devient roi d'Austrasie et de Burgondie, en 592, même si sa mère règne dans les faits.
Brunehaut réforme la loi salique
En 595, Brunehaut réorganise les institutions en s'inspirant du droit romain et de la tradition germanique. Elle rédige, principalement en latin, la «décrétion de Childebert», un décret qui apporte au royaume franc une organisation étatique qui modernise la justice et la police en Austrasie, réforme la loi salique – particulièrement préjudiciable aux droits des femmes – et instaure l'égalité entre les conquérants francs et la population gallo-romaine. Le texte modifiera en profondeur les institutions médiévales.
Élevée dans l'arianisme – une doctrine considérant que Jésus-Christ n'a pas existé – puis convertie au catholicisme, Brunehaut est également connue pour s'être opposée au pape en autorisant les juifs et les chrétiens du royaume à fêter les jours de Pâque ensemble dans les mêmes lieux de culte.
Trahie par les nobles
Brunehaut poursuit sa régence du temps de ses petits-fils Thibert et Thierry puis de son arrière-petit-fils Sigebert. En 613, rejetant la domination de Brunehaut, des nobles font appel à Clotaire II, fils de Chilpéric Ier et Frédégonde, roi de Neustrie, qui envahit l'Austrasie.
La reine est accusée de meurtres et condamnée à mort. Elle est suppliciée trois jours par l'armée de Clotaire II puis exécutée en étant attachée à un cheval lancé au galop sur la voie romaine. Ses restes sont enterrés à l’abbaye Saint-Martin d'Autun qu’elle avait fondée, en 592. Les fragments du sarcophage sont aujourd'hui conservés au musée Rolin, à Autun.
En 614, Clotaire II prend un décret pour amender celui de Childebert et faire des concessions à la noblesse d'Austrasie. Toutefois, il confirme le droit romain rétabli par Brunehaut ainsi qu'un certain nombre de dispositions en faveur du droit des femmes.
Les autres curiosités de Renève
Située dans la belle vallée de la Vingeanne, à 45 mn de route à l'est de Dijon, ou 15 mn à l'ouest de Gray, la commune de Renève compte d'autres curiosités à découvrir.
L’église Saint-Martin a été bâtie au XIIème siècle ; les bas-côtés on été ajoutés au XIVème siècle et l'édifice roman a été agrandi au XVIIIème siècle. À l'intérieur, une fresque, en partie restaurée, semble reprendre un dessin de livre de prière évoquant le supplice de la reine Brunehaut. L'église se visite sur rendez-vous, au même contact que pour la Halte Brunehaut.
Au pied de l'église, se trouve un rare monument aux morts, établi en 1880 et dédié aux habitants de la commune décédés lors des campagnes militaires napoléoniennes.
Le petit patrimoine rural vaut également le détour avec deux lavoirs au bord de la Vingeanne– dont un transformé en cantine de l'école – et le pavillon bourguignon de la Maison Bassot, du nom d'une famille d'industriels, inspiré du style de Viollet-le-Duc, avec un superbe toit de tuiles vernissées.
Jean-Christophe Tardivon
Halte Brunehaut
1, route de Talmay à Renève
Visite sur rendez-vous
03 80 47 75 64 ou 06 27 68 37 66
La Halte Brunehaut ne sera pas ouverte lors des Journées du patrimoine 2026
































